Les principales stratégies qui permettraient le déroulement du scénario Grandes transitions ne sont pas difficiles à imaginer. Achebe et al. (1990) ont énoncé qu’il s’agit de nouveaux ensembles de stratégies, différents des approches actuelles en matière de réflexion sur le développement aux plans conceptuel, méthodologique, institutionnel, opérationnel et financier. Par exemple, bien que cette vision de renaissance africaine du développement soit conceptuellement dialectique et audelà de la crise, elle se démarque de la sagesse traditionnelle sur le développement qui est unilinéaire et orientée sur la crise. De surcroît, la vision de renaissance africaine est méthodologiquement riche en surprises, inductive et rétroductive, par opposition à la sagesse traditionnelle, exempte de surprises, déductive et prédictive. Sur le plan opérationnel, la stratégie est : établie et amorcée localement ; solidaire, accompagnatrice et axée sur les personnes ; caractérisée par des conceptions qui s’écartent du système alimenté par des donateurs et contrôlé, directif et préemptif ; marquée par des visions de la sagesse traditionnelle à forte intensité de capital. Le cadre institutionnel était centré sur l’Etat, concentré et monopolistique, alors que dans la vision de la renaissance africaine, il est « axé sur les masses, multiple, dispersé et pluraliste » (Achebe et al., 1990).
Les attributs d’une renaissance africaine reposent sur la vision d’un avenir souhaitable et environnementalement durable. De fait, ils sont similaires aux attributs du scénario Grandes transitions. L’attrait d’un scénario Grandes transitions pour l’Afrique est qu’il existe déjà une effervescence d’idées parmi les grands penseurs de la région, de même qu’au sein des cercles gouvernementaux, quant aux processus qui conduisent au scénario dit Grande ascension (voir ci-dessous). Les démarches actuelles des dirigeants des pays africains pour fonder l’Union Africaine en remplacement de l’OUA et pour élaborer le plan Omega 2001 pour l’Afrique et le Partenariat du millénaire pour le programme de relance africaine 2001 (MAP) (Chapitre 1), vont dans la bonne direction. Ceci vaut tout autant pour l’évolution du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NPDA) (Chapitres 1 et 5). Ces concepts continueront à se cristalliser et revêtiront une importance cruciale à mesure que les autres régions du monde commenceront à percevoir la sagesse du scénario Grandes transitions.
Dans l’ouvrage monumental réalisé par Achebe et al. en 1990 étaient effectuées des tentatives de comparer la situation actuelle avec les attentes de la vision de larenaissance africaine. Le scénario décrit comme Grande ascension engendre des niveaux confortables de développement. Par exemple, là où les projections actuelles pourraient chiffrer la population d’Afrique à quelque 2,2 milliards d’habitants en 2057, avec des taux de croissance grimpant jusqu’à 2,5 pour cent par an, le scénario Grande ascension l’évaluerait à 2,5 milliards, mais avec un taux de croissance annuel n’atteignant que 1,5 pour cent. Selon le scénario Grande ascension, à l’horizon 2057, le niveau d’alphabétisation serait monté à 95 pour cent. Plus important encore, l’espérance de vie aurait atteint 80 ans, alors que le PIB par habitant aurait augmenté jusqu’à 7 800 USD. La production alimentaire et la production de biens d’équipement auraient considérablement augmenté et l’environnement aurait commencé à se rétablir. Les zones forestières auraient retrouvé leur superficie de 1957. Les terres arables auraient quadruplé par rapport à 1957, tandis que la consommation d’électricité aurait été multipliée par un facteur supérieur à 200 (Tableau 4.2).
| Table 4.2 The African Renaissance and the Big Lift scenario | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source : Achebe et al., 1990 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Les arguments du scénario Grande ascension, similaires à ceux du scénario Grandes transitions, considèrent que de nouveaux modèles nous sont nécessaires pour mener à bien le développement et la création d’un environnement durable. Nous avons jusqu’à présent appliqué « le modèle évolutionniste, déroulement progressif d’un système mondial d’une manière qui peut être décrite par des modèles sans surprises dont les paramètres sont dérivés d’une combinaison d’analyses chronologiques et transversales du système existant » (Achebe et al., 1990).
Bien entendu, le scénario Grandes transitions est censé permettre de meilleurs établissements scolaires, une plus forte autonomie de toutes les populations, des femmes en particulier, et de franches réductions des niveaux de pauvreté, grâce à des réformes politiques éclairées. Il est également censé susciter une conscience et une implication politiques plus poussées à l’échelon local, national, régional et international, au moyen d’une politique visionnaire, de l’éradication de la corruption et de performances économiques améliorées. Le scénario Grandes transitions peut par conséquent être considéré comme impliquant des situations où un nouvel accent est placé sur les questions suivantes : contenu et structure de l’enseignement et de la formation ; culture ; gouvernance ; création d’organes et institutions efficaces travaillant en harmonie pour créer l’avenir désiré. Le scénario Grandes transitions implique également le renforcement de la coopération régionale sur les problèmes environnementaux, notamment la disponibilité d’eau et de nourriture, l’exploitation des ressources minérales et la gestion de la faune et de la flore. Les objectifs d’un avenir souhaitable et désirable exigent bien plus d’imagination que le scénario Réforme des politiques mais, comme dans ce scénario, la prévision à rebours est un outil d’analyse essentiel.