AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

MOBILISATION DE RESSOURCES FINANCIÈRES

Pour parvenir à renverser l’actuel processus de dégradation de l’environnement, l’Afrique a besoin d’un soutien extérieur Comme cela a été évoqué dans les chapitres précédents, l’un des principaux facteurs de cette dégradation est le niveau de pauvreté extrême d’une grande partie de la population. Par exemple, le fait qu’en Sierra Leone, les 20 pour cent les plus pauvres ne représentent que 1,1 pour cent de la consommation de revenu indique que la majorité de la population tire ses moyens d’existence d’activités de subsistance largement basées sur les biens et services environnementaux. Si cette tendance persiste, la dégradation de l’environnement se poursuivra, à un coût énorme pour le pays. Un autre exemple est celui de l’Ouganda, où le coût annuel de la dégradation de l’environnement représente, même selon les estimations les plus optimistes, 4 à 12 pour cent du PNB national (NEMA, 2001 ; Slade et Weitz, 1991). Si aucune mesure corrective n’est financée et mise en place, le coût de cette dégradation est susceptible d’augmenter.

Lors de la CNUED (1992), où la plupart des pays d’Afrique étaient représentés, il a été décidé que la mise en œuvre d’Action 21 nécessiterait d’augmenter les ressources financières existantes et d’en trouver de nouvelles. Les Etats africains ont certes reçu une aide extérieure pour la gestion de l’environnement, mais les ressources ainsi obtenues se sont avérées insuffisantes, d’une part, parce que le montant des fonds nouveaux et complémentaires mis à leur disposition était inférieur à ce qui avait été convenu à la CNUED, et d’autre part, parce que des problèmes de procédures ont entravé l’accès de nombreux pays aux maigres ressources disponibles. L’aide extérieure représente néanmoins une part significative des budgets nationaux, en particulier en Afrique subsaharienne, et la dépendance vis-à-vis de l’aide est encore plus prononcée lorsqu’il s’agit de gestion de l’environnement. Cette dépendance soulève des inquiétudes concernant le montant des fonds, la viabilité des interventions et la liberté de refléter les priorités nationales plutôt que celles perçues par les donateurs. Ceci étant dit, un financement plus important sera nécessaire pour que les pays d’Afrique puissent poursuivre la mise en œuvre d’Action 21. En outre, l’accès à ce financement devra être facilité et les aides devront largement l’emporter sur les prêts, aussi favorables qu’en soient les conditions. Bien que le continent ait clairement besoin d’un soutien extérieur pour renverser le processus de dégradation, les gouvernements africains doivent également reconnaître l’environnement comme un domaine d’investissement prioritaire. Ils pourraient par exemple le faire figurer parmi les interventions prioritaires dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté.

En outre, il n’est pas rare que les pays d’Afrique mettent trop l’accent sur l’accès à des fonds extérieurs, faisant presque totalement l’impasse sur les sources de financement intérieures. Pour devenir autonomes, ils doivent tenter plus activement de définir et de mettre en place des mécanismes novateurs permettant de générer des fonds à partir des vastes ressources environnementales de la région. Ils pourraient ainsi améliorer la formation de revenus non fiscaux issus des ressources et des services environnementaux, en alignant peu à peu leurs tarifs sur ceux du marché. L’évaluation des ressources naturelles sur la base de leur valeur économique totale permettrait aux Etats africains de fixer des taxes et impôts plus appropriés et de créer des sources de revenus non fiscaux, telles que des droits d’utilisation. Les raisons d’investir dans la gestion de l’environnement et les bénéfices à en tirer sont présentés dans l’encadré 5.4.

Encadré 5.4 Raisons d’investir dans la gestion de l’environnement et bénéfices escomptés

Raisons

  • Stopper ou renverser le processus de dégradation de l’environnement afin de garantir une meilleure productivité de l’environnement, et donc une accélération de la croissance économique durable et une amélioration des conditions de vie humaines.
  • Créer et renforcer les institutions et le capital humain consacrés à la gestion de l’environnement, afin de pouvoir répondre en permanence aux nouvelles exigences et aux nouveaux défis.
  • Garder toutes les options d’avenir ouvertes en matière de développement et de conservation des ressources grâce à des politiques adéquates permettant d’éviter les pertes irréversibles et d’inculquer une culture et des attitudes positives vis-à-vis de la préservation.

Bénéfices attendus

  • Augmentation des revenus au niveau macro- et microéconomique grâce à une meilleure productivité des éléments biotiques.
  • Prévention des pertes de revenus futurs (en maîtrisant par exemple l’impact de l’érosion des sols sur la productivité agricole).
  • Prévention des coûts futurs (par le remplacement des nutriments du sol, de vastes campagnes de soins médicaux curatifs, etc.).
  • Main-d’œuvre productive et en bonne santé.
Source : adapté du NEMA (2001)

Il existe parmi les Etats africains une réelle volonté collective de stopper et de renverser le processus de dégradation de l’environnement, comme le montre le large éventail d’interventions présenté à l’Annexe 1. Les résolutions les plus récentes (CMAE, 2001) révèlent également le souhait des Etats et des organisations régionales et sous-régionales d’aller plus loin. Les principales limitations étant d’ordre financier, la mobilisation de ressources supplémentaires constitue une priorité.

LE PROBLÈME DE LA DETTE

Les pays d’Afrique sont généralement pauvres et lourdement endettés, bien que leur niveau d’endettement soit en baisse (voir figure 5.3). Aussi faibles que soient les dettes en montants absolus, elles constituent un fardeau lorsqu’elles sont indexées sur leurs capacités de service de la dette. En dépit de ce handicap, les Etats africains sont parvenus à obtenir des fonds supplémentaires provenant de sources extérieures pour investir dans la gestion de l’environnement et les partenaires du développement ont dans l’ensemble fait preuve de bonne volonté à leur égard. Parmi les principales sources de financement extérieur figurent les prêts des banques de développement multilatérales et régionales, et les aides des donateurs bilatéraux et d’autres organismes.

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Figure 5.3 Niveau d’endettement envers les pays d’Afrique

Source: UNDP human Development Report 2001