Suite de la page précédente
Le problème de la pauvreté rurale se caractérise
généralement par :
Les populations pauvres des zones rurales sont particulièrement vulnérables aux contraintes, telles que les niveaux de températures et de précipitations extrêmes (variations climatiques débouchant sur la sécheresse et les inondations), la pénurie financière, les maladies et les deuils incessants. Elles sont encore plus vulnérables aux chocs tels que la famine, les inondations, les épidémies et les fluctuations radicales des marchés (Benneh et al, 1996).
Environ 40 pour cent des populations pauvres d’Afrique vivent en milieu urbain et, selon les pays et les villes, entre 15 et 65 pour cent de la population urbaine vivent dans la pauvreté et n’ont que peu ou pas accès aux services sociaux et aux infrastructures assurant des conditions de vie décentes (Soumaré et Gérard, 2000). Le taux d’urbanisation rapide de l’Afrique peut être attribué aux effets du colonialisme, à l’exode rural, à la faiblesse des économies rurales et à une infrastructure industrielle insuffisante pour absorber la main-d’œuvre non qualifiée des campagnes. Le résultat de cette urbanisation rapide est la transformation radicale de la structure des villes, accompagnée de mutations complexes sur le plan social, économique et environnemental (Rabinovitch, 1997). Tout laisse à penser que les risques environnementaux—tels que les pathogènes biologiques et les divers polluants— sont une cause ou un facteur majeurs de la pauvreté urbaine. En retour, pour une grande partie de la population pauvre des villes, les risques environnementaux sont la principale cause de mauvaise santé, d’accident et de décès prématuré (Satterthwaite, 1999).
Les populations pauvres, en particulier en milieu urbain, s’installent
souvent dans des zones fragiles marquées par une forte densité
démographique. Ceci augmente l’impact global de l’exposition
au risque dans des conditions de vulnérabilité accrue, comme l’illustre
l’étude de cas de l’encadré 3.9.
Encadré 3.9 Vulnérabilité : le cas de Manchieyt Nasser, au Caire
Le quartier de Manchieyt Nasser, au cœur du Caire, est né à l’emplacement d’une carrière de calcaire et d’une décharge—activités qui ont modelé au fil des ans les contours déchiquetés du site. Il constitue aujourd’hui la plus grande agglomération de squatters d’Egypte, avec une population de 350 000 à 500 000 personnes entassées sur un site montagneux de 7,27 km2.
La plupart des habitants sont exposés quotidiennement à une pléthore de risques environnementaux d’origine naturelle ou humaine. Parallèlement, ils peuvent à tout moment être poursuivis pour occupation illégale de terrains appartenant à l’Etat. La plupart d’entre eux sont dans l’incapacité de réduire leur vulnérabilité économique et sanitaire due aux risques environnementaux. Les habitants d’autres bidonvilles ont été déplacés en 1960 dans ce quartier, qui abrite depuis 1972 la décharge publique.
Les infrastructures et les services sociaux du quartier sont sommaires et inadaptés, et certains sont devenus obsolètes. De nombreuses habitations ont été construites dans des sites fragiles et dangereux. Les fabriques improvisées, les égouts non traités, la combustion des ordures à ciel ouvert et les amas d’immondices sont autant de sources de pollution. Quasiment inaccessible aux forces de l’ordre, la zone est également devenue le refuge des hors-la-loi et des pratiques clandestines. Cette évolution n’a fait qu’aggraver une situation environnementale déjà désastreuse, rendant les habitants de plus en plus vulnérables. Ainsi, cette zone a été la plus gravement endommagée par le tremblement de terre qui a frappé le Caire en octobre 1992. Aujourd’hui, un nombre considérable d’habitants vivent encore dans des sites extrêmement dangereux.
Osama Salem, étude de cas non publiée, 2001