Les centres urbains, les villes notamment, étaient au départ des centres administratifs et de transports. C’est ensuite qu’ils sont devenus des carrefours commerciaux et des centres technologiques, éducatifs et industriels, ainsi que des bassins d’activité commerciale et d’emploi. Les citadins adoptent des styles vie qui contrastent nettement avec ceux de leurs ancêtres ou de leurs contemporains des zones rurales, notamment en matière d’interaction avec l’environnement. Dans presque tous les pays, les villes se taillent la part du lion de l’activité économique, finissent par consommer la plus grande partie des ressources naturelles et produisent l’essentiel de la pollution et des déchets. Ces problèmes sont généralement associés aux zones d’habitation informelles ou non desservies par les services publics (bidonvilles) dont les habitants, en grande majorité pauvres, n’ont pas accès à un logement décent, à l’alimentation en eau, à l’assainissement, au traitement des déchets ou à l’électricité. Ces effets sont en outre très visibles et affectent la santé et le bien-être de plusieurs millions de personnes. La dégradation de l’environnement est toutefois provoquée autant par la surconsommation des ressources (l’eau en particulier) et par la production de déchets non biodégradables qui se généralise dans les zones urbaines, que par le dépôt et l’incinération illégaux d’eaux usées et de déchets solides dans les zones d’habitation informelles (par exemple Napier, 2000). Il existe certaines conditions indispensables à une croissance urbaine durable :
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| Bien souvent, les zones d’habitation
informelles ne disposent Mark Napier |
Le fort taux de croissance des populations urbaines d’Afrique s’explique en partie par une augmentation du nombre de ménages urbains, provoquée par une évolution des niveaux de vie et des comportements vis-à-vis de la dépendance familiale. Le taux de croissance du nombre de ménages était en Afrique de 3,1 pour cent en moyenne entre 1985 et 2000 et devrait selon toute vraisemblance se poursuivre à ce rythme jusqu’en 2030 (CNUEH, 2001a). L’augmentation consécutive de la demande de logements et de services de base pour les populations urbaines, ainsi que la distribution asymétrique de l’investissement en direction des aménagements des banlieues aisées, a eu pour résultat l’expansion rapide des établissements illégaux ou informels et non desservis par les services publics, souffrant de conditions de vie insalubres et de surpopulation extrême. En 1993, par exemple, environ 55 pour cent de la population de Nairobi vivait dans des zones d’habitation informelles (USAID, 1993) et, vers la fin des années 1990, près de la moitié de la population sud-africaine ne disposait pas d’un logement décent (Département de l’Environnement et du Tourisme, 1999). A Monrovia, au Liberia, 42 pour cent des ménages vivaient dans des squats en 1998, selon certaines estimations (CNUEH, 2001c). En outre, seulement 60 pour cent des lieux de résidence urbains d’Afrique sont considérés comme permanents et près de la moitié ne sont pas conformes aux réglementations (CNUEH, 2001b). Dans les villes africaines, une personne moyenne dispose d’une surface au sol de seulement 8 mètres carrés, chiffre qui témoigne d’une extrême surpopulation. En comparaison, les citadins asiatiques disposent de 9,5 m2 et la moyenne est de 34,5 m2 dans les pays industrialisés et de 13,6 m2 dans le monde (CNUEH, 2001b). La surpopulation accroît la propagation des maladies infectieuses, comme les infections gastro-intestinales, et des maladies des voies respiratoires comme la tuberculose, couramment associée à une mauvaise ventilation et à la pollution de l’air.
| En dépit de leur contribution aux économies nationales, les municipalités africaines ne reçoivent que 14 pour cent du PIB, soit en moyenne 14 USD par personne et par an, deux cents fois moins que les municipalités des pays à forts revenus |
La faiblesse des revenus des municipalités africaines, et par conséquent celle de leurs dépenses, a sérieusement entravé la création d’infrastructures et leur entretien. En dépit de leur contribution aux économies nationales, les municipalités africaines ne reçoivent que 14 pour cent du PIB, soit en moyenne 14 USD par personne et par an, deux cents fois moins que les municipalités des pays à forts revenus (CNUEH, 2001b). Elles ne dépensent que 12 USD par personne et par an. Cette situation a été de plus aggravée par la faible croissance économique enregistrée ces trois dernières décennies et par une tendance parmi les organismes donateurs à favoriser les projets pour le développement des zones rurales.
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| Figure 2g.2 Coût de l’eau par région Source : CNUEH, 2001b (page 41 du rapport The State of the World’s Cities) |
Autre source d’inquiétude, ce sont les pauvres qui payent souvent le prix le plus élevé pour leur logement et les services qui s’y rapportent. Dans les villes africaines, les habitants consacrent environ 40 pour cent de leur revenu au loyer, les pays arabes affichant la plus forte proportion, soit 45 pour cent. Ce montant est plus de deux fois supérieur à celui payé par les habitants des pays à forts revenus et indique la forte demande de logements et la faible quantité de propositions de location en Afrique (CNUEH, 2001b). Les autorités locales tentent de résoudre ce problème en augmentant la production de parcs de logements à bas prix et en mettant en place des allocations logement pour les groupes à faibles revenus (Département du Logement, 2000 ; CNUEH, 2000). Des retards gigantesques demeurent pourtant dans les travaux, le rythme de la construction de logements ne répondant pas à la croissance de la population et au développement des zones urbaines. Les habitants des zones informelles payent souvent davantage pour avoir accès à l’eau (Figure 2g.2), alors que le tarif de l’eau fournie aux aménagements planifiés des banlieues et aux usagers industriels et agricoles peut faire l’objet d’importantes subventions (CNUEH, 2001b).
L’accès à l’alimentation en eau, aux réseaux d’égouts, à l’électricité et au téléphone dans les villes africaines est le plus faible du monde (CNUEH, 2001b). De manière générale, l’accès aux sources d’eau aménagées dans les zones urbaines africaines n’a augmenté que de façon marginale, passant de 84 pour cent en 1990 à 85 pour cent en 2000. Toutefois, le terme « meilleure eau » désigne le raccordement du foyer, les canalisations publiques, les forages, les puits ou sources protégés et les systèmes de recueillement des eaux de pluie (OMS/UNICEF, 2000). De même, le terme « meilleure hygiène » désigne le raccordement à un égout public ou à une fosse septique, des toilettes équipées de chasse d’eau, des latrines simples à fosse ou des latrines à fosse ventilées (OMS/UNICEF, 2000). Le chiffre global de l’accès à un système d’assainissement dans les petites et grandes villes africaines a légèrement baissé pendant la même période, passant de 85 à 84 pour cent (OMS/UNICEF, 2000). L’insuffisance de l’alimentation en eau et des systèmes d’assainissement crée des conditions entraînant des niveaux élevés de maladies d’origine hydrique comme le choléra, la dysenterie, la gale et les infections oculaires. La diarrhée et la dysenterie, cause importante de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans, font partie des maladies infantiles les plus répandues et sont étroitement associées au manque d’accès à une eau saine (CNUEH, 2001b). En outre, dans les zones d’habitation informelles, les installations relatives à la santé et à l’éducation manquent souvent de moyens ou sont trop chères, et le chômage et la pauvreté sont très répandus.
Les zones d’habitation non planifiées peuvent toutefois constituer également des centres économiques importants et contribuer à l’économie informelle par le biais de services divers : fourniture et vente de nourriture, services domestiques, entretien des voitures et des logements, coiffure et garde d’enfants, commerce et recyclage (par exemple Napier, Ballance & Macozoma, 2000). Un bon exemple de la contribution du secteur informel est donné en Egypte par les « Zaballeen », groupe non-officiel d’éboueurs qui trient et recyclent les différents types de déchets et rendent par là un précieux service à l’environnement urbain tout en gagnant leur vie (CNUEH, 1999).
La croissance urbaine rapide et informelle a un impact sur l’environnement, notamment via la perte des habitats naturels, la modification de la biodiversité, voire sa disparition dans certains cas, ainsi que des fonctions écologiques comme les cycles hydrologiques et les échanges atmosphériques. Les environnements fragiles comme les versants délicats, les cours d’eau permettant un écoulement naturel et les zones exposées aux inondations sont soumis aux risques que pose une urbanisation rapide. Dans les zones d’habitation informelles, où l’espace est un luxe et où les logements sont construits sur des pentes abruptes ou dans des zones humides ou inondables, non seulement les habitants sont exposés aux risques d’inondation et d’affaissement, mais en outre les écosystèmes sont menacés par la pollution et par la dégradation physique. Au début de l’année 2000, à Johannesburg, les habitants du township d’Alexandra ont été anéantis par les inondations qui ont entraîné la perte de leurs biens et déclenché une épidémie de choléra. Au Caire, le risque de tremblement de terre expose des millions de personnes habitant des zones urbaines denses et instables au risque de perdre leurs biens et met leur vie en danger. Un meilleur aménagement, le rattrapage du retard dans les programmes de construction de logements à prix modérés et l’amélioration des systèmes d’alerte rapide et de préparation en cas de catastrophe naturelle sont des mesures indispensables pour atténuer cette menace.