Bien que la majorité de la population de la sous-région pratique une agriculture de subsistance, l’agriculture de rendement est aussi l’un des piliers de l’économie et contribue de manière efficace à l’emploi, au PIB et aux exportations. Au Burundi et au Rwanda, par exemple, au cours des 30 dernières années, plus de 90 pour cent de la main-d’œuvre travaillait dans l’agriculture (Banque mondiale, 2001). En Ethiopie, au Kenya, en Ouganda et en Somalie, les taux d’emploi du secteur tournaient autour de 80 à 95 pour cent (Banque mondiale, 2001). Les principales cultures de la sous-région sont la banane, les haricots, le manioc, le café, le coton, le maïs, le millet, le riz, le sésame, le sisal, le sorgho, le sucre, le thé et le blé. La contribution de l’agriculture à l’économie ces 30 dernières années a été significative, représentant en moyenne 45 pour cent du PIB au Burundi, en Ethiopie et en Ouganda, et 21 pour cent du PIB au Kenya (Banque mondiale, 2001). La valeur des exportations agricoles en provenance de la sous-région est aussi importante : elle était de 526 millions d’USD en Ethiopie et de 1 157 millions d’USD au Kenya en 1997 (Banque mondiale, 2001). Quand on sait qu’il s’agit là de pays parmi les plus pauvres du monde, la valeur économique de l’agriculture et la précarité découlant de la dépendance à l’égard d’un si petit nombre de cultures pluviales ne doivent pas être sous-estimées.
La superficie totale de terres cultivées a augmenté au cours des 30 dernières années dans tous les pays, à l’exception du Burundi, où elle a légèrement reculé (FAOSTAT, 2001). La production vivrière a, elle aussi, progressé pendant la même période, avec cependant d’énormes variations d’une année sur l’autre. La population croît pourtant plus vite que la production. Les pays les plus secs de la Corne de l’Afrique, où les variations climatiques et la sécheresse sont des phénomènes courants, enregistrent la plus forte baisse globale de production vivrière par habitant et la plus forte variation d’une année à l’autre, comme le montrent les figures 2f8 et 2f.9.
Cela a eu pour conséquence de fragiliser la sécurité alimentaire et de réduire la ration alimentaire par habitant. En 1997, la prise calorique quotidienne par habitant au Burundi, au Kenya, en Ouganda et au Rwanda était inférieure à celle enregistrée en 1970 et, en Ethiopie, la moitié environ de la population est sous-alimentée (PNUD, 2000 ; FAO, 2001c). Sur la même période et dans les mêmes pays, on a enregistré une diminution de la ration protéique et lipidique (PNUD, 2000). La malnutrition est aussi un grave sujet de préoccupation et les enfants éthiopiens de moins de six ans présentent souvent des carences en iode et en vitamine A (FAO, 2001c).
La baisse de la production vivrière par habitant et de la ration alimentaire amène les pays d’Afrique orientale à compter toujours plus sur les importations et l’aide alimentaires. L’Ethiopie est par exemple en déficit alimentaire depuis plusieurs décennies et l’aide moyenne en céréales pour la période 1984–99 représentait 14 pour cent de la production céréalière totale (FAO/AGL, 2000). Les graves sécheresses et les pénuries de nourriture ont fait toucher du doigt la nécessité d’introduire en Afrique australe et orientale un mécanisme de suivi des sécheresses. Les responsables des stations météorologiques de la région se sont réunis à Nairobi en mars 1985 et ont convenu de créer, au sein de leurs départements météorologiques respectifs, des centres de contrôle des sécheresses (DMC—Drought Monitoring Centres) ; deux existent désormais, l’un à Nairobi (au Kenya) et l’autre à Harare (au Zimbabwe). Ces centres ont pour première mission de donner des alertes rapides sur les sécheresses, à partir des informations météorologiques rassemblées, afin de préparer les pays à cette éventualité et d’atténuer les conséquences catastrophiques des sécheresses. Un projet régional, intitulé « Drought Monitoring for Eastern and Southern Africa » (Contrôle de la sécheresse en Afrique australe et orientale) a été créé en janvier 1989. Il rassemble 21 pays : l’Angola, le Botswana, le Burundi, les Comores, Djibouti, l’Ethiopie, le Kenya, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, Maurice, le Mozambique, l’Ouganda, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie, le Soudan, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. L’Afrique du Sud, l’Erythrée et la Namibie ont rejoint le projet au moment de sa deuxième phase (DMC, 2002). La stratégie du groupe de travail interagences des Nations Unies pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, qui étudie les causes profondes de l’insécurité alimentaire chronique dans sept pays, fait aussi partie des autres réponses que l’on tente d’apporter à ce problème. Elle propose une diversification des moyens de subsistance, pour sortir de la dépendance traditionnelle à l’égard de l’agriculture, mais aussi des outils pour renforcer dans les pratiques agricoles la résistance aux variations climatiques. Des problèmes d’ordre macro-économique, comme la réforme des marchés, l’amélioration de l’accès aux échanges et aux informations, et la protection de l’environnement, sont également au cœur de cette stratégie (ONU, 2000).