AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE DU NORD

L’Afrique du Nord est la sous-région la plus urbanisée d’Afrique, 64 pour cent de sa population habitant en ville (CNUEH, 2001a). Les taux de croissance urbaine y diffèrent largement selon les pays : 36 pour cent au Soudan contre 95 pour cent au Sahara occidental (CNUEH, 2001a). Cette croissance a pour sa plus grande part eu lieu au cours des deux dernières décennies, même si les populations urbaines augmentent régulièrement depuis la période coloniale. En 1990–1998, le taux de croissance urbaine moyen atteignait 2 pour cent par an (Banque mondiale, 2001a) et il devrait se poursuivre à ce rythme au cours des 15 prochaines années, ce qui signifie que 70 pour cent de la population nordafricaine vivra en ville d’ici 2015 (CNUEH, 2001a).

La croissance urbaine constatée en Afrique du Nord s’explique en partie par l’exode rural, mais la croissance urbaine naturelle et le reclassement en représentent plus de 70 pour cent (Banque mondiale, 1995). En outre, les nouveaux programmes d’ajustement structurel adoptés par la plupart des pays de la sous-région ont apporté de nouvelles frontières dans le développement industriel ces 10 dernières années. En 1990, Alexandrie (Egypte), Alger (Algérie), Le Caire (Egypte), Casablanca et Rabat (Maroc), Tunis (Tunisie), Tripoli (Libye) et Khartoum (Soudan) comptaient chacune déjà plus d’un million d’habitants (CNUEH, 2001a).

IMPORTANCE DES ZONES URBAINES EN AFRIQUE DU NORD

Les centres urbains anciens et bien établis comme Le Caire, Casablanca, Alexandrie et Tripoli continuent de prospérer et ont conservé leur caractère malgré divers changements économiques, sociaux, culturels et politiques. Les agglomérations urbaines et les « mégapoles » constituent toutefois des caractéristiques importantes des récentes tendances de l’urbanisation, de même que la forte industrialisation. La plupart des infrastructures et des services sociétaux se concentrent dans ces villes, qui apportent la plus grande contribution aux produits nationaux. En conséquence, elles jouent un rôle vital dans le développement économique en offrant des perspectives d’investissement et d’emploi. Elles ont également gagné un rôle politique et administratif fondamental.

ZONES URBAINES ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE DU NORD

Malgré les bénéfices soulignés ci-dessus, l’urbanisation rapide de l’Afrique du Nord a également donné naissance à des problèmes environnementaux et sociaux significatifs et se caractérise par une augmentation de la pauvreté urbaine, l’émergence des zones d’habitation informelles et des taudis, la pénurie des services urbains de base et l’empiètement sur les terres agricoles. Entre 15 et 50 pour cent des citadins de la sous-région sont si démunis qu’ils vivent dans des squats, des lotissements illégaux, des logements insalubres situés dans les quartiers défavorisés, des taudis faits de matériaux de récupération et des pensions (Banque mondiale, 2000). Le patrimoine culturel présent sur certains sites est également exposé au développement incontrôlé et à la dégradation de l’environnement dans les zones urbaines. Même si des efforts nationaux et internationaux ont été déployés pour conserver ce patrimoine, il en faudrait davantage pour garantir sa protection.

Le prix de l’eau et de l’assainissement est plus élevé en Afrique du Nord que dans certaines autres sous-régions, mais il est néanmoins variable et de nombreux habitants de centres urbains parmi les plus défavorisés vivent sans services fiables. En 2000, la plupart des habitants des villesavaient accès à une alimentation en eau (de 72 pour cent en Libye à 98 pour cent à Alger) et à un réseau d’assainissement (87 pour cent au Soudan et 100 pour cent au Maroc) aménagés (OMS/UNICEF, 2000). Le réseau d’égouts de Casablanca, toutefois, ne peut pas supporter le volume produit, malgré les récentes améliorations apportées par la municipalité, et des quantités importantes d’eaux usées sont de ce fait rejetées à la mer (OMS/UNICEF, 2000).

Zones d’habitation informelles en Afrique du Nord

On trouve plusieurs zones d’habitation informelles importantes à la périphérie du Caire, qui représentent 84 pour cent de la croissance urbaine observée entre 1970 et 1981 (ABT, 1983). En 1992, il y avait à Casablanca 400 bidonvilles où vivaient plus de 53 000 ménages ; à Alger, 6 pour cent de la population serait constituée de squatters (CNUEH, 2001c). Ces zones d’habitation souffrent d’une pénurie d’infrastructures de base et présentent donc de sérieux problèmes sanitaires. Leur statut illégal ne fait qu’aggraver la situation et les habitants doivent souvent être déplacés vers des sites mieux aménagés où les services locaux ou municipaux peuvent leur fournir les services urbains de base comme l’alimentation en eau, le transport ou les soins (CEDRAE, 1997 ; Hamza, 1994). Il est indispensable d’investir davantage si l’on veut apporter ces services à l’ensemble de la population urbaine (Larsen, 1995).

La plupart des villes de la sous-région ont pris des mesures de planification de l’exploitation des sols et de zonage. Dans certains cas, ces mesures n’ont pourtant pas empêché l’expansion chaotique et la densification des villes.

Il est aujourd’hui très courant de trouver des zonesd’habitation à proximité de sites industriels ou des industries entourées de résidences, avec tous les risques potentiels pour l’environnement et pour la santé que cela comporte. En 1979, le gouvernement égyptien a mis en œuvre une stratégie pour améliorer les conditions de vie des habitants des bidonvilles du Caire, en les déplaçant vers d’autres lieux. Les habitants d’Eshash El-Torgman et d’Arab El-Mohamady ont été déplacés vers El-Zawia El-Hamra, Ain Shams ou Madinat El-Salam. Leur lieu de résidence se trouvait à proximité du centre ville et donc du marché de l’emploi, alors que les nouvelles zones d’habitation étaient très éloignées de la ville. Des rapports sur les effets sociaux négatifs de cette mesure ont incité le gouvernement à modifier sa politique de réhabilitation des zones d’habitation informelles et à adopter une stratégie en deux points : évacuation pour les terrains publics (établissements de squatters) et réhabilitation pour les terrains privés (zones d’habitation informelles). Du fait de la pression sociale, aucun secteur n’a toutefois été évacué et la fourniture d’infrastructures aux zones d’habitation informelles a fait des avancées significatives (Manal El-Batran in CNUEH, 2001c). Au Maroc, des zones d’habitation ont été réhabilitées à Agadir (Encadré 2g.2) et à Casablanca, le gouvernement a élaboré un plan en 1992 pour la construction de 200 000 logements destinés aux personnes défavorisées. Les progrès sont toutefois lents à se dessiner du fait de la nette diminution de la surface des terrains publics et du prix très élevé des terrains privés, rendant impossible la viabilité du logement subventionné (CNUEH, 2001c). Au cours des trois dernières décennies, le gouvernement libyen a fait de la fourniture de logements une priorité et a mis en œuvre des projets portant sur le logement de manière générale, sur l’investissement locatif, sur le logement en milieu rural et sur le logement destiné aux personnes défavorisées. Presque 400 000 logements ont été construits en divers endroits et des efforts pour en livrer 60 000 autres sont en bonne voie (CNUEH, 2001c).

Encadré 2g.2 Réhabilitation des zones d’habitation à Agadir

Au Maroc, le projet de l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Habitat Insalubre (ANHI) pour Agadir a été reconnu comme l’une des meilleures pratiques pour les établissements humains d’Habitat. La ville a été dévastée par un tremblement de terre en 1960 et le nombre de logements proposés aux familles défavorisées est insuffisant depuis cette date. En 1992, 12 500 familles (soit 13 pour cent de la population d’Agadir) vivaient dans 77 bidonvilles. Le projet de l’ANHI a permis de fournir environ 13 000 lotissements de logements, unités d’habitation, appartements ou complexes d’appartements desservis par les services publics, de connecter 3 600 ménages supplémentaires aux réseaux de services publics et de créer 25 000 emplois par an dans le bâtiment. Parmi les raisons du succès de ce projet on peut citer la participation active des personnes visées dans sa conception, sa mise en œuvre et sa supervision, la reconnaissance par l’administration locale des droits de ces personnes à un logement décent, le dialogue entre les parties et l’intégration d’anciens squatters dans des quartiers cosmopolites.

Source: UNCHS 2000.