AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

Zones d’habitation informelles en Afrique australe

Le fossé entre le taux de croissance urbaine et celui de la fourniture de logements et de services, ainsi que les politiques d’aménagement pendant et après la colonisation et l’apartheid, ont créé un éventail varié de types d’établissements avec des inégalités profondes entermes d’occupation foncière, d’accès aux terres et aux logements et de fourniture de services. D’importantes zones d’habitation informelles se sont développés à la périphérie des villes, loin des possibilités économiques, des réseaux de transports et des équipements urbains.

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Logements sociaux, Afrique du Sud

Mark Napier

De manière générale, ces zones d’habitation informelles se caractérisent par une occupation foncière précaire (illégale), des structures instables, une alimentation en eau et un système d’assainissement inadaptés, une absence de services d’élimination des déchets et une alimentation en électricité insuffisante. L’insuffisance et la surcharge des services sanitaires, éducatifs et sociaux aggravent ces problèmes, créent des conditions de vie insalubres et entraînent des problèmes sociaux comme la forte criminalité, la prostitution et la consommation de drogue (par exemple Napier, 2000 ; GJMC, 1999 ; Département de l’Environnement et du Tourisme, 1999). Dans la province de Gauteng, la plus urbanisée d’Afrique du Sud, plus de 24 pour cent de la population vit dans des zones d’habitation informelles (Statistics SA, 1998). A Dar es-Salaam, en Tanzanie, environ 70 pour cent des 3 millions d’habitants vivent dans des zones d’habitation informelles et disposent d’un accès limité à l’eau courante, à un système d’assainissement ou d’évacuation des eaux usées ou aux services sociaux de base (CNUEH & PNUE, 1997).

Parmi les effets que la prolifération de logements médiocres et insuffisants peut avoir sur l’environnement, on peut citer le développement urbain anarchique dans des zones fragiles comme les zones inondables, les pentes abruptes ou les zones humides et autres habitats naturels uniques. Ce développement constitue à son tour une menace pour les habitants, très exposés aux inondations, aux glissements de terrain et à la propagation de maladies comme le choléra ou de maladies à vecteur comme le paludisme. En 1999, dans le township d’Alexandra, à Johannesburg (Afrique du Sud) par exemple, quelque 3 800 ménages vivaient sur des terrains intercalaires et 5 500 sur les berges de la Jukskei (Alexandra Renewal Project, 2001). Les pluies exceptionnellement fortes de décembre 1999 et janvier 2000 ont entraîné la crue de la Jukskei et 120 foyers ont été emportés par les eaux (Disaster Relief, 2000). Des cas récents de choléra ont également été rapportés à Alexandra et un plan est aujourd’hui en cours afin de déplacer les habitants vers de nouveaux lieux plus salubres (Alexandra Renewal Project, 2001).

La mise en place et l’amélioration des infrastructures sont donc devenues des priorités pour les municipalités de la sous-région et de grandes avancées ont été faites au cours de ces dernières années dans l’amélioration des conditions de vie dans les villes. Parmi ces améliorations, on peut remarquer le programme angolais pour des infrastructures urbaines auto-financées à Luanda Sul, programme qui a reçu une distinction et dont l’objectif était de fournir un logement satisfaisant à une proportion significative de migrants urbains ayant fui le conflit pendant les années 1980. Depuis 1994, 2 210 logements ont été construits par les 16 702 personnes qui les habitent aujourd’hui, ainsi que 12 km de lignes électriques, 70 km de canalisations d’eau potable, 23 km de canalisations d’évacuation des eaux usées et 290 000 m2 de routes goudronnées (CNUEH, 2000). Au Lesotho, le programme d’aménagement urbain, grâce à la participation des autorités locales et des communautés, a permis de loger 267 ménages, dont 134 étaient dirigés par des femmes (CNUEH, 2000). La Namibie a approuvé en 1991 une politique nationale du logement qui, associée à une stratégie nationale du logement, a facilité la construction de plus de 3 400 unités d’habitation, a amélioré l’accès des femmes au logement et apporte une aide à 1 300 ménages supplémentaires chaque année (CNUEH, 2000). L’Afrique du Sud, quant à elle, a inclus dans ses efforts la construction de plus d’un million de maisons à bas prix au cours des six dernières années (Département du Logement, 2000), représentant un supplément d’au moins 17 pour cent au parc national de logements officiels (d’après Statistics SA, 1998). Cet effort demeure toutefois insuffisant en regard des retards importants dont souffrent les travaux nécessaires, qui s’élevaient à 5 millions de logements en 1994 (Everatt, 1999). Le faible accès aux terrains et le manque de financement ont fondamentalement compliqué les problèmes posés par l’insuffisance de logements. La demande de logements au Zimbabwe s’élève par exemple aujourd’hui à un million d’unités, contre 670 000 en 1995, et ce sont les grandes villes où le taux annuel de croissance démographique se situe entre 3 et 6 pour cent qui souffrent de la plus grande pénurie. Les secteurs public et privé sont actuellement en mesure de construire environ 18 000 logements par an, bien loin des niveaux nécessaires (SARDC, 1999).

Encadré 2g.3 Améliorer les services d’alimentation en eau en Afrique australe

Les municipalités et les autorités locales ont fait de l’accès à l’eau potable et au système d’assainissement une priorité de l’aménagement et ont mis en place plusieurs projets locaux grâce aux financements prévus par les budgets consacrés à l’aménagement national et à l’aide de donateurs internationaux. De nombreux pays de la sous-région ont également amendé leur législation afin de refléter le droit de tous les citoyens à disposer d’un accès adapté à l’eau potable. La Zambie a créé un conseil national de l’alimentation en eau et de l’assainissement chargé de coordonner la fourniture par les services publics locaux. Suite à une récente épidémie de choléra, le Mozambique a reçu un crédit de 36 millions d’USD de la Banque mondiale afin d’améliorer les systèmes d’assainissement et de javelliser l’eau potable des villes de Maputo et de Beira.

Source:World Bank 1998

Les taux d’accès à l’alimentation en eau et au réseau d’assainissement se sont en moyenne améliorés en Afrique australe au cours de la dernière décennie (déclarée Décennie internationale de l’approvisionnement en eau potable et de l’assainissement par les Nations Unies), même si des millions de personnes habitant dans les villes ne disposent toujours pas d’eau potable ou de système d’assainissement adéquat (Encadré 2g.3). Avec 100 pour cent, c’est dans les zones urbaines du Botswana que le taux d’accès à l’eau potable est le plus élevé, contre seulement 34 pour cent en Angola, pays où ce taux est le plus faible (OMS/UNICEF, 2000). Le taux d’accès au réseau d’assainissement est de manière générale beaucoup plus élevé : plus de 95 pour cent dans les zones urbaines du Malawi, de Namibie, d’Afrique du Sud, de Tanzanie, de Zambie et du Zimbabwe (OMS/UNICEF, 2000). Les secteurs où l’alimentation en eau et l’assainissement sont insuffisants, des zones d’habitation informelles pour la plupart, sont exposés à des risques plus élevés de maladies d’origine hydrique comme la dysenterie, le choléra, la typhoïde, les vers parasitaires et la douve, et d’infections dermiques et oculaires qui peuvent être soignées en améliorant le niveau d’hygiène. Les bassins d’eau stagnante constituent également un habitat idéal où peuvent proliférer certains vecteurs de maladies comme les moustiques. Parmi les effets sur l’environnement de l’insuffisance de l’alimentation en eau et de l’assainissement, on trouve également les risques de contamination des nappes souterraines comme de l’eau de surface, d’eutrophisation et de modification de la biodiversité. La ville de Victoria Falls au Zimbabwe, par exemple, dont la population est de plus de 3 000 habitants, rejette 8 000 m3 d’eaux usées dans le Zambèze, eaux usées brutes y compris, du fait de la surcharge et des pannes fréquentes qui affectent les installations d’épuration de la ville (Chenje 2000). Les niveaux de nitrate et de phosphate contenus dans les effluents sont supérieurs aux normes zimbabwéennes et peuvent contribuer à la prolifération des jacinthes d’eau à la surface du lac Kariba qui se trouve en aval. Le nombre de coliformes présents dans les effluents est également élevé et menace la santé des communautés vivant en aval et des 32 000 visiteurs annuels de la ville (Chenje 2000).