AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AVENIRS REGIONAUX DE L’AFRIQUE : ELABORATION DE SCENARIOS DANS L’AEO

L’élaboration des scénarios dans l’AEO a suivi la directive stipulée dans le GEO. Tout comme dans le GEO-3, les scénarios reposent sur les travaux du Global Scenarios Group (GSG, groupe des scénarios mondiaux) (Gallopin et al., 1997). Le groupe GSG applique une hiérarchie à deux niveaux, définis comme classes et variantes, pour classer les scénarios. Les classes se distinguent par des visions sociales fondamentalement différentes, alors que les variantes reflètent un éventail d’issues possibles au sein de chaque classe. Les trois grandes classes sont « Mondes conventionnels », « Barbarisation » et « Grandes transitions ». Elles se caractérisent respectivement par : une continuité intrinsèque des tendances actuelles de l’évolution du développement, un changement social fondamental, mais indésirable, et des transformations sociales fondamentales et favorables. Pour chacune de ces trois classes sont définies deux variantes, pour un total de six scénarios. Ainsi, dans la classe « Mondes conventionnels », les deux scénarios qui émergent sont « Développement conventionnel » et « Réforme des politiques ». Les deux scénarios de la classe « Barbarisation » sont « Effondrement » et « Univers forteresse ». Dans la classe « Grandes transitions », les deux scénarios sont « Ecocommunautarisme » et « Nouveau paradigme de durabilité ».

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Figure 4.3 Structure des scénarios—évolution schématique de variables significatives

Gallopin,Hammond,A. H., Ruskin, P.D. and Swart, R. (1997)

La classe « Mondes conventionnels » table sur un système planétaire au XXIème siècle évoluant sans surprises majeures, brusques discontinuités ni transformations fondamentales de la base de la civilisation humaine. L’avenir est modelé par l’évolution, l’expansion et la mondialisation continues des valeurs et relations socioéconomiques dominantes de la société industrielle. Par contre, les classes « Barbarisation » et « Grandes transitions » tempèrent la notion de continuité à long terme des valeurs et ententes institutionnelles dominantes. De fait, ces scénarios augurent de profondes transformations historiques des principes d’organisation fondamentaux de la société au cours du prochain siècle, peut-être de la même ampleur que la transition vers l’agriculture sédentaire et la révolution industrielle.

Au sein de la classe « Mondes conventionnels », la variante « Référence » incorpore des projections à moyen terme en matière de populations et de développement, ainsi que des hypothèses typiques d’évolution technologique. La variante « Réforme des politiques » ajoute une action gouvernementale forte, exhaustive et coordonnée, conforme à celles qu’évoquent de nombreux débats à caractère politique sur le développement durable, en vue de parvenir à une plus grande égalité sociale et à une meilleure protection de l’environnement. Dans cette variante, la volonté politique évolue dans le sens du renforcement des systèmes de gestion et de la diffusion rapide des technologies écologiques. En dépit de leurs différences, les deux variantes « Mondes conventionnels » partagent un certain nombre de prémisses : la continuité des institutions et valeurs ; la croissance rapide de l’économie mondiale ; la convergence des diverses régions du monde sur les normes établies par les pays industrialisés. La pression environnementale issue de la croissance démographique et économique mondiale est laissée aux mains de la logique auto-correctrice des marchés concurrentiels. Dans la variante « Réforme des politiques », le développement durable est érigé en priorité stratégique active.

Les variantes « Barbarisation » envisagent la funeste possibilité que les assises sociales, économiques et morales de la civilisation se désagrègent, des problèmes inédits submergeant la capacité, aussi bien des marchés que des réformes politiques, à y faire face. La variante « Effondrement » débouche sur des conflits acharnés, la désintégration institutionnelle et l’effondrement économique. La variante « Univers forteresse » se singularise par une réponse autoritaire à la menace de décomposition. Dans ce scénario, les élites, retranchées dans des enclaves protégées, préservent leurs privilèges en dominant une majorité paupérisée et en gérant les ressources naturelles vitales tandis que, à l’extérieur de la forteresse, sévissent la répression, la destruction de l’environnement et la misère.

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Figure 4.4 Prévision classique et à rebours

Source: Kemp-Benedict 2001

Lors de réflexions ultérieures s’est manifestée la nécessité de reclasser ce système en quatre catégories distinctes. Les quatre catégories, adoptées du GEO, sont : « Développement conventionnel », par la suite rebaptisée « Forces du marché », « Réforme des politiques », « Univers forteresse » et « Grandes transitions ». Ce sont les quatre scénarios employés dans l’AEO. La figure 4.3 illustre le comportement schématique au fil du temps de six variables significatives de ces quatre scénarios, à savoir : croissance démographique ; économie ; qualité de l’environnement ; égalité sociale et économique ; évolution technologique ; degré de conflits sociaux et géopolitiques. Les courbes ne prétendent qu’illustrer grossièrement les tendances possibles de l’évolution.

Les caractéristiques des quatre scénarios peuvent se résumer comme suit :

L’élaboration de scénarios procède dans l’une ou l’autre de deux directions. Dans le premier cas, on part de la position actuelle, puis on tente de réaliser des projections dans l’avenir. Cette approche peut être désignée par le terme prévision. Dans le second cas en revanche, on part de l’avenir souhaitable, puis on cherche à manipuler des variables et des ressources afin d’y parvenir. Cette approche est appelée « prévision à rebours » (Figure 4.4). Deux des scénarios évoqués ci-dessus (à savoir Forces du marché et Univers forteresse) se prêtent davantage aux méthodes de prévision, alors que les deux autres (Réforme des politiques et Grandes transitions) conviennent davantage aux méthodes de prévision à rebours, procédé adopté dans cette étude.