AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

QUALITE DES TERRES ET PRODUCTIVITE

Les pressions exercées en vue d’augmenter la production ont un certain nombre de conséquences : des terres à faible rendement sont utilisées pour les cultures ou l’élevage, on assiste à un recours intensif aux engrais et aux pesticides pour les exploitations commerciales (alors que le recours aux matières organiques dans les petites exploitations est en déclin) et les périodes de jachère sont raccourcies. Ces interventions, si elles cherchent à augmenter la productivité, risquent d’épuiser les sols et donc la capacité de production, ce qui entraîne une baisse des rendements, la dégradation et l’érosion de la couverture végétale et du sol et, dans les cas extrêmes, la désertification. La variabilité et les changements climatiques, associés à des politiques inadaptées d’exploitation des terres et de régime foncier, viennent s’ajouter aux pressions existantes et en aggravent les effets. A l’heure actuelle, près de 22 pour cent des terres végétalisées de la région (soit 494 millions d’ha) sont considérées comme étant dégradées et 66 pour cent d’entre elles sont classées comme étant moyennement, sérieusement ou extrêmement dégradées (UNU, 1998). L’Afrique n’est pas la seule région à connaître ce problème, comme en témoigne la figure 2f.4, mais les conséquences sur la sécurité alimentaire et les effets prévisibles du changement climatique font de la question de la dégradation des sols une préoccupation prioritaire pour les dirigeants africains.

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Figure 2f.4 Comparaison régionale de la dégradation des sols

Source: UNU 1998

La dégradation des sols et la baisse de la productivité peuvent relever de différentes catégories : dégradation hydrologique et chimique, dégradation physique ou dégradation biologique. La dégradation hydrologique et chimique concerne l’uligination, la salinisation et la pollution chimique ; elle peut être causée par l’utilisation d’une eau d’irrigation de mauvaise qualité et par la pollution de l’environnement. La dégradation chimique—qui provient de la pollution due aux déchets industriels, aux ordures ménagères ou aux rejets médicaux et miniers—peut aussi se manifester dans certains sites. La dégradation physique recouvre la détérioration de la structure du sol et l’apparition de couches tassées ; elle peut résulter d’un surstockage, de la mauvaise utilisation de machines-outils, de l’exploitation de mines ou de carrières, d’une uligination fréquente et de l’érosion. La dégradation biologique fait référence à la disparition de nutriments et de micro-organismes vitaux pour la santé et la productivité des végétaux, et tient à l’épuisement de la fertilité du sol provoqué, pour sa part, par des cultures intensives, l’évacuation des résidus de cultures, des carences en nutriments et une pénurie de matières organiques.

Cette dégradation des sols en Afrique tient à la variabilité climatique et aux pratiques de gestion, auxquelles il faut ajouter des facteurs physiques comme l’inclinaison des terrains et la structure des sols. Si elle est le plus souvent associée à des zones de cultures et de pâturage, cette dégradation peut néanmoins se manifester dans les forêts, les zones boisées et les savanes, dans les zones urbaines et périurbaines et dans les zones protégées. La disparition des zones de forêts par exemple (due aux incendies, à la sécheresse, au surpâturage ou à des usages alternatifs des terres) rend le sol plus sensible à l’érosion provoquée par le vent ou par la pluie, notamment sur les pentes escarpées, dans les zones de fortes précipitations ou lorsque cela s’accompagne de mauvaises pratiques de gestion, comme le surpâturage. L’assèchement des zones humides (à des fins agricoles ou de développement urbain) perturbe le cycle hydrologique et rend les zones avoisinantes plus sujettes aux inondations ; elles deviennent par ailleurs impropres au développement de la flore et de la faune sauvages ou à l’exploitation de matières premières pour la construction et l’artisanat. La transformation d’habitats naturels en zones de culture ou de pâturage dans des endroits inadaptés peut aussi déclencher des effets négatifs de dégradation par réaction, comme l’explique l’encadré 2f.1

Encadré 2f.1 Evolution démographique et qualité des terres

Dans les systèmes agropastoraux traditionnels, où la productivité des sols déclinait progressivement avec les cultures intensives et le surpâturage, les agriculteurs changeaient régulièrement de lieu pour laisser aux terres épuisées le temps de récupérer. Les systèmes de production ont néanmoins changé sous l’effet des pressions démographiques et économiques et le rythme de conversion de l’habitat naturel s’est intensifié, entraînant l’accélération de la dégradation des sols à cause d’une utilisation minimale d’intrants et du raccourcissement des périodes de jachère nécessaires à une maximisation de la production à court terme. Ce qui a pour effet global d’augmenter le nombre de terres utilisées pour les cultures ou le pâturage, afin de compenser les pertes dues à la dégradation des sols. Ces pratiques ont des conséquences sur les habitats naturels, la diversité biologique et l’écologie et signifient que les besoins de production vivrière ne sont pas satisfaits. Certaines techniques ont permis d’augmenter la productivité, à long terme, tout en préservant une base de ressources saine, notamment l’assolement des terres, la diversification croissante des variétés culturales, l’utilisation de fumier animal et de résidus de culture pour fertiliser les sols, la construction de haies coupe-vent et l’agroforesterie.

Source : UNU, 1998

Depuis les 30 dernières années, la structure des sols aété abîmée, les nutriments ont été épuisés et la fragilité face à l’érosion s’est accrue, du fait de diverses pratiques : augmentation de l’utilisation de produits chimiques, inadéquation des équipements et des technologies utilisés et culture non diversifiée de plantations de rendement. L’irrigation dans des zones de forte évaporation, réalisée avec des technologies inadaptées, augmente par exemple la salinisation des sols, car les pertes d’eau sont très rapides et laissent une croûte de sels qui se dissolvent immédiatement. De même, la pratique intense du pâturage, notamment dans les zones à faible rendement et pour un seul type de bétail, peut abîmer la végétation et conduire à un tassement des sols et à une érosion accélérée. Une étude a constaté que le surpâturage était la principale cause de dégradation des sols en Afrique (50 pour cent) ; viennent ensuite les mauvaises pratiques de gestion agricole (24 pour cent), l’élimination de la végétation (14 pour cent) et la surexploitation (13 pour cent) (WRI, 1992). Entre 1980 et 1995, l’Afrique a enregistré une légère diminution du pâturage permanent, ce qui indique soit la conversion des terres à la culture, soit l’abandon des terres du fait d’une dégradation excessive, soit un mélange des deux (UNU, 1998).

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