![]() |
| Figure 4.1 Six études présentent une perspective générale de l’avenir des sous-régions sous forme de scénarios |
L’Avenir de l’environnement en Afrique (AEO, African Environnement Outlook) est une initiative de la Conférence des ministres africains de l'environnement (CMAE), menée avec l’appui technique de la Division de l’alerte précoce et de l’évaluation (DEWA, Division of Early Warning and Assessment) du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). La CMAE a été fondée en 1985 en tant qu’organisme environnemental intergouvernemental en Afrique, son mandat consistant à fixer les orientations politiques et à identifier les priorités en vue de la mise en œuvre de traités et objectifs environnementaux à l’échelon national et sous-régional. L’une des missions de la CMAE consiste à veiller à ce que la qualité de l’environnement soit préservée et à ce que les Africains tirent leur qualité de vie des bienfaits de l’environnement comme la nourriture, des abris pour se loger et des ressources naturelles, nécessaires pour générer des emplois (CMAE 1987, 1989 et 1993). La CMAE a réalisé des progrès considérables en matière de sensibilisation écologique auprès des gouvernements africains. Elle a en outre contribué dans de nombreux pays à la mise en place de ministères chargés de l’environnement, ainsi qu’à la promulgation de lois et décrets environnementaux, en cours de mise en œuvre.
La huitième séance de la CMAE, qui s’est tenue en avril 2000 à Abuja, Nigeria, constitue un tournant pour cette institution. En effet, à cette occasion, la conférence a adopté un programme à moyen terme qui stipulait clairement la nécessité de l’initiative baptisée AEO. L’AEO a été identifiée comme l’un des outils capables de résoudre de manière durable les problèmes économiques et environnementaux persistants et graves de l’Afrique. Elle donnerait à la CMAE la possibilité d’anticiper l’avenir et d’évaluer les diverses approches de politique de développement environnemental et durable pour les trente prochaines années, ainsi que d’identifier quelles mesures pertinentes envisager à l’échelon national, sous-régional et régional. Une tâche de cette ampleur implique de conceptualiser clairement quel doit être l’environnement futur. Elle exige de surcroît une capacité de vision exceptionnelle apte à élaborer ces scénarios futurs possibles, à en dépeindre les caractéristiques et à démontrer quelles orientations privilégier.
Peu de scénarios ont été élaborés en vue d’évaluer la viabilité environnementale de l’Afrique dans son ensemble. En revanche, les nombreux scénarios imaginés à l’échelon sous-régional dessinent quelques perspectives générales sur l’avenir de la région. De récentes études du projet sur l’Avenir de l’environnement mondial 2000 (Global Environment Outlook, GEO) (PNUE, 2000) et de Paul Raskin (2000a) relatent diverses tentatives d’élaborer des scénarios pour différentes sous-régions africaines, notamment par : l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED, 1997), la Banque mondiale (BM, 1996), le Centre de recherche et de documentation d’Afrique australe (SARDC, 1994), le Club du Sahel (OCDE, 1995) et les études Beyond Hunger (Achebe et al., 1990) et Plan Bleu (PNUE, 1989). La figure 4.1 illustre ces scénarios. En général, les périodes couvertes par ces scénarios s’échelonnent entre 18 ans (IIED) et presque 70 ans (Beyond Hunger).
Au moins deux scénarios contrastés étaient proposés pour chaque région par la plupart de ces organismes. Par exemple, l’IIED proposait les scénarios « Fin du monde » et « Avenir durable ». La BM soumettait les scénarios « Tendances actuelles » et « Avenir souhaitable », pour un développement écologiquement durable en Afrique subsaharienne. Le Club du Sahel proposait les scénarios « Laisser-faire », « Croissance orthodoxe » et « Intégration régionale ». L’étude Beyond Hunger proposait les scénarios « Sagesse conventionnelle » et « Grande ascension ». Enfin, l’étude Plan Bleu soumettait les scénarios « Scénarios tendanciels » et « Scénarios alternatifs ».
Dans la quasi-totalité des cas, les comparaisons étaient établies entre paires de scénarios. Le scénario « Routine habituelle », qui englobe notamment les scénarios « Laisser-faire », « Croissance orthodoxe » et « Tendances actuelles », repose sur l’évolution démographique, en particulier la croissance et la migration des populations, et sur un développement économique terne. Le scénario « Fin du monde » envisage le pire cas de figure, résultat d’une attitude de laisser-faire vis-à-vis des changements environnementaux. Certains scénarios, notamment « Tendances actuelles » et « Plan Bleu », suggèrent un avenir réaliste pour certaines sousrégions africaines spécifiques, le scénario « Plan Bleu » s’efforçant de tracer la voie souhaitable du développement africain. Diverses possibilités de scénarios, caractérisées par une vision souhaitable et durable pour la région, font l’objet de discussions.
Le plus positif de ces scénarios est peut-être celui proposé
par Beyond Hunger (Achebe et al., 1990). Il propose une vision de l’Afrique
quelque cent ans après l’indépendance du Ghana, premier
territoire colonial d’Afrique à y accéder en 1957. Elaboré
avant que l’Afrique du Sud n’engage une politique multiraciale en
1994, ce scénario imaginait déjà un Etat africain d’Azanie
pour l’Afrique du Sud. Il envisageait également l’instauration
de mécanismes capables de mener l’Afrique à une stratégie
de développement économique privilégiant l’autonomie
ou l’intégration au sein des marchés mondiaux. On peut dire
de l’étude Beyond Hunger qu’elle constitue la racine de la
« renaissance africaine », résurgence de la culture, du développement
des ressources humaines, des programmes de sensibilisation du public africain
et visant à sa participation au processus de développement.