AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

CHAPITRE 5

INTERVENTIONS DES POUVOIRS PUBLICS ET APPEL EN FAVEUR D’UNE ACTION

INTRODUCTION

Depuis 30 ans, les pays africains évoluent dans le sens d’une démocratisation accrue, d’une décentralisation du pouvoir vers les échelons inférieurs et d’un gain d’autonomie des collectivités et des organisations de la société civile qui participent de manière plus réelle et plus efficace à la prise de décision.

Ce chapitre fournit une synthèse des questions traitées dans les précédents chapitres de l’AEO, suivie d’une analyse des interventions des pouvoirs publics pour la mise en œuvre d’un programme d’action durable en faveur de l’environnement et du développement en Afrique. Il se referme sur l’un des résultats majeurs du processus de l’AEO : 31 recommandations à l’intention des responsables politiques concernant les actions spécifiques à mener.

VUE D’ENSEMBLE

La richesse d’une nation se mesure à son capital national total, c’est-à-dire à la somme du capital créé par l’homme, du capital naturel, du capital humain et du capital social (Serageldin, 1994). Ceci est illustré sous une forme facilement mémorisable dans l’encadré 5.1. Pour que le développement soit durable, le stock de capital national à n’importe quel instant futur doit être supérieur au stock actuel.

L’Afrique a accru son capital total au cours des 30 dernières années. En dépit des difficultés auxquelles la région a été confrontée depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, son stock global de capital total—qu’il s’agisse du montant absolu ou par habitant—a augmenté si on le mesure en termes de PIB (PNUD, 2000). Le tableau 5.1 illustre cette évolution pour différents pays d’Afrique entre trois dates : 1975, 1985 et 1998. Voici une analyse un peu plus détaillée des composantes individuelles du capital total :

Cependant, ce tableau en apparence positif est quelque peu trompeur. Ceci s’explique par les quatre raisons suivantes :

Tableau 5.1 Evolution du PIB par habitant dans différents pays d’Afrique (en USD)
  1975 1985 1998
Seychelles 3 600 4 957 7 192
Maurice 1 531 2 151 4 034
Tunisie 1 373 1 771 2 283
Afrique du Sud 4 574 4 229 3 918
Gabon 6 480 4 941 4 630
Ghana 411 328 399
Kenya 301 320 334
Sierra Leone 316 279 150
Afrique subsaharienne 780 1 170 1 520
Pays en développement 720 1 520 3 260
Source: PNUD (2000)

Le lien entre l’environnement et le développement est particulièrement marqué en Afrique du fait que les économies nationales dépendent de l’agriculture et des ressources naturelles aux stades de production et de transformation primaires.

Dans l’ensemble, tandis que certaines contrées telles que les Seychelles et Maurice ont amélioré de façon significative la qualité de vie de leur population, la majorité des Etats d’Afrique se situent dans le groupe des pays à faible indicateur du développement humain (IDH) (PNUD, 2000). En l’an 2000, le Cap-Vert, le Ghana et le Kenya étaient les trois seuls pays d’Afrique occidentale et orientale à présenter un IDH moyen, tous les autres se situant parmi les Etats à faible IDH (PNUD, 2000).

Le lien entre l’environnement et le développement est particulièrement marqué en Afrique du fait que les économies nationales dépendent de l’agriculture et des ressources naturelles aux stades de production et de transformation primaires. L’agriculture et l’industrie (principalement fondée sur les ressources naturelles) contribuent de manière significative au PIB, en particulier dans les pays présentant un faible IDH. Par exemple, en Sierra Leone—pays qui possède l’IDH le plus faible du monde –, l’agriculture et l’industrie représentent 68 pour cent du PIB (PNUD, 2000). Or, de nombreux pays africains, notamment ceux d’Afrique occidentale et orientale, appartiennent à cette catégorie. Une gestion saine de l’environnement a donc des conséquences importantes pour les moyens d’existence ruraux, la croissance économique globale et l’amélioration de la qualité de la vie.

Bien que les pays d’Afrique aient réalisé quelques progrès en matière de gestion de l’environnement, de nombreux problèmes restent encore à traiter. Par exemple, le niveau actuel de dégradation des sols, de déforestation, de diminution de la biodiversité, de surexploitation des ressources naturelles et de pollution atmosphérique, ainsi que le manque d’accès à de l’eau propre et saine et à des services d’assainissement ou encore les mauvaises conditions de vie urbaines sont les manifestations d’une situation qui demeure défavorable. Si rien n’est fait, ces facteurs vont s’additionner pour saper les perspectives de développement durable de l’Afrique.

Par ailleurs, l’insuffisance des opportunités économiques en Afrique, l’existence de barrières commerciales et de subventions agricoles dans les pays développés et la dégradation de l’environnement de la région rendent la population africaine de plus en plus vulnérable aux conséquences néfastes des changements environnementaux. De nombreux pays d’Afrique sont mal équipés pour faire face aux catastrophes naturelles telles que les inondations, les sécheresses ou les tremblements de terre, et à l’apparition de problèmes sanitaires tels que la pandémie de VIH/SIDA (abordée au Chapitre 3).

Le défi posé à l’Afrique est bien analysé dans une déclaration attribuée à H.E. Olusegun Obasanjo, le président de la République fédérale du Nigeria, qui est reproduite à l’encadré 5.2. Face à un tel défi, il sera indispensable de définir des voies de développement durable pour permettre aux populations africaines—en particulier en Afrique occidentale et orientale, où les IDH sont faibles—d’obtenir la qualité de la vie qu’elles méritent et d’améliorer leur environnement.

Encadré 5.2 Le défi africain

« Nous sommes tous conscients des problèmes et des défis auxquels notre continent est confronté aujourd’hui. Près de 15ans après la création de la CMAE et huit ans après le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, au Brésil, notre région demeure en proie à de nombreux problèmes.Nous sommes toujours aux prises avec la dégradation des sols ainsi qu’avec des catastrophes d’origine aussi bien naturelle qu’humaine. Nos forêts et nos ressources forestières sont exploitées et épuisées sans discernement, nos ressources côtières et maritimes sont dégradées et nous avons encore d’énormes problèmesd’approvisionnement et de réserves en eau, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.Nombre de ces problèmes résultent du manque de planification et de viabilité de l’exploitation des ressources naturelles de la région, y compris de ses divers écosystèmes. »

« Ces difficultés sont encore aggravées par les problèmes environnementaux qui se posent à l’échelle de la planète, tels que l’amenuisement de la couche d’ozone et les changements climatiques, qui continuent à menacer la survie de l’espèce humaine.De plus, l’Afrique a malheureusement constitué un dépotoir facile pour les déchets toxiques et dangereux tout comme pour les produits chimiques et les technologies obsolètes. Ajoutez à cela les difficultés insolubles liées à une dette paralysante, une explosion démographique incontrôlée, des conflits violents nombreux et fréquents… et vous obtenez un tableau dramatique de l’Afrique qui met chacun d’entre nous au défi de trouver des solutions immédiates. »
H.E. Olusegun Obasanjo, Président de la République fédérale du Nigeria

UNEP (2000)

CHAMP D’ACTION ET DIFFICULTÉS D’ÉVALUATION

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Une bonne gestion de l’environnement a d’importantes retombées sur la qualité de la vie et les moyens de subsistance des populations rurales.


Mark Edwards / Still Pictures

Les Etats africains ont mis en place un certain nombre d’interventions pour tenter de résoudre les problèmes environnementaux. Nombre de mesures politiques, de législations et de réglementations liées à l’environnement ont été instaurées à l’échelon national et divers pays d’Afrique ont signé des accords multilatéraux sur l’environnement (AME). Le catalogue des documents relatifs à la gestion de l’environnement montre clairement que—sur le papier du moins—les problèmes sont largement traités (NEMA, 2001). Cependant, ceux-ci demeurent de simples déclarations d’intention tant qu’ils ne sont pas concrétisés. De plus, même après leur mise en œuvre, il est nécessaire de vérifier que leur effet sur l’environnement est positif et adéquat (NEMA, 2001).

L’évaluation quantitative de la réussite ou de l’échec des initiatives des pouvoirs publics et de leur mise en œuvre n’est pas une tâche aisée. Les Etats africains sont confrontés aux mêmes problèmes que le reste de la communauté mondiale concernant l’analyse de l’intervention des pouvoirs publics. L’expérience internationale montre que l’évaluation des effets de la mise en œuvre et de l’efficacité est rendue particulièrement difficile par le manque d’homogénéité du suivi, le caractère médiocre et incomplet des données, le manque d’indicateurs et de continuité dans les rapports ou encore la pauvreté des données sur la situation de l’environnement avant et après la mise en œuvre (PNUE, 1999). De plus, il n’existe pas de mécanismes, de méthodologies ni de critères appropriés pour déterminer quelle intervention contribue à quel changement dans l’état de l’environnement. De tels problèmes interdisent souvent des comparaisons valables entre la situation actuelle et ce qui serait advenu si aucune mesure n’avait été prise. Une analyse plus complète et plus précise nécessitera l’élaboration de meilleurs mécanismes de suivi et d’évaluation des effets des politiques mises en œuvre sur la qualité de l’environnement (PNUE, 1999).

Il ressort clairement de cette vue d’ensemble qu’il est nécessaire de trouver et de recommander des actions réalisables à l’échelon national, sous-régional et régional, et d’envisager leurs conséquences sur la mise en œuvre à ces niveaux ainsi que sur le programme mondial en matière d’environnement. Nonobstant les difficultés évoquées plus haut, les sections suivantes de ce chapitre identifient les interventions appropriées des pouvoirs publics, analysent leurs implications et fournissent des recommandations en matière d’action.