AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives
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L’éléphant est l’une des « attractions phares » d’un marché en plein essor, l’écotourisme. C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles les communautés doivent prendre conscience du lien qui unit leur propre bien-être économique à la faune sauvage et à la biodiversité de la région.

PNUE

CONVERSION DES CRÉANCES EN INVESTISSEMENTS ÉCOLOGIQUES

Expérimentée pour la première fois au Kenya en 1988, la conversion des créances en investissements écologiques était destinée à infléchir la progression galopante de la dette africaine. Ce mécanisme, qui consiste à annuler des créances étrangères en échange d’un engagement du gouvernement débiteur à mobiliser des ressources nationales pour financer des programmes de préservation de l’environnement, est à la fois destinée à réduire la dette extérieure et à améliorer la gestion de l’environnement. Entre 1987 et 1998, plus de 30 pays en développement en ont bénéficié, notamment en Afrique, ce qui a généré 1 milliard d’USD en faveur de l’environnement (UNSO, 1998). Selon l’Office soudano-sahélien des Nations Unies (UNSO), la dette bilatérale constitue pour les pays africains affectés par la déforestation la source la plus prometteuse en matière d’éco-conversion des créances. En effet, la dette commerciale ne représentait en 1998 que 2 pour cent de la dette extérieure de ces pays et la dette multilatérale ne fait pas l’objet de transactions de ce type. On peut espérer, sachant que les créanciers multilatéraux ont accepté le principe d’une annulation de leur dette via l’Initiative PPTE, qu’on puisse envisager l’éco-conversion des créances multilatérales. Parmi les 41 pays susceptibles de bénéficier de l’Initiative PPTE, 15 pays d’Afrique sont gravement affectés par la désertification (UNSO, 1998).

Une récente analyse de l’éco-conversion des créances a débouché sur la conclusion suivante : « Le mécanisme de conversion des créances en investissements écologiques a jusqu’à présent fait l’objet d’une utilisation très modeste, d’une part à cause de la menace qu’il fait planer sur la stabilité macro-économique du pays endetté, d’autre part en raison de la complexité des tractations nécessaires et enfin du fait du comportement opportuniste des pays du Nord en matière d’environnement.

Dans sa version la plus récente, l’éco-conversion des créances est devenue plus simple et plus substantielle, tant au niveau du montant de la dette convertie que du soutien financier qu’elle apporte à des projets environnementaux sans nuire à la stabilité macro-économique des pays concernés. Néanmoins, ce mécanisme a un rôle plus important à jouer dans le domaine de l’environnement que dans celui de la dette » (ECLAC 2001).

L’éco-conversion des créances n’est qu’une manière parmi d’autres d’alléger le fardeau de la dette africaine. Les dirigeants africains en sont conscients, puisqu’ils souhaitent voir la région atteindre et maintenir au cours des 15 prochaines années un taux de croissance moyen du PIB de plus de 7 pour cent par an (NPDA, 2001). L’un des objectifs est de mettre en œuvre d’ici 2005 des stratégies nationales de développement durable, afin d’inverser d’ici 2015 le processus de perte des ressources naturelles.

SYSTÈMES DE CONNAISSANCES INDIGÈNES

Encadré 3.20 Systèmes de connaissances indigènes : l’avenir de l’Afrique

« Si nous voulons une Afrique forte pour l’avenir, nous devons en poser les fondations sur nos connaissances indigènes dans toutes les sphères de l’existence. Nous emprunterons aux autres des idées et des compétences, car nous vivons dans un monde interdépendant,mais si nous sommes en pleine possession de nos esprits, ce que nous mprunterons viendra enrichir et embellir ce que nous possédons déjà au lieu de le supplanter. »

Source:Opoku 1999
Les systèmes de connaissances indigènes, découragés du temps du colonialisme, sont remis à l’honneur partout en Afrique afin de renforcer les liens entre l’être humain et la nature et d’aider les communautés à s’adapter aux mutations de leur environnement. Au nord du Nigeria, par exemple, les Hausas ont acquis tout un éventail de connaissances indigènes pour compenser leur vulnérabilité à la sécheresse et à la famine dans les régions sub-humides à arides du Sahel (Milich, 1997). Parmi ces connaissances figurent l’alternance des cultures avec des légumineuses fixant l’azote, l’application intensive de fumier, les travaux de préservation du sol, la polyculture de différentes céréales en fonction des variations de l’humidité du sol, ou encore l’exploitation de niches écologiques différentes à la saison sèche et à la saison humide. D’autres stratégies de survie sont également adoptées par les ménages et les communautés, telles que la substitution d’aliments sauvages, l’augmentation du petit commerce assuré par les femmes, la vente d’animaux d’élevage, la production artisanale, l’émigration à la recherche de travail et un sens aigu de la solidarité encourageant le partage de la nourriture avec les plus démunis. Les populations pastorales, telles que les Massaïs d’Afrique orientale, exploitent les possibilités du système naturel en migrant avec leurs troupeaux vers les pâturages régénérés par la pluie. Certains scindent également les troupeaux pour minimiser les risques ou préservent certains pâturages en guise de réserves. L’une des grandes stratégies de survie employées dans toute l’Afrique est « l’action communautaire basée sur le capital social ». Celle-ci consiste, dans les sociétés rurales traditionnelles, à unir ses forces pour réduire sa vulnérabilité et son insécurité face aux contraintes, par exemple par le biais de processus institutionnels communautaires informels tels que le troc et le commerce.

En Afrique australe, diverses activités ont été entreprises pour sensibiliser la population. Les pouvoirs publics et la société civile sont de plus en plus conscients du vaste potentiel des systèmes de connaissances indigènes en matière de gestion des ressources naturelles (Matowanyika, 1999). Le rôle des communautés indigènes est mis en avant dans Action 21, qui reconnaît leur importance dans l’élaboration d’« une connaissance scientifique traditionnelle et holistique des terres, des ressources naturelles et de l’environnement » (ONU, 1992). Les défenseurs des systèmes de connaissances indigènes estiment quant à eux que l’avenir de la région dépend de la reconnaissance du rôle important de cette culture dans le développement (voir encadré 3.20).