PROPOSITIONS D’ACTION
L’un des objectifs clés de l’AEO consiste à identifier
des « éléments d’action réalisables »
afin de les recommander aux responsables gouvernementaux, ainsi qu’à
la CMAE, en tant qu’organe chargé de l’environnement en Afrique.
Des actions urgentes, et nécessaires pour renverser les actuels processus
de dégradation de l’environnement, ont été tirées
des recommandations et des analyses présentées dans les précédents
chapitres de ce rapport. Ces actions sont décrites ci-après sous
la forme d’une liste en 31 points et sont résumées dans
une matrice à l’Annexe 3. Elles sont regroupées dans les
catégories suivantes :
- réduction de la pauvreté
- lutte directe contre la dégradation de l’environnement
- promotion d’actions transversales.
La mise en œuvre des actions recommandées incombe principalement
aux gouvernements africains, avec l’assistance technique de la CMAE et
d’organisations sousrégionales. Cependant, ces partenaires peuvent
à leur tour former des partenariats avec des organisations sousrégionales,
nationales et internationales afin de faciliter encore cette mise en œuvre.
RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ
La pauvreté est un problème multidimensionnel et complexe. En
Afrique, elle constitue l’un des moteurs de la dégradation de l’environnement,
car les plus démunis disposent de choix limités et dépendent
fortement des ressources naturelles. Il n’existe pas de solution uniforme
au problème de la pauvreté. Il est nécessaire d’instaurer
des programmes spécifiques à chaque pays, épaulés
par des efforts au niveau sous-régional, régional et international.
A l’échelon national, une stratégie spécifique de
lutte contre la pauvreté est donc l’une des conditions de base
d’un développement durable. De nombreux Etats africains ont d’ailleurs
élaboré et commencé à mettre en œuvre des stratégies
et des plans de ce type. Les actions concernant directement l’environnement
et indispensables à la réduction de la pauvreté en Afrique
sont les suivantes :
- Adhésion aux principes du développement
durable et promotion de ces principes
L’Union africaine en général et, en ce qui concerne l’environnement,
la CMAE en particulier doivent persuader la communauté internationale
d’adopter la Nouvelle initiative africaine—plan de redressement
s’inscrivant dans le Nouveau partenariat pour le développement
de l’Afrique (NPDA)—en tant que cadre du développement
durable en Afrique, et d’accélérer la mise en place des
mécanismes nécessaires du Fonds mondial de solidarité
(FMS). Les gouvernements africains doivent en outre accroître leurs
efforts en vue d’atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté
définis en décembre 2000 dans la Déclaration du millénaire
des Nations Unies. Dans cette Déclaration, les leaders mondiaux conviennent
notamment d’atteindre certains buts en matière de développement
et de définir des cibles spécifiques afin de réduire
de moitié le pourcentage de la population vivant dans une extrême
pauvreté.
- Accélération du développement industriel
Une accélération du développement industriel permettrait
de favoriser l’emploi et d’accroître les ressources financières
requises pour stimuler la croissance économique. Dans cette optique,
la coopération régionale est nécessaire pour porter à
un niveau international la productivité et la compétitivité
industrielles des pays africains. Sur le plan national, des efforts doivent
également être entrepris pour promouvoir le développement
des micro-entreprises et des PME. L’accent doit être mis sur les
produits agricoles et les ressources naturelles afin d’apporter une
valeur ajoutée aux exportations traditionnelles de l’Afrique.
Cependant, toute stratégie nationale d’industrialisation doit
être viable à l’égard de l’environnement et
ne doit pas contribuer à sa dégradation.
-
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| Les méthodes de production
agricole durables réduisent les effets négatifs sur
l’environnement.
Ron Giling /Still Pictures
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Augmentation de la production agricole
durable
Les gouvernements nationaux doivent accroître le financement du secteur
agricole et la mise en œuvre de la CNULD doit bénéficier
d’un soutien régional et international. Un tel soutien est également
nécessaire pour persuader les pays développés de supprimer
les subventions agricoles qui bloquent actuellement l’entrée
des produits africains sur leurs marchés et encouragent le dumping
sur le marché africain. De même, un soutien régional est
requis pour convaincre les pays développés d’appliquer
le principe de précaution aux organismes génétiquement
modifiés (OGM), dont les conséquences encore inconnues sont
potentiellement dangereuses pour la production agricole en Afrique. De leur
côté, les gouvernements africains doivent promouvoir des techniques
de production agricole durables afin d’éviter les impacts néfastes
de ce secteur sur l’environnement.
- Promotion de la santé, du bien-être et du développement
humains
Les gouvernements africains doivent assurer un accès plus large et
plus abordable aux soins de santé primaires et secondaires, ainsi qu’à
la technologie médicale. Ils doivent également améliorer
les conditions sociales et environnementales responsables de la propagation
des maladies et développer la capacité des collectivités
locales à améliorer leurs conditions de vie. Un partenariat
international est requis pour permettre l’accès aux soins préventifs
et curatifs. Une assistance technique à l’échelon régional
et sous-régional, ainsi que des efforts au niveau national, sont nécessaires
pour rendre les médicaments disponibles à un prix abordable
tout en assurant la promotion de la santé publique et de la nutrition.
Les gouvernements africains doivent impliquer les femmes dans le développement
économique et social et renforcer les compétences de la jeunesse.
Une assistance technique est également nécessaire à l’échelon
régional et sous-régional afin de compléter les efforts
entrepris au niveau national pour promouvoir le développement des ressources
humaines et des capacités, avec notamment une éducation primaire
et secondaire universelle.
- Plaidoyer en faveur de meilleures conditions commerciales
Des pressions doivent être exercées au niveau régional
pour soutenir les efforts des gouvernements africains visant à persuader
les pays développés d’ouvrir leurs marchés et de
supprimer les subventions à l’agriculture, aux textiles et autres
produits d’exportation qui concurrencent ceux de l’Afrique.
- Génération de sources de financement intérieures
accrues pour le développement durable
Des efforts doivent être consentis à tous les niveaux—
national, sous-régional, régional et international—pour
promouvoir l’investissement étranger direct en Afrique. Les pays
développés et les institutions de Bretton Woods doivent annuler
la dette extérieure de l’Afrique. Les efforts doivent également
être intensifiés pour convaincre les pays développés
d’adhérer à l’objectif défini par les Nations
Unies—0,7 pour cent du PNB consacré à l’aide publique
au développement—et pour veiller à ce que l’Afrique
bénéficie d’une part équitable. De nouveaux partenariats
avec le PNUD, le PNUE et la Banque mondiale sont nécessaires pour accroître
les ressources disponibles et améliorer les procédures de fonctionnement
et de mise en œuvre des projets du Fonds pour l’environnement mondial
(FEM).
- Amélioration de l’infrastructure et des modes d’établissement
humain durables en Afrique
Des améliorations de l’infrastructure et des modes d’établissement
humain durables sont indispensables pour réduire le surpeuplement et
la pollution. Les gouvernements africains doivent rendre les services d’infrastructure
plus accessibles, plus abordables et plus fiables. Ils ont besoin du soutien
de la CMAE pour mobiliser les ressources extérieures permettant de
mettre en œuvre le programme Habitat et la déclaration de la 25e
session extraordinaire des Nations Unies, afin de parvenir à des établissements
humains durables en Afrique.
- Amélioration du fondement scientifique et technologique en
Afrique
La CMAE doit identifier les lacunes scientifiques et technologiques, notamment
en matière de gestion de l’environnement, et guider les efforts
des gouvernements africains pour accéder aux technologies indigènes
et extérieures appropriées en vue d’améliorer la
gestion de l’environnement et le développement économique.