Avant-propos

Il y a 30 ans, réunie à Stockholm pour la Conférence des Nations Unies sur l'environnement, la communauté internationale, devant l'état périlleux de la Terre et de ses ressources, a tiré la sonnette d'alarme. On attribue généralement à cette importante réunion l'inscription des questions d'environnement à l'ordre du jour de l'action internationale, et cela a à son tour amené la création de ministères de l'environnement et une prise de conscience de l'impact de décisions même locales sur l'environnement mondial. Mais la conférence a également constaté l'existence d'une lacune dans nos connaissances : le manque d'informations précises, à jour, au moyen desquelles les responsables politiques pourraient éclairer la voie menant à un environnement mieux géré. La Conférence de Stockholm avait donc invité le Secrétaire général de l'ONU à combler cette lacune - en établissant régulièrement des rapports sur l'état de l'environnement mondial et sur les questions s'y rapportant, en aidant les pays à suivre l'état de l'environnement au niveau national et en mettant en route des programmes éducatifs sur les questions d'environnement.

Le Programme des Nations Unies pour l'environnement, qui est lui-même une création de la Conférence de Stockholm, s'est une fois de plus acquitté de cette responsabilité essentielle en présentant le rapport que l'on va lire - L'avenir de l'environnement mondial 3 (GEO-3) : le passé, le présent et les perspectives d'avenir ; ce rapport, rédigé dans des termes clairs et accessibles présente les grands problèmes que l'on doit résoudre pour sauvegarder l'environnement et s'orienter vers un avenir viable à terme.

Au cours des 100 dernières années, l'environnement naturel a subi des atteintes résultant du quadruplement de la population mondiale et de la multiplication par 18 de la production économique mondiale. Malgré la profusion de technologies, les ressources humaines, la diversité des autres politiques possibles et l'information technique et scientifique désormais disponible, l'humanité n'a pas encore définitivement rompu avec des politiques et des pratiques qui ne sont pas viables à terme et qui portent gravement atteinte à l'environnement. Ce qui ressort clairement des données, des analyses et des projections que renferme ce rapport, c'est qu'il est impératif de prendre maintenant des décisions, de ne pas simplement se borner à faire des bilans.

La publication de GEO-3 a été programmée pour contribuer aux débats du Sommet mondial pour le développement durable, à Johannesburg. Le Sommet de la Terre, tenu à Rio de Janeiro en 1992, avait déjà accompli de grandes choses. Mais au cours des 10 dernières années, on a l'impression que l'élan acquis s'est dissipé, notre attention s'étant portée sur les conflits, la mondialisation, le terrorisme. L'une des tâches importantes qui devra être accomplie à Johannesburg est de montrer que le développement durable offre une possibilité exceptionnelle pour l'humanité - sur le plan économique, de créer des marchés et des emplois ; sur le plan social, de lutter contre l'exclusion ; sur le plan politique, de réduire les pressions sur les ressources, qui risquent de conduire à des violences ; et bien entendu, sur le plan de l'environnement, de protéger les écosystèmes et les ressources dont la vie dépend - et que le développement durable mérite donc qu'on y prête une attention urgente, et qu'au plus haut niveau on se prononce pour lui.

GEO-3 représente une contribution essentielle au débat international sur l'environnement. J'espère qu'il atteindra l'audience la plus large possible et inspirera de nouvelles décisions résolues, qui aideront l'humanité à satisfaire les besoins sociaux, économiques et environnementaux du présent sans compromettre l'aptitude de la planète à pourvoir aux besoins des générations futures.

Kofi Annan
Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies.
New York, février 2002