AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

EXPRESSIONS QUANTITATIVES DES SCENARIOS

La génération d’expressions quantitatives pour les différents scénarios exige le recours à des modèles ou la collaboration d’experts. Les applications décrites dans ce travail ont été élaborées à l’échelon régional et organisées à l’aide du logiciel PoleStar du SEI. Le projet PoleStar a pour ambition de conférer une signification opérationnelle concrète à la notion de développement durable, véritable gageure qui exige une vision globale sur de multiples domaines, sur un éventail d’échelles spatiales et sur de longues périodes. Le logiciel PoleStar a été appliqué à l’échelon mondial par le SEI pour le GEO-3 du PNUE, ainsi que pour les scénarios du GSG. L’élaboration des scénarios dans l’AEO a bénéficié de l’excellente collecte de données entreprise par le SEI, mais a été modifiée de différentes façons. Certaines des variables les plus significatives, comme le produit national brut (PNB), la population totale et la population urbaine, diffèrent de celles du GEO-3 ou des scénarios du GSG. Cet écart reflète en partie une mise à jour des données sur l’Afrique d’après des informations plus récentes publiées dans Cities in a Globalizing World (CNUEH, 2001).

A titre d’illustration, nous examinons ici six issues possibles qui représentent ces quatre dimensions : démographie, économie et société, agriculture et sylviculture, et enfin environnement. La dimension démographique se compose des chiffres de population totale et de population urbaine de l’Afrique et de chacune de ses sous-régions. La dimension économie et société se compose du PNB mesuré aux taux de parité du pouvoir d’achat à la date de 1995. La troisième dimension, agriculture et sylviculture, se compose des terres cultivables gravement dégradées. La dimension environnement se compose de la consommation d’eau et de la pollution des eaux domestiques urbaines. Les figures 4.5 à 4.10 donnent des expressions quantitatives des scénarios selon ces variables.

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Figure 4.5 Population par scénario et par sous-région

PNUE 2002

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Figure 4.6 Population urbaine par scénario et par sous-région

PNUE 2002

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Figure 4.7 PIB (parité du pouvoir d’achat, PPA) par scénario et par sous-région

PNUE 2002

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Figure 4.8 Terres cultivables gravement dégradées par scénario et par sous-région

PNUE 2002

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Figure 4.9 Consommation d’eau par scénario et par sous-région

PNUE 2002

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Figure 4.10 Pollution des eaux ménagères urbaines par scénario et par sous-région

PNUE 2002

Les populations croissent à des niveaux moyens selon le scénario Forces du marché. L’essor de l’éducation des femmes, les programmes de lutte contre la pauvreté et l’usage généralisé des méthodes contraceptives entraînent un ralentissement considérable des taux de croissance démographique selon le scénario Réforme des politiques. Le scénario Grandes transitions connaît quant à lui une baisse radicale des taux de croissance. Selon le scénario Univers forteresse, la déliquescence sociale, la pauvreté et l’échec des systèmes éducatifs précipitent une expansion massive de la population qui, en 2032, atteint le quadruple de celle de 1995.

Les populations urbaines suivent des tendances similaires à celles de la population dans son ensemble. Cependant, les différences entre les scénarios Univers forteresse et Grandes transitions sont encore plus prononcées. Les possibilités généralisées d’expansion des zones urbaines et périurbaines selon le scénario Grandes transitions aboutissent à une croissance à peine perceptible de la population urbaine totale. Selon le scénario Univers forteresse, la perte de terres arables au profit des élites, la dégradation des terres et l’effondrement des marchés urbains pour produits agricoles ruraux poussent des milliards de gens vers des villes déjà surpeuplées.

Les tendances de la croissance du PNB sont pratiquement l’inverse de celles de la population. Selon le scénario Forces du marché, la croissance est plutôt dynamique par rapport à l’expérience récente de la région, mais lente comparée à d’autres régions en développement à l’aube du nouveau millénaire. Selon le scénario Réforme des politiques, l’écart est bien moindre, car plusieurs pays africains connaissent une croissance de leur PNB. Le délabrement de la société, de l’Etat et des infrastructures selon le scénario Univers forteresse sous-tend une croissance très modeste du revenu par habitant qui dépasse tout juste le taux de croissance démographique sur la durée du scénario. Selon le scénario Grandes transitions, le contexte international favorise l’égalité au moyen de relations plus énergiques avec les autres régions du sud, leur propre contexte interne étant également plus propice à cette égalité. Ainsi, le rendement par habitant progresse rapidement, pour atteindre un niveau moyen pour la région dans son ensemble proche de la moyenne des pays industrialisés en 1995.

Les taux de dégradation des terres cultivables sont au plus haut dans les scénarios Forces du marché et Univers forteresse, et la superficie dégradée s’ajoute au total qui doit être converti à partir d’autres types d’exploitation des terres. La consommation d’eau augmente dans chacun des scénarios, car les populations s’accroissent et les revenus sont en hausse. Dans les scénarios Réforme des politiques et Grandes transitions en particulier, la demande grandissante en activités consommant beaucoup d’eau est compensée par une plus grande efficacité. Néanmoins, en dépit d’améliorations relativement plus poussées en matière d’efficacité hydrique selon le scénario Grandes transitions par rapport au scénario Réforme des politiques, la croissance économique rapide propre au scénario Grandes transitions se traduit par des niveaux comparables de prélèvement d’eau. Parallèlement, l’intensité de la consommation d’eau demeure nettement inférieure à celle des régions industrialisées. Selon le scénario Univers forteresse, les niveaux de prélèvement d’eau relativement modestes, à savoir inférieurs à ceux de tous les autres scénarios, masquent une réalité alarmante de délabrement des infrastructures de distribution de l’eau et de dégradation des sources, à l’origine de graves pénuries d’eau et du déclin de la population disposant d’un accès à de l’eau saine.

La pollution de l’eau due aux ménages urbains dépend à la fois de la taille de la population urbaine et de l’infrastructure de traitement des eaux. Le niveau élevé des revenus moyens des scénarios Réforme des politiques et Grandes transitions, combiné à de faibles populations urbaines, aboutit à un degré total très faible de pollution de l’eau. Selon le scénario Grandes transitions, la pollution urbaine de l’eau chute après 2015, car la population urbaine se stabilise et l’optimisation du traitement se poursuit. La médiocrité des infrastructures et la croissance rapide de la population urbaine, qui caractérisent le scénario Univers forteresse, engendrent une hausse massive des rejets de polluants dans l’eau issus des ménages urbains.