Le scénario Réforme des politiques est un scénario Forces du marché à visage humain. Il souscrit certes aux prescriptions dictées par le marché émanant des institutions de Bretton Woods, à savoir le FMI et la BM, mais il est également très actif sur le plan des politiques sociales et environnementales. Le scénario Forces du marché a pour prémisse le fameux Consensus de Washington qui énonce que de bonnes performances économiques exigent un commerce libéralisé, la stabilité macro-économique et des prix à leur niveau optimal (Stiglitz, 1998). Les adeptes du Consensus de Washington « soutiennent sans réserve le libre-échange, la libéralisation financière et les incitations aux investissements étrangers, la déréglementation des entreprises, une fiscalité faible, l’austérité fiscale, la privatisation et la flexibilité des marchés de la maind’œuvre » (Bond 2000 ; voir aussi encadré 4.1).
| Encadré 4.1 Extraits de l’intervention de M. Camdessus lors des séances interactives de la CNUCED-X | |
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| Source: Raghavan 2000 |
Pour l’Afrique, le scénario Réforme des politiques représente une chance de rompre avec plus de quatre décennies de « promesses non tenues de stratégies de développement mondial » (OUA, 1980). Par exemple, durant les années qui se sont écoulées entre la décolonisation, qui a débuté avec le Ghana en 1957, et la démocratisation de l’Afrique du Sud en 1994, la région a été « incapable de s’acheminer vers un quelconque taux de croissance significatif ou indice satisfaisant de bien-être général » (OUA, 1980). Certains des défis les plus importants auxquels est confrontée l’Afrique en ce début du XXIème siècle sont : une démographie galopante, à un taux plus rapide que la production de nourriture et excédant la capacité de certaines ressources à satisfaire une telle demande ; une pauvreté croissante à la fois dans les zones rurales et urbaines ; des réfugiés par millions en raison des guerres qui sévissent dans différentes sousrégions ; une urbanisation croissante, à l’origine de nouveaux problèmes environnementaux ; le VIH/SIDA ; la dégradation des terres, en particulier la désertification ; la déforestation ; des sécheresses répétées ; une pression croissante sur des ressources hydriques limitées ; la pollution de l’eau ; la perte de biodiversité.
Depuis la Conférence sur l’environnement humain qui s’est tenue à Stockholm en 1972, l’Afrique a participé à de nombreuses conférences, notamment : la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous, en 1990 ; le Sommet mondial pour les enfants, en 1990 ; la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, en 1992 ; la Conférence mondiale sur les droits de l’homme, en 1993 ; la Conférence internationale sur la population et le développement, en 1994 ; la quatrième Conférence des Nations Unies sur les femmes, en 1995 ; le Sommet du Millénaire, en 2000. Outre ces initiatives internationales, les pays africains ont convoqué leurs propres réunions importantes qui ont fixé les objectifs de développement économique et social, et de gestion environnementale. Les réunions organisées sous les auspices de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui ont débouché sur l’adoption du Plan d’action de Lagos—schéma directeur du développement économique de la région—en 1980, ont contribué à cerner les défis que la région doit relever. Selon les termes du Plan d’action de Lagos, les dirigeants africains soulignent que « les immenses ressources de l’Afrique doivent en premier lieu servir à satisfaire les besoins et objectifs de son peuple ». Ils ont également mis l’accent sur la nécessité de remédier à « la dépendance quasi totale des exportations de matières premières » en Afrique et sur la nécessité de mobiliser l’ensemble des ressources humaines et matérielles de la région en vue du développement de l’Afrique (OUA, 1980).
Le Plan d’action de Lagos n’est qu’une seule des nombreuses mesures adoptées par la région afin de fixer les objectifs qualitatifs et/ou quantitatifs qui auraient dû être atteints pour le nouveau millénaire. Malheureusement, la plupart de ces objectifs demeurent inaccomplis, principalement en raison d’erreurs de jugement, à la fois d’omission et de commission. Néanmoins, le XXIème siècle