AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE CENTRALE

L’Afrique Centrale connaît rarement des difficultés en matière de disponibilité de l’eau, en raison du caractère abondant et généralement prévisible des précipitations. Toutefois, il existe une rivalité croissante entre les groupes d’utilisateurs et l’accès à l’eau, notamment en zones rurales, est jugé prioritaire pour le développement. Des problèmes localisés de qualité de l’eau font leur apparition, particulièrement dans les régions côtières, où le déversement d’eaux usées industrielles, agricoles et domestiques est marqué et où la menace supplémentaire d’intrusion d’eau saline est manifeste.

DISPONIBILITE DE L’EAU DOUCE EN AFRIQUE CENTRALE

A l’exception des déserts du nord du Tchad et des zones sahéliennes du nord du Cameroun et du centre du Tchad, la région de l’Afrique centrale est bien dotée en ressources en eau. Le total des ressources annuelles renouvelables pour la région en 2000 a été estimé à 1 775 km3/an (PNUD et al., 2000). Les variations sont considérables entre les pays, toutefois, la RDC jouissant des ressources en eau les plus importantes (935 km3/an ou 18 000 m3/habitant/an), avec le Tchad comme le pays le plus sec (15 km3/an ou 1961 m3/habitant/an) (PNUD et al., 2000). Bien que la consommation d’eau soit en hausse, le déficit en eau est généralement inconnu dans la région. Le bassin du fleuve Congo est le plus vaste d’Afrique, couvrant 12 pour cent de la région, et est partagé par neuf pays. Les ressources en eau de la région sont essentielles à la subsistance et au développement économique, en particulier, grâce à l’apport d’eau pour l’irrigation des cultures de rendement. Il existe des variations des précipitations au cours de l’année en Afrique centrale, où les inondations sont plus courantes dans la zone humide. Ce n’est qu’au Tchad et au nord du Cameroun que les sécheresses sont une menace sérieuse et leur fréquence a augmenté au cours des 30 dernières années (GIEC, 1998). En 1973, la sécheresse a tué 100 000 personnes au Sahel et même les pays de la zone humide ont souffert de faibles précipitations et de rendements agricoles réduits (Gommes et Petrassi, 1996).

Le bassin du lac Tchad est une dépression entourée de sept pays formant un lac d’eau douce (le Bassin Conventionnel) partagé par le Cameroun (9 pour cent), le Tchad (42 pour cent), le Niger (28 pour cent) et le Nigeria (21 pour cent). Le lac Tchad est une importante source d’eau et d’activités économiques, dont l’agriculture et la pêche. Les images par satellite révèlent un rétrécissement considérable du lac au cours des 30 dernières années, qui représente désormais 5 pour cent de sa superficie d’origine, en raison des précipitations faibles dans la région. Le GIEC prévoit des risques de diminution des précipitations et du ruissellement, et une désertification accrue sur la ceinture sahélienne (GIEC, 2001), ce qui pourrait entraîner une baisse supplémentaire de la taille du lac. Ce phénomène menacerait les moyens de subsistance des pêcheurs et des paysans dans la région, et pose des difficultés à la GIRE et à la coopération internationale visant à assurer la pérennité des ressources.

Accès aux ressources en eau douce en Afrique centrale

En 1998, la ponction annuelle en eau douce pour l’Afrique centrale a été évaluée à moins de 1 pour cent du total disponible. Cependant, la distribution inégale desressources en eau, quant à la répartition temporelle et démographique, a créé des difficultés pour l’approvisionnement en eau. La réaction traditionnelle face à ce problème a consisté à ériger des barrages sur les fleuves et à procéder à la distribution de l’eau, plutôt qu’à déplacer les populations à proximité des ressources en eau. La RDC dispose de 14 bassins de retenue, le Cameroun de 9, et le Gabon et le Congo en ont deux chacun. Leurs principales fonctions consistent à fournir de l’eau pour la consommation domestique, et à générer de l’hydroélectricité, bien que seule la moitié du potentiel en énergie hydroélectrique soit exploitée (WRI, PNUE et PNUD, 1992). En raison de la fiabilité relativement élevée des précipitations dans la sous-région, l’irrigation n’est pas toujours nécessaire et le secteur agricole ne représente que 33 pour de l’ensemble des prélèvements, contre plus de 50 pour cent pour le secteur domestique (PNUD et al. 2000, Shiklomanov, 1999). Malgré ces efforts visant à fournir de l’eau aux municipalités d’Afrique centrale, on constate des pénuries importantes, par exemple au Tchad, où seulement 27 pour cent de la population a accès à des sources d’eau de qualité (OMS/UNICEF, 2000).

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Figure 2e.9 Consommation d’eau par secteur en Afrique centrale, 1900–2025

Source: Shiklomanov 1999

Les raisons de l’accès relativement limité à l’eau dans la sous-région sont entre autres la croissance économique médiocre et donc le faible niveau de l’investissement dans le développement et l’entretien des infrastructures, auxquels s’ajoutent la croissance démographique rapide et la migration vers les centres urbains. La demande en eau à usage domestique devrait être multipliée par cinq dans les 25 prochaines années, à cause de la croissance démographique et de la hausse de la consommation par habitant (Figure 2e.9). Des améliorations significatives des infrastructures existantes et des réseaux d’adduction sont donc requises, afin d’optimiser l’accès à l’eau potable au cours des 20 à 30 prochaines années. Une demande en hausse issue des autres secteurs est également attendue, à mesure de l’expansion du développement agricole et industriel pour satisfaire les impératifs de croissance économique.

Amélioration de la disponibilité et de l’accès aux ressources en eau en Afrique centrale

La hausse de la demande en eau en Afrique centrale est peu susceptible de mener à des conditions de stress hydrique ou de pénurie d’eau, car les ponctions estimées sont encore faibles, comparées aux ressources disponibles. Toutefois, une réduction des précipitations liée aux changements climatiques est attendue dans certaines parties du nord du Cameroun et au Tchad, ce qui mettra sous pression les systèmes d’adduction d’eau déjà inadaptés. Ainsi, les problèmes localisés d’approvisionnement en eau peuvent se trouver exacerbés. En outre, des études complémentaires sont nécessaires afin d’enquêter sur les conséquences écologiques de la construction de barrages de retenue, du détournement des courants et de l’extraction d’eau, avant l’établissement de normes écologiquement et socialement acceptables.

Le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria ont constitué la Commission du Bassin du Lac Tchad en 1964, rejoints ultérieurement par la République centrafricaine en 1999. L’objectif de la Commission du Bassin du Lac Tchad est de veiller à l’utilisation rationnelle de l’eau, du sol et des autres ressources naturelles, et de coordonner le développement régional. En Mars 1994, la commission a approuvé le Plan directeur pour le Développement et la Gestion écologiquement rationnelle des Ressources Naturelles du Bassin Conventionnel du Lac Tchad. Ce document consiste en 36 projets concernant les ressources en eau, l’agriculture, la sylviculture, la gestion de la biodiversité des animaux d’élevage et le développement de la pêche. Le financement a été assuré par le FEM, afin de coordonner ces projets au moyen de l’établissement de réglementations conjointes sur le développement et l’utilisation des ressources, la collecte et le partage de l’information, et des actions et programmes de recherche communs. Une campagne internationale a été également lancée pour sauver le lac Tchad. En juillet 2000, les Etats membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad se sont réunis et ont convenu d’une proposition visant à classer l’ensemble du lac Tchad comme site Ramsar transnational. D’autres projets prévoient d’inclure la mise en place d’un programme de transfert d’eau interbassins et le renforcement des équipes de patrouilles conjointes (Commission du Bassin du Lac Tchad, 2000).