AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

DIMENSIONS ECONOMIQUES DE LA VULNERABILITE HUMAINE

L’activité économique est à la fois responsable et victime des changements environnementaux. La surexploitation des ressources au service de la croissance économique peut en effet amener des modifications au sein de l’environnement qui, à leur tour, peuvent avoir un impact négatif sur les résultats économiques. La sécheresse qui a frappé la majeure partie de l’Afrique australe en 1991–92 a fait chuter de 62 pour cent la Bourse du Zimbabwe, la plaçant au 54e et dernier rang du classement mondial de l’International Finance Corporation (IFC). Dans ce pays, le secteur industriel a accusé un déclin de 9,3 pour cent en 1992. Des études montrent que la sécheresse a provoqué une réduction de 25 pour cent du volume de la production industrielle et une baisse de 6 pour cent des entrées de devises. En Afrique du Sud, un modèle élaboré par la Banque de réserve a montré que la sécheresse de 1991–92 avait provoqué une perte nette d’au moins 1,2 milliard de rands sur le compte courant de la balance des paiements. De plus, on estime que cette sécheresse a causé la perte d’environ 49 000 emplois dans l’agriculture et de 20 000 emplois dans les autres secteurs (Benson et Clay, 1994).

La vulnérabilité humaine aux changements environnementaux a des implications économiques à la fois directes et indirectes qui entraînent des coûts. Les coûts directs sont clairement mis en lumière lorsqu’on évalue les conséquences des inondations, des séismes, des tempêtes ou des incendies sur les biens et les infrastructures des communautés affectées et qu’on calcule les frais de réparation et de reconstruction, ainsi que le coût de l’aide et des services aux victimes. Sachant que la surexploitation des ressources naturelles, telles que le poisson ou le bois, entraîne la raréfaction des moyens de subsistance et accroît donc la vulnérabilité, les populations affectées sont privées de leur capacité à faire face et ces coûts sont généralement pris en charge par l’Etat, les organisations humanitaires et les donateurs. A cela s’ajoute bien souvent l’aide, généralement en nature, apportée par des communautés voisines compatissantes.

Au niveau micro-économique, les effets des changements environnementaux néfastes sur la vulnérabilité des individus et des ménages, dont ils accroissent l’insécurité économique, résultent des phénomènes suivants : d’une part, diminution de la productivité, de la production, des revenus, des réserves, du pouvoir d’achat et de la capacité à payer des impôts, et d’autre part, augmentation de la demande de subventions, d’aide et d’assistance, de l’endettement, de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et des problèmes de santé.

Au niveau macro-économique, les effets des changements environnementaux néfastes découlent directement de leur impact micro-économique : diminution des recettes fiscales, des dépenses sociales, du remboursement de la dette, de la compétitivité et des entrées de devises, augmentation des déficits budgétaires et de la dépendance vis-à-vis de l’aide étrangère, médiocrité globale des résultats économiques.

L’Afrique subsaharienne est marquée par la faiblesse de ses résultats économiques et notamment industriels. Les facteurs qui contribuent à cette faiblesse et rendent la majeure partie de la population vulnérable aux changements environnementaux sont résumés ci-dessous :

Notons que les effets de ces facteurs ne sont pas linéaires, car ils mettent en jeu des processus économiques et sociaux complexes.

Les données du tableau 3.4 illustrent la situation en termes de dépendance vis-à-vis de l’aide étrangère, des investissements étrangers et du service de la dette, qui grèvent les recettes à l’exportation.

 

Tableau 3.4 Assistance, capitaux privés et problème de la dette en Afrique
Sous-région Aide publique au développement Investissement étranger direct net en % du PIB Service total de la dette en % des exportations
Total (millions d’USD) Par habitant (USD)
En % du PIB
1999 1999 1990 1999 1990 1999 1990 1999
 
Afrique du Nord 473.5 14.6 5.3 1.5 0.6 1.4 27.9 18.7
Afrique occidentale
247.5 51.9 17.7 11.5 0.6 1.5 19.3 16.2
Afrique centrale
154.2 32.1 14.9 6.4 1.2 3.5 15.3 9.9
Afrique orientale
314.5 36.7 20.7 12.4 0.0 1.2 37.3 24.1
Afrique australe
331.5 35.6 15.5 7.3 1.2 7.3 18.6 16.8
COI 140.4 32.8 11.5 7.2 0.6 1.1 18.7 14.3
                 
Source : SMDD (Préparation du Sommet de Johannesburg), 2001 et Evaluation des progrès du développement durable en Afrique depuis le Sommet de Rio de 1992, PNUE

De nombreux pays d’Afrique ont continuellement été confrontés à des difficultés sociales et économiques depuis l’indépendance. Bien que certains pays de la région dépendent de ressources minérales pour leurs entrées de devises, la plupart reposent principalement sur l’agriculture qui demeure le premier employeur du continent. La plupart des pays ont connu une croissance stagnante ou négative qui, dans la plupart des cas, a fortement affecté le bienêtre de la population.

La communauté internationale est largement impliquée, de diverses manières, dans le développement social et économique de l’Afrique. La majorité des pays d’Afrique subsaharienne ont été affectés par un déséquilibre macro-économique marqué par l’inflation et le déficit insoutenable des paiements courants (Benneh et al, 1996). Dans la plupart de ces pays, la balance des investissements a penché en faveur des villes alors que les secteurs productifs de l’économie, encore dépendants de l’agriculture, continuaient à s’appuyer largement sur les zones rurales.

Tandis que les problèmes micro- et macro-économiques contribuent aux changements environnementaux et à la vulnérabilité humaine, la situation est exacerbée par une gouvernance inadaptée. L’insuffisance des dépenses publiques et les lourdeurs de la bureaucratie ajoutent encore au fardeau qui pèse sur la population et l’environnement.