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La dégradation des sols a une traduction visible : le taux d’érosion. Les informations sur ce phénomène en Afrique sont parcellaires et propres à chaque pays, mais les estimations vont de 900 à 7 000 tonnes/km2/an (Rattan, 1988). Les études sur les conséquences économiques de ce taux d’érosion sont, elles aussi, localisées et variées, mais les estimations indiquent qu’elles peuvent atteindre jusqu’à 9 pour cent du PIB (UNU, 1998). Cette érosion ne compromet pas uniquement la productivité des cultures à venir ; elle entraîne aussi la sédimentation des barrages et des fleuves, l’asphyxie des habitats aquatiques et côtiers et l’eutrophisation. Ces phénomènes réduisent à leur tour la diversité biologique de ces systèmes et leur productivité. Enfin, ces effets se retrouvent dans l’appauvrissement économique et nutritionnel des populations africaines.
| Depuis les 30 dernières années, la structure des sols a été abîmée, les nutriments ont été épuisés et la fragilité face à l’érosion s’est accrue, du fait de diverses pratiques : augmentation de l’utilisation de produits chimiques, inadéquation des équipements et des technologies utilisés et culture non diversifiée de plantations de rendement. |
Les taux d’érosion peuvent être améliorés et la fertilité et la productivité restaurées grâce à des pratiques agricoles adaptées. L’expérience récente de l’Afrique du Sud, de l’Ethiopie, du Kenya, du Malawi, du Sénégal et de la Somalie en témoigne (Nana-Sinkam, 1995 ; Hoffman et Todd, 2000). Une initiative sur la fertilité des sols en Afrique subsaharienne a été conçue dans les années 1990 et lancée à l’occasion du Forum alimentaire mondial de 1996, pour répondre aux inquiétudes grandissantes provoquées par la dégradation et l’érosion. Il s’agit là d’une initiative participative, dont les partenaires techniques sont : l’Association internationale de l’industrie des engrais, l’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI) ; le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF), le Centre international pour le développement des engrais (IFDC), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la BM. L’approche déployée associe réforme de politique et adaptation des technologies et vise à protéger les ressources naturelles et à améliorer le niveau de vie des agriculteurs grâce à la conception et à la mise en œuvre de programmes intégrés de gestion des nutriments végétaux, qui utilisent les sources organiques de nutriments disponibles et des engrais minéraux. Dans le cadre de ce programme, la plupart des pays sont en train de préparer leurs plans d’action nationaux pour la fertilité des sols (Maene, 2001).
La désertification n’est qu’une manifestation poussée à l’extrême de cette dégradation dans les zones arides, due à des facteurs climatiques et à des pratiques de gestion ; les terres ne sont plus du tout productives. Les zones classées comme déserts ou zones arides représentent environ 66 pour cent du continent africain et, aujourd’hui, 46 pour cent des terres restantes sont menacées de désertification, dont plus de la moitié fortement ou très fortement menacées (Reich et al., 2001). Les zones les plus fragiles sont celles qui sont à la lisière des déserts, comme l’indique la figure 2f.5, elles représentent 5 pour cent des terres et abritent actuellement environ 22 millions de personnes (Reich et al., 2001). L’évolution du climat devrait faire diminuer les précipitations, augmenter l’évaporation et renforcer encore la variabilité et l’imprévisibilité des précipitations dans la plupart des zones africaines (GIEC, 1998 ; GIEC, 2001), ce qui devrait accroître la vulnérabilité aux sécheresses et à la désertification. Associés à une pression continue pour la croissance économique et à une augmentation démographique rapide sur toute la région, ces phénomènes menaceront encore davantage la sécurité alimentaire, à moins de concevoir et d’introduire des politiques cohérentes de régime foncier et de gestion.
Conscients de leur vulnérabilité due à l’amoindrissement de la qualité des terres et à la désertification, les pays africains ont largement contribué à la création, en 1992, de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la sécheresse et la désertification (CNULD) dans les pays connaissant de graves sécheresses ou une sérieuse désertification, notamment en Afrique (CNULD, 2000). Depuis, la plupart des pays africains se sont attaqués à l’élaboration de plans d’action nationaux, accompagnés de campagnes de sensibilisation des populations et, en 2001, 17 pays avaient finalisé et officiellement adopté leurs programmes (CNULD, 2001). Des plans d’action ont également été élaborés à l’échelle sousrégionale : en Afrique du Nord sur l’initiative de l’Union du Maghreb arabe (UMA), en Afrique occidentale grâce au Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), en Afrique orientale avec l’Autorité intergouvernementale pour le développement (AIGD) et en Afrique australe avec la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) (CNULD, 2001). Un programme régional d’action est également en cours de préparation ; sa coordination sera assurée par la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan. La désertification, la pauvreté, les pressions développementalistes et les facteurs climatiques interagissent de manière complexe sur la sécurité alimentaire. Il est donc crucial que les questions de désertification soient traitées dans un cadre de développement et selon une approche participative, qui associera les réformes politiques et juridiques, les stratégies de développement économique et social, une réforme des régimes fonciers, les partenariats internationaux, le renforcement des capacités et la viabilité financière.
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| Figure 2f.5 Vulnérabilité de l’Afrique face à la désertification Source: Reich and others 2001 |