AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

QUALITE DE LA TERRE ET PRODUCTIVITE EN AFRIQUE CENTRALE

La dégradation des terres, définie comme la détérioration de la qualité et de la capacité productive de la terre (Benneh, Agyepong et Allotey, 1990), a été identifiée comme étant l’un des plus grands défis environnementaux auxquels la sous-région d’Afrique centrale doit faire face. Les grands facteurs de dégradation sont l’érosion et le tassement du sol dus à un défrichement généralisé, et l’exposition des sols à de fortes précipitations, une évaporation accrue et l’action du vent. L’exploitation forestière à des fins commerciales et l’abattage des arbres pour fournir du combustible poussent à défricher les terres, comme la transformation des forêts en zones d’agriculture de rendement ou de subsistance.

Le taux de déperdition forestière de l’Afrique centrale est un grave sujet de préoccupation, du fait de ses conséquences sur la biodiversité, le changement atmosphérique et les cycles hydrologiques, qui vient se rajouter aux inquiétudes liées à l’érosion (UNU, 1998). Il se produit aussi une dégradation chimique, à cause d’une exploitation intensive des zones à faible rendement sans respect de périodes de jachère suffisamment longues, de l’utilisation d’engrais chimiques au lieu d’engrais organiques, et de la salinisation provoquée par les entrées d’eau de mer ou une irrigation faite avec une eau de mauvaise qualité. Le bassin du fleuve Congo, par exemple, a perdu plus de 1 million d’ha de son couvert forestier d’origine, ce qui a participé à l’érosion et à la sédimentation des plans d’eau (WRI, 2001). Le bassin du lac Tchad a lui aussi connu une sévère disparition de la végétation et est fortement menacé d’érosion et de désertification (WRI, 2001).

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Surpâturage sur des terres fragiles : un troupeau de chèvres au Tchad

Vincent Dedet/Still Pictures

Le déclin de la productivité et l’amoindrissement de la structure du sol dans les zones sahéliennes du Cameroun et du Tchad sont encore aggravés par des précipitations irrégulières et la sécheresse, qui entraînent une dégradation extrême et la désertification. Le Tchad est à l’heure actuelle fortement menacé par la désertification, 58 pour cent de sa superficie totale étant classés comme zones désertiques et 30 pour cent comme très ou extrêmement fragiles (Reich et al., 2001). En République démocratique du Congo, un large pan du territoire (64 pour cent) est classé comme extrêmement aride et les dunes du désert du Kalahari commencent à empiéter sur la savane (Reich et al., 2001). La République centrafricaine et les régions septentrionales du Cameroun connaissent aussi une certaine désertification depuis la grave sécheresse de 1972–73 (Njinyam, 1998).

Dans les décennies à venir, la menace de désertification ne fera que se renforcer, conséquence du changement climatique provoqué par une évaporation accrue, la réduction des précipitations ou des eaux de ruissellement et la multiplication des sécheresses, toujours plus rapprochées et sérieuses (GIEC, 2001). Par ailleurs, les troubles sociaux ou les conflits peuvent entraîner de vastes déplacements de réfugiés, dont la plupart sont installés dans des zones marginales ou fragiles. Ces pressions sociales et environnementales ont été parfaitement bien illustrées en 1997, lorsque la République centrafricaine (confrontée par ailleurs à des conflits internes) a accueilli plus de 50 000 réfugiés venus du Congo, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Soudan et du Tchad. L’arrivée de ces personnes déplacées a rajouté une pression manifeste sur une situation de sécurité alimentaire déjà tendue (Njinyam, 1998).

Les effets de la dégradation des terres, de l’érosion et du tassement du sol sont évidents et témoignent d’une capacité toujours plus limitée à soutenir la production de plantes et d’animaux sauvages ou domestiqués. Cela finit par avoir des effets sur l’état nutritionnel des populations et se traduit par une réduction des recettes d’exportation. Par ailleurs, les communautés qui dépendent des produits naturels—les animaux et les champignons, le bois de chauffage, les fruits et les noix—doivent partir toujours plus loin pour satisfaire leurs besoins et peuvent connaître des pénuries alimentaires ou même des périodes de famine pendant les années de sécheresse. La très forte baisse de la productivité peut conduire les agriculteurs à abandonner leurs terres et à partir vers les centres urbains, à la recherche d’une plus grande sécurité.

Améliorer la qualité de la terre et la productivité en Afrique centrale

Les politiques de développement politique et économique, tout comme les conflits ou les dissensions civiles, ont également eu un impact sur la diminution de la sécurité alimentaire dans certaines parties de la sous-région, comme l’exemple du Cameroun à l’encadré 2f.6, en témoigne. Une approche globale et intégrée visant à améliorer la sécurité alimentaire et la qualité des terres est, de fait, l’une des priorités actuelles de l’Afrique centrale pour son développement et son environnement. A cette fin, les pays de la sous-région ont ratifié la CNULD. Pourtant, le Cameroun et le Tchad sont les seuls pays à avoir, à ce jour, fini leurs rapports nationaux ; le Tchad a également élaboré un plan d’action national. Le CILSS, dont le Tchad fait partie, a conçu un plan d’action sousrégional de lutte contre la désertification (CNULD, 2001).

Le Cameroun et le Tchad ont aussi élaboré des plans d’action nationaux pour l’environnement qui proposent un cadre général à l’amélioration de l’utilisation des terres, à l’harmonisation des politiques concernant l’utilisation des terres et à la gestion de l’environnement. La mise en œuvre de ces plans nécessiterait d’être consolidée par l’octroi de ressources supplémentaires et la passation d’accords avec les différentes institutions. Au Cameroun, l’Etat a également entrepris une grande campagne de reboisement afin d’enrayer la progression du désert.

Encadré 2f.6 Le développement agricole au Cameroun

En 1972, les autorités du Cameroun se sont lancées dans une « révolution verte », faisant ainsi la promotion de la production agricole et des exportations en vue de relancer l’économie. Les monocultures étaient encouragées pour augmenter la production de cacao, de café, de caoutchouc et de coton qui se négociaient à des niveaux très élevés sur les marchés internationaux. Les engrais et les pesticides étaient subventionnés (jusqu’à, respectivement, 65 et 100 pour cent), ce qui a attiré un grand nombre d’agriculteurs vers ce type d’agriculture dépendante des intrants. En 1986 cependant, les prix du cacao et du café se sont effondrés, plongeant le pays dans la crise économique. Les subventions ont été totalement supprimées et l’utilisation de produits agrochimiques a baissé, avec la fertilité des sols. Les agriculteurs ont donc vu leurs revenus se réduire mais, comme ils avaient été poussés à pratiquer une agriculture destinée à l’exportation, le pays a connu un déficit en produits céréaliers de première nécessité. Le Cameroun a dû se résoudre à importer des aliments et à faire appel à l’aide alimentaire, ce qui a ensuite perturbé la production locale et la sécurité alimentaire. Ainsi, le riz importé était vendu à un prix inférieur au prix de production des agriculteurs locaux, rendant la riziculture non viable. La plupart des agriculteurs ont donc abandonné leurs terres et rejoint les villes, à la recherche de meilleures sources de revenu et de la sécurité alimentaire. En 1990, l’Etat a entrepris un vaste programme de recherche et de développement pour améliorer la sécurité alimentaire et la gestion des terres. L’approche adoptée visait à envoyer des agents de vulgarisation auprés des agriculteurs locaux pour concevoir des systèmes peu coûteux d’amélioration de la productivité, de la sécurité alimentaire et de la fertilité du sol. Un certain nombre de projets locaux ont été mis en place avec succès, encourageant les agriculteurs à utiliser des engrais organiques, comme le fumier animal, au lieu d’épandre de coûteux engrais inorganiques, et à diversifier leurs cultures, à pratiquer l’assolement et l’agroforesterie. Certains ont pu produire suffisamment pour vendre sur les marchés locaux et un soutien à la commercialisation est fourni par le biais d’un réseau animé par des réseaux d’organisations non gouvernementales (ONG).

Source : SANE, 1997