AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

CONCLUSION

En Afrique, la terre et ses ressources ont une valeur économique, sociale et écologique unique. Traditionnellement, les sociétés africaines sont des sociétés agraires ou pastorales qui dépendent directement de l’agriculture de subsistance pour combler leurs besoins quotidiens. L’agriculture de rendement occupe néanmoins une place tout aussi importante, étant dans la plupart des cas le premier employeur du pays ; elle contribue de manière significative à la croissance économique, aux recettes d’exportation et aux rentrées de devises. Pour autant, la dépendance des pays et des ménages à l’égard de la production agricole est l’une des raisons du ralentissement économique enregistré depuis 30 ans.

L’accroissement rapide de la population et les pressions politiques visant à augmenter la production ont impliqué dans l’ensemble des sousrégions de cultiver toujours plus de terres et de pratiquer l’agriculture et le pâturage dans des zones à faible rendement.

L’instabilité du climat provoque de fréquentes variations de production et la faible diversité des cultures associée à l’imperfection des marchés nationaux et internationaux a contribué à un essoufflement économique récurrent. L’accroissement rapide de la population et les pressions politiques visant à augmenter la production ont obligé l’ensemble des sous-régions à cultiver toujours plus de terres et de pratiquer l’agriculture et le pâturage dans des zones à faible rendement. Ce phénomène, auquel s’ajoutent la réduction de l’épandage d’engrais, organiques ou non, le raccourcissement des périodes de jachère, la faible diversité des cultures et un recours accru aux herbicides et aux pesticides, a entraîné une dégradation physique, chimique et biologique de la végétation et des sols. Les taux d’érosion et de désertification progressent en conséquence, et l’on commence à enregistrer des pertes de productivité.

Plus de 20 pour cent des terres végétalisées en Afrique sont considérées comme dégradées et 66 pour cent d’entre elles sont moyennement à gravement dégradées. Les zones les plus touchées se situent en lisière des déserts et le problème risque en toute probabilité de s’aggraver dans les 30 prochaines années, sous l’effet croisé de la pression démographique et d’une plus grande variabilité climatique. Les populations pauvres sont les premières touchées par la dégradation des terres, car elles sont forcées de cultiver des zones marginales (comme les terres à la lisière des déserts), qui se dégradent encore plus vite que les autres. Les pertes de productivité s’accélèrent et les ménages frappés par ce phénomène sont de plus en plus menacés par l’insécurité alimentaire. La sédimentation, la pollution, l’eutrophication des corps aqueux, l’asphyxie des habitats aquatiques et l’évolution de la diversité biologique sont les conséquences écologiques directes de l’érosion.

Un certain nombre de réponses ont été apportées, au nombre desquelles la ratification de conventions internationales, des campagnes de sensibilisation et des procédures d’aménagement du territoire au niveau national. Une coopération sous-régionale a été également instaurée par l’intermédiaire d’organismes nationaux et sousrégionaux comme le CILSS, la CEDEAO, l’IGAD et la CDAA, qui ont élaboré des stratégies de sécurité alimentaire et d’amélioration de l’état et de la gestion des ressources. Les plans d’action nationaux pour l’environnement servent de structures générales pour renforcer l’aménagement et la mise en valeur des ressources naturelles et les évaluations de l’impact sur l’environnement ont favorisé l’introduction des principes des plans d’action nationaux pour l’environnement. Les réponses apportées au niveau local semblent avoir eu les résultats les plus rapides et les plus efficaces, dans la mesure où elles n’ont pas eu à subir les contraintes institutionnelles et logistiques des actions entreprises aux niveaux national et sous-régional. Elles ont consisté notamment à diversifier les cultures, rallonger les périodes de jachère, pratiquer l’assolement, édifier des brise-vent, épandre du fumier et d’autres résidus organiques, et mettre en place des programmes d’irrigation responsables et prudents.

Les questions de régime foncier et d’accès aux ressources naturelles sont des sujets extrêmement complexes en Afrique, qui ont des effets sur la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et la paix sociale. Les lois coloniales, qui visaient à augmenter la production commerciale, souvent aux dépens de la production des ménages, ont fréquemment heurté de front les systèmes fonciers traditionnels. Au moment de leur indépendance, les pays africains se sont efforcés de réintroduire les droits d’accès traditionnels tout en maintenant un contrôle sur les ressources, notamment celles qui avaient un poids économique certain. Conscients des insuffisances, des chevauchements et des contradictions des politiques agraires existantes, les pouvoirs publics se sont engagés dans un véritable processus de réforme agraire. Mais cela ne va pas sans créer des tensions entre les différents utilisateurs quant à l’usage qu’ils font de la terre. Les femmes ont en général un accès moindre à la propriété que les hommes même si, dans la plupart des pays, ce sont elles qui assument la majorité des activités de production vivrière. Les réfugiés fuyant leurs pays pour des raisons politiques ou écologiques viennent souvent aggraver la question des régimes fonciers et alourdir la pression exercée sur les ressources. Ceux qui sont installés dans les zones marginales ou fragiles accentuent encore la dégradation, ce qui augmente le risque de conflits avec les communautés voisines.

Une meilleure sécurité des régimes fonciers permettrait d’améliorer considérablement les pratiques de gestion des terres et les programmes de développement rural devraient mettre l’accent sur une agriculture utilisant plus d’intrants, sur une libéralisation des échanges et sur le renforcement de la valeur ajoutée. Cela permettrait d’augmenter les revenus tirés de la production, de consolider la sécurité alimentaire des familles de producteurs et de contrôler le développement de l’agriculture dans les zones marginales. Des mécanismes de réduction de la pauvreté devront également être instaurés pour empêcher les agriculteurs d’abandonner leurs exploitations et leur permettre de gagner suffisamment bien leur vie afin qu’ils puissent acheter des intrants, comme les engrais ou des systèmes d’irrigation efficace (UNU, 1998).

Les réformes politiques sont un autre instrument majeur de résolution des conflits sur les ressources naturelles et de garantie d’investissements plus importants dans des activités de gestion raisonnée des ressources. La conception de ces réformes nécessitera cependant le plus grand doigté et l’intégration de l’ensemble des parties prenantes. Ce processus est certes un projet de longue haleine, mais il devrait permettre d’éviter tout litige futur sur les droits ou la gestion des terre. La législation n’est que l’un des instruments dont disposent les autorités pour introduire une réforme agraire. Elles peuvent également décentraliser les responsabilités administratives, prévoir un aménagement du territoire et de son utilisation, et des cadres de gestion plus détaillés, associer plus efficacement les différentes parties prenantes aux décisions et introduire une diversification économique afin de réduire en partie la dépendance à l’égard de l’agriculture de rendement et de la foresterie. L’implication des femmes et des enfants est essentielle car, du fait des ravages de l’épidémie de VIH/SIDA, ils sont de plus en plus nombreux à être les chefs de famille. Enfin, les bergers doivent être impliqués dans les plans de gestion des zones de pâturage pour garantir une production animale destinée à la consommation des ménages et protéger leur contribution à la richesse des pays.