La qualité de l’eau douce dans certaines parties de l’Afrique centrale se dégrade à cause de la pollution issue des écoulements industriels et des eaux usées, du ruissellement agricole et de l’intrusion d’eau saline. Le fleuve Congo a été reconnu comme l’un des plus propres du monde, en raison de l’absence d’industrie, de vastes habitats urbains et d’agriculture le long de ses rives (Johnson, 1999). Toutefois, les régions côtières connaissent le ruissellement et l’écoulement d’effluents venus des plantations agricoles et des industries voisines, qui contaminent les fleuves, les marécages et les réserves des nappes phréatiques. L’abattage du bois dans l’arrière-pays contribue également au taux élevé de l’érosion du sol et à l’alluvionnement des fleuves et des estuaires. En particulier, les fleuves Lobe et Kienke (Cameroun) sont très riches en sédiments, qui se déposent dans la zone côtière et empêchent le développement des récifs de corail (Banque mondiale, 2000). La salinisation a lieu lorsque les sources d’eau douce entrent en contact avec de l’eau saumâtre ou saline. La ville industrielle côtière de Douala au Cameroun a des problèmes avec la salinisation de l’eau potable des nappes aquifères, car la montée du niveau de la mer facilite la pénétration des aquifères souterrains par l’eau de mer. On note aussi une insuffisance de l’assainissement pour la ville de 1,4 millions d’habitants, et une hausse des taux de nutriment est enregistrée dans l’estuaire, résultant du déversement des eaux usées (Gabche et Smith, 2001). Les ressources côtières en eau douce sont en outre menacées par la montée du niveau de la mer, qui, selon les prévisions du GIEC, pourrait atteindre un mètre d’ici 2100 (GIEC, 2001).
L’impact du déclin de la qualité de l’eau est à la fois écologique et social, et la contamination des habitats d’eau douce se traduit par les effets suivants : perte de la biodiversité, restriction de l’écoulement, disponibilité moindre de l’eau exploitable pour l’usage domestique, industriel, agricole et récréatif. Il existe également des risques accrus de maladies d’origine hydrique associées au manque d’eau potable et d’assainissement, et les coûts du traitement de l’eau augmentent en période où l’investissement dans ce secteur est déjà insuffisant. Par exemple, les ressources en eau potable à Yaoundé, au Cameroun, sont caractérisées par des pénuries et des interruptions occasionnelles, incitant un grand nombre de personnes à se procurer de l’eau auprès d’autres sources, comme les fontaines et les puits. Une étude récente de l’état bactériologique de quinze de ces puits et fontaines a révélé des densités élevées de bactéries fécales et donc un risque majeur de maladie (Nola, Njine, Monkiedje, Sikati, Foko, Djuikom et Tailliez, 1998). Plusieurs zones humides de la région ont été dégradées en raison de la construction de bassins de retenue et de systèmes d’irrigation qui dévient les cours d’eau et altèrent ainsi les régimes hydrologiques. La réduction du flux, ainsi que la hausse des taux d’alluvionnement et de nutriments issus des effets de reflux, s’est traduite par la disparition des habitats et des zones de reproduction favorables, et plusieurs espèces des zones humides se sont éteintes.
En réaction aux pressions exercées sur la qualité de l’eau, un grand nombre de programmes et d’actions sont en cours en Afrique centrale. Parmi eux : systèmes de drainage, de purification et de décontamination de l’eau douce, programmes de gestion des ressources en eau, campagnes de sensibilisation du public, ratification des conventions régionales et transfrontières pour la protection et la gestion des ressources en eau et efforts visant à l’instauration de normes et du contrôle de la qualité de l’eau. Des organisations nationales et internationales ont contribué à des projets d’adduction d’eau et d’assainissement à l’échelon local et des instruments de coopération internationale ont été établis pour la gestion du partage des ressources en eau. Le Projet de l’Ecosystème du Golfe de Guinée, par exemple, comprend la gestion des activités au sol qui nuisent à la qualité de l’eau. Le projet d’inversion du processus de dégradation des sols et de l’eau (Reversal of Land and Water Degradation project), financé par le FEM, a été lancé via la Banque mondiale, afin d’optimiser la gestion des ressources du bassin du lac Tchad. Le Gabon compte désormais trois sites Ramsar, suite à la ratification de la Convention de Ramsar en 1987 (Ramsar, 2001), et le Cameroun entreprend la réhabilitation des zones humides détériorées en raison de politiques de développement inappropriées (Encadré 2e.10).
| Encadré 2e.10 Réhabilitation des zones humides au Cameroun | |
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| Source: Acreman 1999, IUCN 2001 |
Entre 1990 et 2000, la proportion de la population jouissant d’un accès à l’eau potable est passée de 52 à 62 pour cent au Cameroun, et de 59 à 60 pour cent en République centrafricaine (OMS/UNICEF, 2000). L’accès à un système d’assainissement n’affiche qu’une faible progression, et les taux demeurent encore largement inférieurs à ceux des autres pays d’Afrique. Un investissement continu est nécessaire dans cette région, afin de réduire la pollution et les épidémies de maladies dues à une insuffisance de l’assainissement et du traitement des eaux usées.