Les pressions démographiques et climatiques pèsent lourdement sur les terres et les ressources naturelles de l’Afrique orientale et la sous-région connaît l’un des taux de dégradation les plus rapides d’Afrique (Henao et Baanante, 1999). D’après certaines estimations, en Ethiopie 2 millions d’ha de zones montagneuses seraient trop endommagés pour envisager une quelconque réhabilitation, en plus des 14 millions d’ha gravement dégradés (EPA/MEDC, 1997). Selon cette même étude, plus de 25 pour cent du pays sont touchés par la désertification et le taux annuel d’érosion serait de 1 900 millions de tonnes (EPA/MEDC, 1997). Les exploitations agricoles ayant été divisées au fil des années, la diminution de leur taille a entraîné des périodes de jachère plus courtes et, à certains endroits, une culture continue visant à maintenir les niveaux de productivité. Les résidus de culture sont rarement réutilisés et l’épandage d’autres matières organiques reste rare, suscitant une forte demande d’engrais inorganiques, qui provoquent des problèmes de salinisation et de pollution (FAO, 2001c). Au début des années 1990, le Burundi et le Rwanda ont connu des taux d’épuisement des nutriments supérieurs à 100 kg par ha et par an d’azote, de phosphore et de potassium (Henao et Baanante, 1999). Au Kenya, près de 80 pour cent de la superficie totale des terres sont classés comme arides ou semi-arides ; dans ces zones, la disparition de la végétation (du fait du surpâturage ou de la production de charbon) expose le sol à l’érosion éolienne et hydraulique. Dans les zones trop piétinées par les animaux, on constate un tassement des sols et, dans les zones cultivées, la fertilité décroît, car les terres sont épuisées par la monoculture et le raccourcissement des périodes de jachère (FAO/AGL, 2000).Les politiques coloniales ont aussi participé à cette dégradation des sols, en marginalisant les bergers, comme l’illustre l’encadré 2f.3. Dans les zones irriguées du Kenya, près de la moitié des terres sont altérées par le sel, conséquence d’une piètre gestion de l’irrigation (FAO/AGL, 2000). En Ouganda, la part estimée de terres dégradées va de 20 à 90 pour cent, la dégradation des sols due au tassement et au surpâturage étant un phénomène courant dans les grandes zones d’élevage (FAO/AGL, 2000).
| Encadré 2f.3 Superficie et qualité des zones de pâturage | |
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| Source: Homewood and Rodgers 1991 |
A Djibouti, 85 pour cent des terres sont sèches ou désertiques, les 15 pour cent restants étant considérés comme moyennement, fortement ou très fortement exposés à la désertification. En Erythrée, 42 pour cent des terres qui ne sont pas déjà classées comme désertiques sont considérées comme fragiles. En Ethiopie, le taux est de 26 pour cent et au Kenya, de 35 pour cent (Reich et al., 2001). La fertilité des sols a baissé, elle aussi, à cause d’une agriculture qui n’utilise que peu d’intrants organiques et de périodes de jachère trop courtes. Mais cette dégradation des sols a d’autres causes : l’inadéquation des pratiques culturales, le surpâturage, la parcellisation des terres, la déforestation, les feux de broussailles non contrôlés et l’inefficacité des techniques d’exploration des minéraux. Selon Slade et Weitz (1991), le coût annuel de l’érosion des sols en Ouganda serait de l’ordre de 132 à 396 millions d’USD ; en Ethiopie, ce coût irait de 15 millions d’USD (FAO, 1986) à 155 millions d’USD (Sutcliffe, 1993), représentant 1 à 5 pour cent du PIB. En Ethiopie, les pertes économiques cumulées, du fait de la baisse de la productivité, pourraient s’élever à 3 milliards d’USD (Bojo, 1996).
Cette dégradation des sols a plusieurs conséquences : augmentation du risque d’inondations, sédimentation des fleuves, des lacs et des barrages, asphyxie des habitats côtiers et eutrophisation. En Ouganda par exemple, les pluies provoquées par El Niño ont entraîné en 1997–98 des inondations incontrôlables et la disparition de larges étendues de végétation a provoqué des glissements de terrains (NEMA, 1999). En avril 1999, des milliers de poissons ont été retrouvés morts dans le Nil, au niveau du Nil Albert, sans doute du fait de l’eutrophication, phénomène non naturel, provoquée par l’érosion et l’augmentation des niveaux d’engrais déversés dans le fleuve. La dégradation des sols contribue aussi à augmenter la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire, car la productivité chute et les agriculteurs de subsistance sont de moins en moins capables de constituer des réserves de céréales. Enfin, l’Ouganda connaît désormais un peu partout l’exode rural et l’envahissement de ses réserves naturelles classées (NEMA, 1999).