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Le scénario Univers forteresse possède le potentiel de détruire l’environnement, voire l’ensemble de l’humanité (Figure 4.13). Aucun effort concerté n’étant engagé en vue de garantir la viabilité de l’environnement, la plupart des ressources sont soumises à une situation de surexploitation, soit pour satisfaire les besoins de l’élite, soit pour assurer la survie élémentaire des pauvres. En conséquence, les conditions environnementales se détériorent, la pollution, les changements climatiques, le bouleversement des terres et la dégradation des écosystèmes se conjuguent pour amplifier la crise. La dégradation de l’environnement, l’insécurité alimentaire et les maladies émergentes engendrent une vaste crise sanitaire, les valeurs du marché libre et les tendances réformistes s’avérant incapables de maîtriser les facteurs environnementaux externes. La minorité aisée, qui s’alarme du caractère insidieux de l’immigration, du terrorisme et des maladies, réagit avec suffisamment de cohésion et de force pour imposer un univers forteresse autoritaire où elle peut s’épanouir au sein d’enclaves protégées. Les forteresses constituent des bulles de privilèges dans des océans de misère.
Le scénario Grandes transitions, en revanche, peut surgir de deux phénomènes totalement indépendants. Sachant qu’un scénario Univers forteresse est destructeur pour l’environnement et l’humanité, il peut être perçu comme un présage du besoin urgent pour toute l’humanité, Africains compris, de rechercher d’autres moyens de gérer l’environnement. En fonction de l’ampleur de la destruction que les activités humaines auraient infligée à l’environnement lorsque ce besoin surgirait, un scénario Grandes transitions serait ou non durable (Figure 4.13).
| Encadré 4.3 Désenchantement | |
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| Source: Gotlieb 1996 |
Toutefois, les graines du changement sont déjà en train de germer à travers l’Afrique, les gouvernements et les ONG étant déjà conscients de la nécessité de suivre une nouvelle voie et d’adopter une nouvelle perspective sur les questions d’environnement et de développement. La communauté intellectuelle, comme l’illustrent divers aspects de la description du scénario Grandes transitions, exhorte déjà elle aussi à un nouveau pacte sur le développement. Parmi les pays développés, ceux qui font preuve d’honnêteté reconnaissent qu’ils abusent depuis trop longtemps le monde en développement (Gotlieb, 1996). Les dirigeants africains démocratiquement élus sont également devenus plus responsables et humains, et désirent ardemment s’attaquer à la question de la viabilité écologique. Ils doivent cependant être convaincus de l’incapacité des scénarios Forces du marché et Réforme des politiques de conduire l’Afrique à la terre promise (Encadré 4.3). Tout le monde déteste l’idée qu’un scénario Univers forteresse se réalise en Afrique.
Au vu de la tendance actuelle en Afrique et dans le monde entier, on peut conjecturer qu’un scénario Forces du marché n’est plausible qu’à brève échéance, dix ans environ, après quoi il existe de fortes probabilités que diverses ramifications commencent à se former, comme :
Quoi qu’il en soit, notre propos est de souligner que l’environnement est si inestimable et ses habitants si précieux que l’avenir ne doit pas être laissé au hasard ni à une quelconque forme d’évolution saugrenue. Les scénarios décrits dans ce rapport ont démontré l'inadmissibilité d’une approche des questions environnementales laissant faire le cours normal des choses, où seules importent les considérations économiques. Ce rapport a également établi l’inadéquation de l’acceptation d’un scénario Réforme des politiques. Il est probable que ce qui n’a pas fonctionné par le passé ne fonctionnera ni maintenant ni dans l’avenir, à moins que les contraintes qui ont rendu le système inopérant ne soient supprimées. Certaines forces œuvrant contre la suppression de ces contraintes dominent le système politique et économique mondial.
L’Afrique est très vulnérable vis-à-vis de nombreux phénomènes qui surviennent dans le monde ou à l’intérieur de la région. Les conséquences des catastrophes naturelles, par exemple, notamment les inondations et sécheresses, continuent à hanter les habitants de nombreux pays et demeurent l’un des plus gros défis pour les gouvernements. Bien sûr, le problème de la faim sévit majoritairement en Afrique, où plus de 75 pour cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Un grand nombre de ces aspects de la vulnérabilité ayant été traités plus haut dans ce chapitre, il est inutile de les répéter ici. La leçon à en tirer cependant est que, à moins de prendre des mesures concrètes pour modifier notre façon d’exploiter l’environnement, les souffrances et problèmes du XXème siècle sembleront de simples broutilles par rapport à ce qui nous attend. Dans ce cas, où réside notre avenir en Afrique ?
Le scénario Grandes transitions risque de demeurer pendant un certain temps une énigme à la fois pour la politique et la pratique. C’est pourtant là que réside l’espoir pour l’Afrique et son environnement. Il demeurera une énigme pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, il va être difficile de convaincre les peuples d’Afrique que l’avenir de l’humanité réside dans le scénario Grandes transitions. Ensuite, les pays africains n’étant pas tous au même niveau de sensibilisation et de développement socio-économique, pour certains, l’idée d’un scénario Grandes transitions pourrait encore sembler un rêve. En outre, les ambitions du scénario Grandes transitions nécessitent du temps pour parvenir à maturité. Considérons par exemple la question de la bonne gouvernance, ce que représente la démocratie, et son acceptation quasi universelle comme mode de gouvernement optimal pour promouvoir le développement. Récemment dans de nombreux pays, dont certaines îles de l’océan Indien, des gouvernements ont été renversés par l’armée. On peut par conséquent s’attendre à ce que, même si les principes du scénario Grandes transitions remportent une certaine adhésion, le panorama en Afrique soit loin d’être uniforme. Il faut donc insister sur la nécessité de cette sensibilisation. En quoi réside l’avenir de l’Afrique ?
Pour répondre à cette question avec pertinence, faisons appel à la relation entre le scénario Réforme des politiques et le scénario Grandes transitions. Ces scénarios sont tous deux des formes de « prévision à rebours » (Figure 4.4), dans lesquelles les avenirs souhaitables et les mécanismes de manipulation du système aptes à atteindre les objectifs fixés, sont définis. L’avenir de l’environnement africain réside en la capacité des gouvernements et ministres de l’environnement à percevoir que les politiques et pratiques actuelles demeurent dans l’ensemble impropres à satisfaire les exigences d’un environnement durable. Le nombre d’AME actuellement en vigueur est élevé. Ces accords et protocoles ont été conçus afin d’aider les Africains à inculquer un certain respect pour l’environnement. Nous avons démontré que les taux actuels de croissance démographique et la pression sur les ressources rendent ces initiatives inappropriées. Bien entendu, nombre d’entre elles sont très loin de ce qu’exige l’évolution vers la viabilité écologique préconisée par le scénario Grandes transitions. Dans un premier temps, les gouvernements doivent revoir ces AME et créer les mécanismes propres à en assurer le respect par différents pays de la région. Les gouvernements doivent :