AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

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Outre qu’ils exacerbent la dégradation de l’environnement et augmentent la vulnérabilité humaine, les conflits armés nuisent gravement à de précieuses ressources naturelles telles que la biodiversité ou la faune et la flore sauvages, comme l’illustre l’encadré 3.11. Ce phénomène se vérifie dans tous les conflits passés ou présents survenus en Afrique.

Encadré 3.11 Les conflits et l’environnement
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Gardiens de parc ayant saisi un lot d’ivoire,
République centrafricaine

La guerre civile qui sévit en République démocratique du Congo a été dévastatrice pour la faune du pays, tuant des milliers d’éléphants, de gorilles (l’une des espèces les plus menacées du monde, dont il ne reste aujourd’hui que quelques centaines de spécimens sauvages) et d’autres espèces en voie de disparition. Après trois ans de combats, les populations d’okapis, de gorilles t d’éléphants ont été décimées. Pour soutenir l’effort de guerre, les nombreuses parties belligérantes ont pillé les ressources naturelles, massacrant les buffles pour leur viande et les éléphants tant pour la viande que pour l’ivoire.

Dans le parc de Garamba, région du nord-est du Congo contrôlée par l’armée ougandaise et les rebelles soudanais, près de 4 000 éléphants sur 12 000 ont été tués entre 1995 et 1999. La situation est tout aussi alarmante dans d’autres sites, tels que la Réserve d’okapis et les parcs de Virunga et de Kahuzi-Biega. Dans ce dernier, contrôlé par les rebelles du camp rwandais, il ne restait en 2000 que deux familles d’éléphants sur 350. Les autres ont soit fui, soit été massacrées, puisqu’on a retrouvé la trace de deux tonnes de défenses d’éléphants dans la région de Bukavu à la fin de l’an 2000. Cette guerre a contribué à la vulnérabilité des populations humaines comme de la faune sauvage.

Photo:Mathieu Laboureur / Still Pictures

Source: Nations Unies 2001


Les conflits armés contribuent non seulement à la dégradation de l’environnement, mais également à l’effondrement des cadres juridiques et institutionnels indispensables à la gestion de l’environnement. Au Mozambique, la guerre qui a pris fin en 1992 a entraîné la fragmentation et le délabrement de la gestion des zones protégées (Chenje et Johnson, 1994). Elle a également réduit les moyens de subsistance de millions de personnes, déplacées de force vers des zones relativement sûres, mais où les possibilités étaient plus limitées (voir encadré ci-dessous).

Encadré 3.12 Problèmes de santé dus à la guerre en République démocratique du Congo

Le nombre de personnes souffrant d’une grave pénurie de nourriture en République démocratique du Congo est encore estimé à 16 millions, soit à peu près 33 pour cent de la population nationale. Le déracinement des populations rurales et leur éloignement de leurs sources d’alimentation traditionnelles, auxquels s’ajoute le déclin économique du pays, demeurent les causes sous-jacentes de cette situation alarmante. Celle-ci est encore plus grave à Kinshasa, où environ 70 pour cent des 7 millions d’habitants vivent avec moins de 1 USD par jour. Environ 18 pour cent des enfants au centre-ville, et plus de 30 pour cent à la périphérie, souffrent de malnutrition chronique. On estime que moins de 47 pour cent de la population a accès à de l’eau potable.

Source :ONU, 2000

Ces problèmes ont notamment pour effet de contraindre de vastes communautés à survivre grâce à l’aide alimentaire ou en surexploitant leur environnement immédiat. Il s’instaure alors un cercle vicieux : les populations pauvres surexploitent leurs ressources, limitant la capacité de récupération de l’environnement. Plus l’état de l’environnement se détériore, plus les possibilités de subsistance deviennent limitées, ce qui aggrave la pauvreté et la vulnérabilité. Ainsi, selon un rapport sur la guerre en Angola réalisé en 1999 par le Secrétaire général des Nations Unies, les conséquences immédiates de ce conflit ont notamment été une hausse de la malnutrition, en particulier chez les jeunes enfants, et des conditions d’hygiène et de santé désastreuses augmentant fortement les risques d’épidémies (ONU, 1999). L’encadré 3.12 fournit des informations complémentaires sur l’impact des conflits armés sur les populations.