AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

Accès à l’eau douce en Afrique australe

Click to enlarge
Figure 2e.8 Consommation d’eau par secteur en Afrique australe, 1900–2025

Source: Shiklomanov 1999

Avec de telles pressions intenses et variées sur les écosystèmes, l’Afrique australe doit faire face à des difficultés sérieuses d’approvisionnement en eau, lesquelles sont exacerbées par la croissance démographique rapide, les taux élevés de croissance urbaine et les impératifs du développement économique et de l’équité sociale, induisant une hausse de la demande en eau à usage agricole, industriel et domestique. Actuellement, l’agriculture représente 74 pour cent de la consommation totale en eau de l’Afrique australe, contre 17 pour cent pour les utilisateurs domestiques et 9 pour cent pour l’industrie (PNUD et al., 2000). L’Afrique du Sud illustre le mieux la progression rapide de la demande en eau, où, bien que 4,3 millions de foyers ne disposent pas de services d’adduction d’eau, la croissance de la demande domestique au cours des quatre dernières décennies a été quatre fois plus importante que celle du secteur agricole. La demande domestique en Afrique du Sud devrait atteindre 23 pour cent du total d’ici 2030, soit une hausse de plus de 200 pour cent depuis 1996 (Département de l’Environnement et du Tourisme, 1999). Les prévisions actuelles estiment que des pénuries graves relatives à l’approvisionnement en eau auront lieu dans les 10 à 20 prochaines années. La figure 2e.8 montre les tendances actuelles et à venir de la consommation d’eau dans l’ensemble des secteurs en Afrique australe.

Certains réseaux de distribution urbains en Afrique australe sont mal entretenus et extrêmement inefficaces. En Afrique du Sud, par exemple, le fournisseur Rand Water estime que le système d’adduction de Soweto perd jusqu’à 70 pour cent de l’eau chaque année, en raison de fuites, soit un coût de 100 800 dollars par jour (CNUEH/PNUE, 2001). De même, l’efficacité de l’irrigation est évaluée à 50 pour cent, la majorité des exploitations étant caractérisée par un gaspillage d’eau et par des systèmes d’irrigation par aspersion, tandis que 10 pour cent seulement ont recours aux systèmes d’irrigation plus efficaces de microjet et de goutte-à-goutte (Chenje, 2000). Le Mozambique jouit de ressources en eau plus importantes que les autres pays de la sous -région, mais l’accès à l’eau potable et à l’eau destinée à l’irrigation est plus limité que dans les pays plus secs, principalement à cause des dégâts causés à l’infrastructure dus à la longue guerre civile (UICN, 2000).

Amélioration de la disponibilité et de l’accès à l’eau douce en Afrique australe

Au cours des 30 dernières années, la réaction à cette situation a consisté à ériger des barrages ou à modifier presque tous les cours d’eau de la sous-région, afin de satisfaire la demande. L’Afrique australe affiche la concentration la plus élevée de bassins de retenue et de programmes de transferts interbassins en Afrique (Commission mondiale des barrages, 2001). Le barrage de Kariba, par exemple, situé sur le fleuve Zambèze et partagé entre la Zambie et le Zimbabwe, a une capacité de 180 km3. Avec une superficie de quelque 5 500 km2, il s’agit de l’un des plus grands bassins de retenue du monde. Il a été construit principalement dans le but de fournir de l’hydroélectricité aux deux pays et affiche une capacité de production de 1 320 MW (Soils Incorporated (Pty) Ltd et Chalo Environmental and Sustainable Development Consultants, 2000).

Des progrès significatifs ont été réalisés vers le développement d’infrastructures destinées aux services d’adduction d’eau et d’assainissement. L’accès à l’eau potable de qualité est passé du chiffre moyen de 52,6 pour cent en 1990 (WRI, PNUE et PNUD, 1990) à 58 pour cent en 1998 (WRI, PNUE, PNUD et Banque mondiale, 1998). Cet accès, toutefois, varie entre les zones rurales et urbaines, ces dernières jouissant d’un accès plus facile. Il existe également des disparités entre les pays, l’accès à l’eau étant le plus répandu au Botswana (95 pour cent) contre 38 pour cent en Angola (OMS/UNICEF, 2000). Les politiques liées à l’eau ont besoin d’une révision pour corriger ce problème, en alliant gestion de la demande (à l’aide d’incitations économiques pour limiter la consommation) et satisfaction des besoins élémentaires (via une meilleure équité dans l’accès et l’approvisionnement). L’Afrique du Sud a promulgué une législation, sous la forme de la loi nationale sur l’eau (National Water Act), loi 36 de1998. A Windhoek, en Namibie, les tarifs de l’eau ont fait l’objet d’une augmentation de 30 pour cent en 1996 et la consommation en eau des ménages dépassant 60 m3/mois a été pénalisée par des tarifs encore plus élevés, ce qui a eu pour effet de réduire la consommation moyenne d’eau de 25 pour cent (Eales, Forster et Du Mhango, 1996).

En outre, les pays d’Afrique australe ont fait des efforts considérables pour coopérer dans le cadre de la Gestion partagée des ressources en eau (Encadré 2e.9). A l’échelon national, les pays se sont orientées vers la GIRE et la tarification au coût réel, afin de maîtriser la demande. Les instruments employés à cet effet comprennent la suppression des subventions et le recouvrement des coûts via les utilisateurs. En Namibie, par exemple, les subventions—y compris celles sur l’eau—représentaient 1 pour cent du PIB en 1993 (UICN, 2000), mais ont progressivement été abolies, alors qu’au Zimbabwe, la plupart des exploitants à grande et à petite échelle ne payaient rien pour l’eau d’irrigation. La réutilisation des eaux usées est de plus en plus considérée comme une étape vers la GIRE dans la région. La ville de Windhoek se livre déjà au traitement et au recyclage des eaux usées pour fournir 19 pour cent des 42 510 m3 consommés chaque jour (UICN, 2000).

Encadré 2e.9 Mécanismes de coopération internationale sur la gestion partagé des ressources en eau en Afrique australe

La demande croissante relative aux ressources en eau est une source de conflit potentielle de conflit entre les groupes d’utilisateurs et entre les pays concernés par le partage des ressources. Afin d’assurer une coopération étroite pour l’utilisation judicieuse, durable et coordonnée des cours d’eau communs, le protocole de la CDAA sur les systèmes de partage des cours d’eau a été élaboré et est entré en vigueur en 1998. Outre ce protocole, on note aussi plusieurs accords bilatéraux visant à faciliter le partage des ressources en eau, dont :

  • le plan d’action du fleuve Zambèze, entre la Zambie et le Zimbabwe ;
  • la commission permanente sur l’eau du bassin de l’Okavango ;
  • la commission technique permanente conjointe sur le projet relatif à l’eau des montagnes du Lesotho ;
  • la commission technique permanente conjointe sur le fleuve Cunene.

Une coopération a été également établie dans le domaine de la recherche et des données hydrométéorologiques, via SADC-HYCOS. Alors qu’il existe un engagement et une coopération à l’échelon politique de la sous-région, une capacité supplémentaire a besoin d’être mise en place, afin de mettre en œuvre efficacement la gestion du partage de l’eau au niveau local.

Source: SADC 2000