Les dégâts environnementaux—qu’il s’agisse de pollution de l’eau ou de l’air ou de problèmes de déchets et d’assainissement—ont des conséquences graves sur la santé humaine. Dans l’ensemble, la plupart des pays d’Afrique sont exposés à des risques sanitaires élevés liés à l’environnement (WRI et al, 1999), situation qui représente un sérieux problème pour la région.
La pollution de l’eau et de l’air, ainsi que son impact sur la santé humaine, constitue une préoccupation immédiate. La pollution et la contamination de l’eau affectent les populations de la région, provoquant la propagation des maladies d’origine hydrique. La pollution atmosphérique—due aux émissions industrielles et automobiles ainsi qu’à l’utilisation domestique de combustibles traditionnels—tue chaque année un grand nombre de personnes à cause de lésions respiratoires, d’affections cardiaques et pulmonaires et de cancers. A l’échelle planétaire, la pollution atmosphérique urbaine provoque près d’un million de décès prématurés par an. Ceux-ci sont principalement dus à des maladies respiratoires (Banque mondiale, 2000) et affectent en premier lieu les populations pauvres. Le surpeuplement et la pollution domestique due à la combustion de biocombustibles pour la cuisson et le chauffage font chaque année environ 4 millions de victimes (WRI, 1998). Enfin, les pesticides empoisonnent tous les ans pas moins de 25 millions d’ouvriers agricoles dans les pays en développement (dont 11 millions en Afrique), tuant des centaines de milliers de personnes.
En Afrique, la vulnérabilité humaine est exacerbée par les problèmes de santé dus à une plus grande exposition et à l’absence de protection contre les maladies, à la malnutrition et à la sous-alimentation, ainsi qu’à l’inefficacité des institutions et des mesures sanitaires. Ces problèmes sont liés à la pauvreté qui provoque l’incapacité des populations à risque à réduire efficacement leur vulnérabilité face aux maladies infectieuses, à une alimentation médiocre ou irrégulière, ainsi qu’aux innombrables affections touchant les plus démunis en milieu rural ou urbain. Les indices de survie, qui reflètent la situation sanitaire globale de l’Afrique, sont résumés dans le tableau 3.3.
| Tableau 3.3 Evolution de la situation sanitaire en Afrique | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Source: JES-Preparation WSSD 2001 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Comme le montre ce tableau, les problèmes de santé, l’accès inexistant ou insuffisant aux soins, la faiblesse ou la mauvaise répartition des investissements dans les services médicaux (concentrés dans quelques centres urbains) et le dysfonctionnement des politiques de santé contribuent tous à réduire l’espérance de vie et à accroître le taux de mortalité dans les pays d’Afrique. Par ailleurs, les actions en faveur de la santé peuvent contribuer à la vulnérabilité, en favorisant par exemple le développement d’organismes résistants aux médicaments ou en exposant les réseaux alimentaires et les individus, par le processus de bioaccumulation, à des substances toxiques telles que le DDT.
L’épidémie du VIH/SIDA s’est répandue à un rythme dévastateur. Elle constitue l’une des principales causes de décès en Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 2001), où on estime à 2,4 millions le nombre d’adultes et d’enfants qu’elle a tués au cours de la seule année 2000 (ONUSIDA/OMS, 2000). L’épidémie du VIH/SIDA n’est pas seulement le principal problème de santé d’une grande partie de l’Afrique subsaharienne ; c’est aussi une menace sans précédent pour le développement de la région (Banque mondiale, 2000). Plus de 95 pour cent des 36 millions de personnes atteintes du VIH/SIDA se trouvent dans les pays en développement, dont 25,3 millions en Afrique subsaharienne (ONUSIDA 2001 ; ONUSIDA/OMS, 2000). En Afrique, le VIH/SIDA concerne principalement les populations pauvres des zones rurales et urbaines. Les composantes socio-économiques, culturelles et sexuelles de la vulnérabilité indiquent la force et la gravité des liens entre le SIDA, l’insécurité alimentaire et la pauvreté (FAO, non daté).
Par son impact systémique, le VIH/SIDA menace l’agriculture durable et le développement rural (FAO/ONUSIDA, 1999). Au niveau des ménages, il peut engendrer un manque de main-d’œuvre, une baisse de la productivité et du revenu, une hausse des dépenses médicales et un accroissement du taux de dépendance, puisque le nombre de personnes productives diminue au sein de la famille tandis celui des personnes dépendantes augmente. Dans de nombreux pays africains, les petits agriculteurs jouent un rôle vital pour les ménages ruraux et l’économie nationale. Le VIH/SIDA affecte la production agricole en décimant la main-d’œuvre des ménages, en perturbant les mécanismes sociaux traditionnels et en contraignant les paysans à vendre leurs moyens de production pour payer les soins médicaux et les obsèques. Il provoque également la disparition des méthodes agricoles traditionnelles, des connaissances transmises entre les générations, ainsi que des coutumes, des pratiques et des compétences spécialisées.