Préface

Le troisième rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement sur l'avenir de l'environnement mondial (GEO-3) facilitera opportunément les débats du Sommet mondial pour le développement durable qui se tiendra en 2002 à Johannesburg (Afrique du Sud).

C'est le résultat de la collaboration entre le PNUE et environ 1 000 personnes et 40 institutions du monde entier. Il rassemble des éléments épars et renoue les fils du débat sur l'environnement, qui a commencé avec ce qui a marqué le début de la réflexion moderne sur l'environnement et le développement, la Conférence de Stockholm sur l'environnement en 1972, a conduit à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), tenue en 1992, et se poursuit au moment présent. GEO-3 donne ainsi un aperçu rétrospectif, mondial et régional, un examen de la situation présente et des perspectives sur l'avenir de l'environnement, le tout étant relié grâce à des exemples frappants empruntés à différentes régions, pour donner une image complète et cohérente de l'action à entreprendre.

Un des aspects importants de la préparation de ce rapport a été la création de capacités dans des centres qui collaborent avec le PNUE, directement, dans cette initiative, mais aussi pour des personnes et institutions dont le travail constitue la base du bilan environnemental ainsi fait aux niveaux national et mondial. Par exemple, le PNUE, grâce à ses portails de données Internet très complets, a rendu plus facilement accessibles aux centres qui collaborent avec lui des données utiles pour poursuivre l'analyse et rédiger le rapport. Cette création de capacités a également impliqué une formation théorique et pratique aux techniques de l'évaluation environnementale intégrée, et cette formation sera encore développée dans les années qui viennent.

On trouvera dans le rapport GEO-3 une vue d'ensemble des principales évolutions ayant eu lieu entre 1972 et 2002, et cette vue d'ensemble permet de dégager les principales étapes franchies et d'intégrer les facteurs environnementaux, économiques et sociaux dans une conception unifiée du monde présent. Le chapitre rétrospectif explore plusieurs de ces évolutions de façon plus approfondie du point de vue mondial et régional. Le rapport présente aussi un aperçu mondial et jette une lumière plus vive sur deux ou trois grandes questions, considérées comme primordiales dans chacune des sept régions retenues, à propos des huit thèmes environnementaux choisis : la terre, les forêts, la diversité biologique, les eaux douces, la mer et les côtes, l'atmosphère, les zones urbaines et les catastrophes.

L'analyse des informations les plus fiables et les plus récentes sur ces problèmes révèle des tendances critiques au cours des 30 dernières années - tendances critiques de l'environnement, mais aussi des impacts que le changement environnemental a sur les hommes ; et surtout peut-être, cette analyse montre l'évolution des politiques de l'environnement que les sociétés ont (ou parfois n'ont pas) mis en place pour assurer la sécurité environnementale et la durabilité.

Le développement durable repose sur trois bases : la société, l'économie et l'environnement. C'est dans l'environnement que se trouvent les ressources physiques et les écosystèmes dont l'humanité dépend pour sa survie. À beaucoup d'égards, l'environnement continue à se dégrader, et les indices recueillis nous amènent à conclure que les hommes sont de plus en plus vulnérables aux mutations de l'environnement. Certains pays peuvent faire face à cette évolution, mais beaucoup d'autres sont encore en danger, et quand ce danger devient une réalité immédiate, les perspectives de développement durable se trouvent retardées de plusieurs décennies. La notion d'une vulnérabilité de l'humanité au changement environnemental a été expressément intégrée dans la présente évaluation, qui atteste l'implication du PNUE dans un domaine qui ne peut manquer d'avoir une grande influence sur le succès du développement durable. Le PNUE place ainsi la notion de vulnérabilité humaine au changement environnemental à une place élevée dans son futur programme de travail.

GEO-3 innove également en utilisant l'analyse par scénario pour étudier les perspectives environnementales, plaçant le lecteur devant un ensemble de quatre scénarios possibles qui lui permettront de se faire un aperçu des événements qui pourraient nous conduire, par étapes, de 2002 à 2032. Certaines des évolutions possibles décrites paraîtront peut-être éloignées des circonstances présentes ; d'autres, par contre, sont déjà déterminées par les décisions prises. Nous savons que certaines des démarches suivies dans le passé n'ont pas répondu aux attentes et que des lacunes institutionnelles ont joué un rôle inévitable dans les retards ainsi accumulés. Lors de l'examen quinquennal de Rio, en 1997, il est apparu clairement que les progrès accomplis étaient encore très en deçà des objectifs fixés en 1992. Cinq ans plus tard, les problèmes paraissent tout aussi redoutables. Pourtant, au PNUE, nous demeurons convaincus que la détermination et l'ingéniosité des hommes parviendront à résoudre ces grands problèmes, que l'on parviendra à définir les politiques voulues et à les appliquer pour faire en sorte que, pour l'essentiel, l'état de l'environnement s'améliore progressivement, au lieu de se dégrader insidieusement.

On trouvera dans le présent rapport une profusion d'informations qui pourront servir utilement à un examen des politiques de développement durable, lors du Sommet mondial pour le développement durable. J'espère pour ma part que nombreux sont ceux qui trouveront ce rapport utile pour préparer le Sommet, durant la réunion elle-même et bien après son achèvement. Il est publié dans toutes les langues officielles de l'ONU de façon que tous les peuples, dans le monde entier, puissent, par les aperçus et les perspectives qu'il offre, se faire eux-mêmes une idée de ce qui est en jeu et de ce qui reste à faire. Personnellement, j'espère, lecteur, que ce rapport mènera l'intérêt que vous portez à la défense de l'environnement vers son propre sommet.

Klaus Töpfer
Secrétaire général adjoint et Directeur exécutif
du Programme des Nations Unies pour l'environnement