Il est impossible de parvenir au développement économique sans gouvernance efficace. Depuis l’indépendance, les pays africains ont connu diverses formes de gouvernement, notamment : le communisme et le socialisme en Tanzanie et au Ghana ; diverses formes de démocratie en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Nigeria ; un régime quasi militaire dans de nombreux autres pays. Chazan et al. (1992) ont établi une typologie composée des six régimes suivants : hégémonie administrative, pluralisme, parti mobilisateur, parti central, coercition personnelle et populisme. Le tableau 4.1 classe divers pays selon ces catégories. Les années 1960, 1970 et le début des années 1980 ont été des périodes de graves troubles dans de nombreux pays africains, époques où le rôle de la gouvernance était sérieusement remis en question. Le délabrement quasi total des services, la paupérisation accrue des populations, ainsi que la déliquescence absolue de l’ordre public dans certains pays, attestent de cette agitation.
| Tableau 4.1 Typologie des régimes en Afrique, 1951–90 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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| Source: Chazan and others, 1992a | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Les changements de gouvernement post-coloniaux ont été menés par le biais d’interventions militaires et par diverses formes d’élections, un grand nombre d’entre elles purement symboliques et non destinées à susciter de réels remaniements de la structure du pouvoir. Ainsi, certaines impliquaient des candidatures à certains mandats au sein d’un parti unique, tandis que d’autres concernaient une participation pluripartite limitée. Les élections n’aspiraient que dans de très rares cas à établir un mécanisme de renouvellement simultané à la fois des dirigeants et du régime.
Les interventions militaires dans la gouvernance ont conduit à diverses formes d’instabilité et à la montée des insurrections, des émeutes et des affrontements et rivalités ethniques. Les dépenses militaires ont augmenté et atteint des pourcentages considérables des PIB de ces pays (UNIDIR, 1991). Le manque de direction de la gouvernance a abouti à la décrépitude de nombreuses institutions et au gaspillage dû à la duplication des efforts liés au processus de développement.
La communauté internationale est intervenue de nombreuses manières, dont des tentatives d’assainir les économies nationales à l’aide de suggestions et recommandations du FMI et de la BM. Les firmes multinationales et transnationales, dont certaines sont financièrement plus fortes que de nombreuses économies nationales africaines, ont également joué de leur influence. Celle-ci était si palpable que, dans certains pays, ces organismes et entreprises semblaient diriger des gouvernements parallèles. Il ne fait aujourd’hui aucun doute que les économies africaines nécessitent une certaine rationalisation ou restructuration. Ce sur quoi porte le désaccord n’est pas si elle aura lieu et quand, mais comment et par qui.
En Afrique, une gouvernance efficace doit surmonter de nombreux problèmes, dont l’effondrement de l’Etat dans les pays où la gouvernance a déjà été affaiblie par les dissensions et où les gouvernements possèdent à peine la capacité de diriger et de maintenir l’ordre public. En dépit du fait que les dirigeants africains ont adopté la démocratie comme axe clé de leur programme au cours de la décennie écoulée, le processus démocratique demeure contesté. Des considérations politiques étroites, la personnalisation du pouvoir et la corruption ont sapé le processus démocratique et de gouvernance responsabilisée.
L’inégalité des systèmes sociaux, économiques et politiques, y compris l’inégalité des sexes, constitue une entrave à une gouvernance efficace. Ceci s’est traduit par un accroissement notable des disparités entre riches et pauvres en termes de revenus et de capacités, et par la marginalisation des femmes de la gouvernance. La pauvreté demeure largement répandue en Afrique. A ce titre, la lutte contre la pauvreté représente l’enjeu le plus crucial d’une gouvernance efficace. Se pose en outre le défi de la manière de gérer efficacement les ressources financières et naturelles, en promouvant une décentralisation fondée sur la confiance, la transparence, la responsabilisation et la compétence.
La corruption et le détournement de fonds publics ne sont que quelques-uns des problèmes qui entachent le bilan des gouvernements de la région. Nombreux sont les Africains qui se demandent quelle part des fonds dont ils ont été dépossédés, cachés dans des banques occidentales, pourrait faire la différence en termes de remboursement de la dette et de financement de la renaissance de la région.
Dans les années 1990 pourtant, le vent du changement a soufflé sur toute la région, la majorité des gens exigeant de la part des dirigeants élus de rendre des comptes de manière plus sensible. Ils appelaient à la transparence et au respect des droits de l’homme.
Les réformes institutionnelles naissent lorsque le peuple commence à élaborer de nouvelles formes de conscience sociale et à se mobiliser afin d’empêcher les atteintes aux droits de l’homme. Lorsque ce phénomène se produit, des sociétés civiles surgissent en grand nombre, leur influence s’accroît et sert de contrepoids aux excès des gouvernements nationaux. La participation locale à la prise de décision augmente, elle aussi, considérablement. Des efforts sont entrepris afin de réduire les conflits, dans les pays qui en sont victimes, en contribuant à fournir les services élémentaires et à briser le piège de la pauvreté.