L’histoire de l’évolution sociale, économique et environnementale présentée au chapitre 1 prouve que les pays africains se sont montrés à la hauteur des problèmes de dégradation de l’environnement auxquels ils ont été confrontés. Une volonté collective de s’attaquer aux problèmes liés à l’environnement a vu le jour et des institutions chargées de traduire cette volonté en résultats concrets ont été créées. Certains tournants de ce processus sont récapitulés ci-dessous.
Parallèlement aux initiatives régionales et sousrégionales mentionnées ci-dessus, des efforts, dont une synthèse est présentée à l’Annexe 1, ont également été entrepris au niveau national. Dans leurs tentatives pour remédier à la dégradation de l’environnement, les Etats africains ont mis l’accent sur divers types d’interventions. Celles-ci sont examinées individuellement ci-dessous. Par ailleurs, certains des échecs et des points faibles de leur mise en œuvre sont analysés à l’Annexe 2.
Les politiques des gouvernements leur permettent d’influencer la structure et le fonctionnement des économies afin d’atteindre leurs cibles et leurs objectifs en termes de développement et de croissance économique. Pour y parvenir, ils emploient des instruments économiques, financiers, juridiques et institutionnels servant à encourager ou à décourager certains types d’activités au niveau macro-économique ou sectoriel (Mogaka et al, 2001). Par exemple, les politiques macroéconomiques sont employées dans toute l’Afrique orientale et australe pour manipuler les taux de change, la masse monétaire et les taux d’intérêt afin de favoriser la croissance économique, de stimuler l’emploi et les investissements et de générer des devises. Par ailleurs, les politiques agricoles des sous-régions combinent depuis longtemps les subventions, les taxes et les dispositifs de crédit pour promouvoir des objectifs tels que la sécurité alimentaire, l’augmentation des recettes à l’exportation et la formation de revenu rural (Mogaka et al, 2001).
Les Etats africains ont fait de la réduction de la pauvreté l’un de leurs objectifs prioritaires, dont le fondement réside dans des politiques et des stratégies macro-économiques judicieuses assurant à la fois une croissance large et durable et une stabilité macro-économique. Devenus plus ouverts sur l’extérieur, ces Etats ont mis en place des politiques de libéralisation du commerce, des réformes structurelles de l’agriculture et des politiques monétaires qui visent le maintien d’une faible inflation, un taux de change stable, des taux d’intérêt plus bas et des devises entièrement convertibles. Prises collectivement, ces interventions ont pour but d’intégrer l’Afrique au village planétaire. Le bénéfice escompté d’une mondialisation accrue est la réduction de la pauvreté en Afrique.
L’insécurité alimentaire est un critère de mesure de la pauvreté. Le tableau 5.2 montre que de nombreux pays ont vu augmenter leur ration calorique journalière par habitant, même si certains Etats subsahariens ont connu une évolution inverse.
| Tableau 5.2 Sécurité alimentaire et nutrition | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source : PNUD (2000) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Encadré 5.3 Impacts de la politique macro-économique sur le secteur forestier en Tanzanie—le cas des ajustementsstructurels et du secteur agricole | |
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| Source: Shechambo, 1999 |
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| L’activité industrielle s’accompagne
souvent de risques pour PNUE |
La situation est similaire concernant la ration protéique et lipidique
par habitant, ce qui ne fait que donner plus de poids aux plaidoyers en faveur
d’un plus grand effort de réduction de la pauvreté. Certaines
politiques macro-économiques ont eu des effets négatifs, exacerbant
la pauvreté au lieu de la réduire. Par exemple, durant les années
1980, la plupart des pays d’Afrique orientale et australe ont subi une
stagnation économique, un déclin de la croissance et un accroissement
du déficit public et extérieur. Cette détérioration
des conditions économiques, ainsi que les mesures de stabilisation et
d’ajustement structurel prises dans les années 1990 pour y remédier,
ont engendré une contraction considérable de l’économie,
un déclin du niveau de vie rural et une chute des revenus et de l’emploi
(Mogaka et al, 2001). Comme c’est souvent le cas, l’augmentation
de la pauvreté a rendu les populations plus dépendantes des ressources
naturelles pour la satisfaction de leurs besoins quotidiens et la génération
de revenus, et cette pression accrue a engendré une surexploitation des
ressources. En d’autres termes, les politiques macro-économiques
ont exacerbé la pauvreté dans ces deux sous-régions et
contribué à aggraver la dégradation de l’environnement.
Cela a certainement été le cas en Tanzanie, où les ajustements
structurels ont exercé un impact négatif sur le secteur forestier
(voir encadré 5.3).
Parallèlement aux politiques macro-économiques, les Etats africains ont mis en place des politiques sectorielles visant à stimuler la production, l’emploi et les revenus, et donc la réduction de la pauvreté. Cependant, l’utilisation d’instruments économiques pour promouvoir certains secteurs peut s’accompagner de risques pour l’environnement. En Afrique, c’est notamment le cas dans le secteur de l’énergie et de l’urbanisme, dont la promotion entraîne un risque de surexploitation des ressources forestières, dans l’agriculture, les mines et les infrastructures, qui conduisent au déboisement, et dans l’industrie et la fabrication, qui génèrent des déchets et des polluants nuisibles à la qualité de l’environnement. Le tableau 5.3 illustre les effets incitatifs ou dissuasifs des politiques économiques sectorielles en matière d’utilisation et de gestion durables des forêts en Zambie.
Les instruments économiques destinés à favoriser les objectifs de la politique agricole sont sans doute ceux qui ont eu l’impact le plus néfaste sur l’environnement. L’agriculture a longtemps été promue comme l’un des principaux secteurs de développement et de croissance en Afrique, permettant d’atteindre des objectifs nationaux tels que la sécurité alimentaire, la formation de revenu rural et l’obtention de recettes à l’exportation. L’éventail bien documenté des instruments économiques employés pour soutenir ce secteur influe généralement sur les mécanismes fiscaux et financiers, ainsi que sur ceux des prix et du marché. Il s’agit par exemple de taux d’imposition relativement plus faibles sur les utilisations agricoles des terres (Barnes et de Jager, 1995), de subventions sur les intrants, d’interventions de l’Etat dans la commercialisation, de dispositifs de crédit préférentiels, d’allégements d’impôts et de taxes et d’importants investissements dans la recherche, l’extension, le développement et le marketing (Mogaka et al, 2001). L’utilisation de tels mécanismes a conduit à un accroissement artificiel de la rentabilité de l’agriculture et a souvent encouragé le développement des activités agricoles au détriment de l’environnement (Mogaka et al, 2001).
| Tableau 5.3 Effets incitatifs ou dissuasifs des politiques économiques sectorielles en matière d’utilisation et de gestion durables des forêts en Zambie | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source: PFAP (1998) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| L’utilisation de tels mécanismes a conduit à un accroissement artificiel de la rentabilité de l’agriculture et a souvent encouragé le développement des activités agricoles au détriment de l’environnement |
C’est pourquoi, lorsque les Etats africains mettent en place des politiques macro-économiques et sectorielles visant à réduire la pauvreté, ils doivent veiller à ce qu’aucune des améliorations prévues en termes de croissance économique ne se produise au détriment de l’environnement. Ceci est particulier vrai lorsque les gouvernements africains se lancent dans la modernisation de l’agriculture comme moyen de réduction de la pauvreté et de modernisation globale de l’économie.
Outre les politiques macro-économiques et sectorielles, les politiques sociales peuvent également avoir une influence significative sur la gestion de l’environnement. Par exemple, la cause sous-jacente d’une grande partie de la pauvreté largement répandue en Afrique est le fort taux de croissance démographique. Or, c’est la pauvreté qui contraint les populations à surexploiter leurs ressources naturelles et donc à dégrader leur environnement. Par conséquent, les politiques sociales qui s’attaquent à la cause sous-jacente de la pauvreté agissent indirectement en faveur de l’amélioration de l’environnement. L’introduction du planning familial et d’autres stratégies de limitation de la croissance démographique dans certains pays d’Afrique commence à porter ses fruits (PNUD, 2000). Une meilleure éducation peut également permettre d’échapper au piège de la pauvreté, et des efforts sont entrepris en Afrique pour assurer la « gratuité de l’éducation » en vue d’éradiquer l’illettrisme.
Dans certains pays, les politiques de santé mises en œuvre mettent l’accent sur les stratégies préventives plutôt que curatives. Les figures 5.1 et 5.2 montrent l’impact des interventions des pouvoirs publics qui améliorent les capacités d’accès à de l’eau saine et à des services d’assainissement. Dans les deux cas, il existe un lien direct entre la baisse de la mortalité infantile et l’augmentation du pourcentage de la population bénéficiant de meilleures conditions de salubrité. La suppression des conditions environnementales insalubres peut donc contribuer à la réduction de la vulnérabilité aux maladies (voir Chapitre 3).