AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

FORCES AGISSANTES DES SCENARIOS

Les forces agissantes sont les mécanismes qui permettent au changement de survenir. On peut en quelque sorte les considérer comme des combinaisons de mutations au sein de la société dont l’ampleur est telle qu’elles suscitent d’autres mutations considérables. Les forces agissantes déterminent le cours initial du développement, mais le système régional complexe peut rapidement changer de direction aux seuils critiques de turbulences et d’instabilité extrêmes. La compréhension de la nature et de l’interaction des forces agissantes est indispensable à l’élaboration de scénarios. Les forces agissantes constituent les points de départ de l’anticipation de l’avenir. Elles peuvent s’exercer selon des magnitudes et directions différentes de celles de la phase initiale, et peuvent émerger ou disparaître au gré des circonstances.

Les tendances actuelles sont quant à elles abordées au chapitre 2 de ce rapport. Bien qu’elles ne soient pas inévitablement persistantes, puisqu’elles évoluent au fil du temps, elles conditionnent sans nul doute la direction initiale des changements économiques, sociaux et environnementaux. Elles peuvent modifier dans une large mesure l’avenir à long terme. Les forces agissantes décident de la voie suivie par les tendances qui sont ellesmêmes influencées par les conditions économiques, sociales et environnementales (Gallopin et al., 1997).

LES FORCES AGISSANTES

Démographie

L’Afrique a vu sa population croître de façon spectaculaire, pour passer de 221 millions d’habitants en 1950 à 785 millions en 2000 (Figure 4.11). Malgré le déclin des taux de croissance démographique depuis le milieu des années 1980, l’Afrique demeure la région où la croissance est la plus rapide, à environ 2,4 pour cent par an. Toutefois, l’on s’attend à ce que les taux futurs soient moindres. La région atteindra une population estimée à 1,406 milliard d’habitants d’ici à 2030 (PNUD 1999, 2000) (voir aussi figure 4.11). L’urbanisation rapide est également une force agissante majeure, à l’origine de tensions dans de nombreuses économies africaines. Avec un taux annuel moyen de 3,71 pour cent (Figure 4.12), l’Afrique est la région du monde où le taux de croissance urbaine est le plus élevé. Néanmoins, l’Afrique demeure très largement rurale et agricole. En 2000, le niveau d’urbanisation n’était que de 37,9 pour cent et il est prévu qu’il atteindra 54,5 pour cent d’ici à 2030. La population urbaine devrait passer de 297 millions de personnes en 2000 à 766 millions en 2030 (PNUD, 1999).

 

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Figure 4.11 Evolution annuelle de la population totale, urbaine et rurale, 1950–2030


Source: UNDP 2000

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Figure 4.12 Taux d’évolution annuel de la population totale, urbaine et rurale

Source: UNDP 2000

Néanmoins, le problème de la population en Afrique n’est pas uniquement lié à sa taille, car l’Afrique demeure sous-peuplée à l’aune de la moyenne de la planète. Pour les pays africains, une croissance rapide de la population soulève divers défis sur le plan de l’amélioration du niveau de vie et de la mise en place des services sociaux essentiels, à savoir logement, transport, systèmes sanitaires, santé, éducation, emplois et sécurité. Elle limite en outre leur capacité à faire face au problème de la pauvreté. Qui plus est, des taux de croissance rapides de la population conduisent à des conflits politiques et sociaux entre groupes ethniques, religieux et sociaux. La pyramide des âges révèle une nette prédominance des jeunes, situation à l’origine d’une vitalité démographique extraordinaire. Environ 43 pour cent de la population a moins de quinze ans, environ 52 pour cent a entre quinze et soixante ans et 5 pour cent a soixante ans ou plus (UNDP, 2000). La tranche comprise entre quinze et vingt-quatre ans comptait 149 millions de personnes en 1998, soit environ 20 pour cent de la population africaine totale. Cette abondance de main-d’œuvre peut constituer une base propice à davantage d’investissements, à une productivité plus élevée et à un développement économique rapide (Makinwa-Adebusoye, 2001). Au vu d’une telle vitalité démographique, qui se reflète sur les taux de fécondité relativement élevés et sur l’amélioration des conditions sanitaires et médicales, on ne peut que s’attendre à ce que la population des pays africains grimpe jusqu’à des hauteurs phénoménales et continue à peser sur l’environnement de manière considérable. Livrées à ellesmêmes, ces tendances soumettent l’environnement à rude épreuve et à des conséquences néfastes.

Cependant, le taux d’accroissement de la population n’est pas uniforme. Certains endroits connaissent des taux supérieurs à la moyenne, dus à la fois à des taux intrinsèques plus élevés et à l’immigration à l’intérieur d’un même pays, d’une sous-région ou de la région entière. Les endroits concernés sont les villes et métropoles, les régions côtières et la proximité des lacs et fleuves. Parmi eux, c’est dans les zones urbaines que l’impact de la croissance démographique s’avère particulièrement important, en raison des bouleversements des modes de vie et habitudes de consommation, ainsi que de la production de déchets, qui accompagnent l’urbanisation. Inversement, certains endroits connaissent des taux d’accroissement de la population inférieurs à la moyenne, en raison de taux intrinsèques plus faibles et de l’émigration. Il s’agit notamment des lieux où sévissent des conflits ou subissant une grave dégradation de l’environnement.