AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

PROGRAMMES DE GESTION COMMUNAUTAIRE DES RESSOURCES NATURELLES

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Le braconnage est l’un des problèmes auxquels s’attaquent un nombre croissant de programmes communautaires de gestion des ressources naturelles dans certaines régions. Ces programmes visent à préserver la biodiversité tout en générant des revenus pour les communautés rurales afin de réduire la pauvreté.

Gilles Nicolet/Still Pictures

La gestion de la faune et de la flore sauvages d’Afrique a connu de nombreux changements au cours des 30 dernières années, passant des politiques coloniales de protection de la nature aux dépens des populations à une utilisation durable impliquant les communautés. Des programmes de gestion communautaire des ressources naturelles ont été mis en œuvre ou sont en passe de l’être dans différentes sousrégions, non seulement pour assurer la préservation de la biodiversité, mais également pour générer des revenus pour la population et contribuer à la lutte contre la pauvreté rurale. L’un de ces programmes est le projet Tchuma Tchato (« Notre richesse »), dans la province de Tete, au nord du Mozambique (voir encadré 3.19).

Encadré 3.19 Une communauté s’enorgueillit de ses richesses

Tchuma Tchato (« Notre richesse ») est un projet de gestion communautaire des ressources naturelles qui a contribué à rendre à la population du nord-ouest du Mozambique le contrôle de sa faune, de sa flore et de ses ressources naturelles. La chasse traditionnelle, source de nourriture et de revenus pour la population, était en effet considérée comme du « braconnage » depuis qu’en 1989 les autorités avaient concédé les droits de chasse à un propriétaire terrien.Maintenant qu’elle a retrouvé le contrôle des ressources naturelles de la région et le droit d’en tirer des bénéfices, la communauté se montre plus encline à les protéger, d’où une meilleure préservation des espèces sauvages et de leurs habitats.

Le projet Tchuma Tchato a été mis en place dans le triangle riche en biodiversité situé à la frontière entre le Mozambique, la Zambie et le Zimbabwe. Il concerne six villages du nord-ouest de la province de Tete, dans la forêt de mopane située sur le vaste plateau recouvert de savane qui représente plus de 30 pour cent des 799 380 km2 du pays. Parmi les 10 provinces du Mozambique, Tete est l’une des moins peuplées. La zone où se déroule le projet, qui s’étend sur 2 500 km2 le long du Zambèze, a une densité de population de moins de 5 habitants au km2, contre environ 2 590 habitants au km2 à Maputo, la capitale du Mozambique.

Lancé en 1994, le projet Tchuma Tchato était en grande partie destiné à résoudre les problèmes créés par la guerre civile qui a déchiré le pays entre 1964 et 1975 et entre 1976 et 1992. Ce conflit avait détruit les structures sociales, déplacé des millions de personnes et dévasté les structures et les institutions de gestion de la faune et de la flore. Comme d’autres régions du pays, la province de Tete était devenue une vaste zone de chasse incontrôlée. Convoitées par les combattants des deux camps pour leur viande et leur ivoire, les populations d’éléphants avaient été décimées.

Le but de Tchuma Tchato est de faire prendre conscience aux populations des liens qui unissent leur bien-être économique à la faune sauvage et à la biodiversité de la région. Ce projet souligne l’intérêt qu’a la communauté à jouer le rôle de gardien de la faune locale, ce qui implique la fin du braconnage et de la surexploitation des ressources. Depuis le lancement du projet, la population d’éléphants est à nouveau en plein essor. De plus, la biodiversité de la région fournit une base solide à l’écotourisme. C’est pourquoi un complexe de sept bungalows, dirigé par la Direction provinciale de l’agriculture et de la pêche par le biais du chef de projet de Tchuma Tchato, a été construit au bord du Zambèze.

Avant la mise en œuvre de ce projet, la communauté tirait principalement ses revenus de la chasse, de l’agriculture de subsistance et de la pêche. Tchuma Tchato a créé de nouvelles sources de revenu en employant certains villageois pour s’occuper des bungalows et veiller sur la faune. Les recettes de la chasse et de la location de bungalows sont divisées en trois : 35 pour cent pour l’Etat, 32,5 pour cent pour les autorités régionales et 32,5 pour cent pour le projet Tchuma Tchato. Les six villages participants ont créé des conseils de gestion des ressources naturelles chargés de gérer le projet pour leur compte et de décider de l’utilisation des recettes.