AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE AUSTRALE

L’Afrique australe est principalement semi-aride et connaît une variation des précipitations, à la fois selon les périodes et les pays. Cette sous-région devrait également assister à une variabilité supplémentaire des averses, à une réduction des précipitations et à une évaporation accrue, en raison des changements climatiques. Avec la croissance démographique rapide, et la demande en eau issue des secteurs domestique, agricole et industriel, la disponibilité de l’eau douce est une priorité pour la sous-région. Les politiques discriminatoires d’accès et les systèmes de tarification ont par ailleurs faussé la répartition de l’accès aux ressources en eau entre les groupes de population. La baisse de la qualité de l’eau, due à la pollution domestique et industrielle, à l’eutrophication et à la salinisation liées à la pollution agricole, constitue une préoccupation supplémentaire pour la sous-région.

DISPONIBILITE DE L’EAU DOUCE EN AFRIQUE AUSTRALE

Les ressources annuelles moyennes en eau de surface pour l’Afrique australe sont d’environ 534 km3/an, mais réparties inégalement en raison des facteurs suivants : précipitations souvent faibles et variables, configuration du terrain, taux d’évaporation, couverture végétale et sol. Par exemple, l’Angola, le pays le plus humide de la sous-région, dispose de ressources annuelles moyennes en interne de 184 km3/an (14 000 m3/habitant/an), et le Mozambique et la Zambie affichent 100 km3/an et 80 km3/an respectivement (5 000 m3/habitant/an et 8 700 m3/habitant/an). En revanche, pour les pays les plus secs, à savoir le Botswana et la Namibie, les chiffres tombent à seulement 2,9 km3/an et 6,2 km3/an respectivement (1 700 m3/habitant/an et 3 500 m3/ habitant/an respectivement) (PNUD et al., 2000).

Les zones de faibles précipitations coïncident dans la plupart des cas avec celles à fort potentiel d’évaporation, et la variabilité des précipitations peut entraîner des épisodes récurrents de sécheresse grave et prolongée, notamment dans le sud-ouest. Dans ces zones, les ressources des nappes phréatiques sont particulièrement importantes (Encadré 2e.7). Au contraire, le nord et l’est sont sujets à des inondations occasionnelles, dont l’exemple le plus récent a eu lieu en 1999–2000. Les averses excessives de cette saison ont affecté le Mozambique, le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Quelque 200 000 ha de cultures ont subi des inondations et plus de 150 000 familles ont été touchées. Le coût estimé de réhabilitation se monte à plusieurs millions d’USD (Mpofu, 2000). Bien que le Système d’alerte rapide de la CDAA ait été en mesure de prévoir les fortes averses, la plupart des pays étaient mal préparés à l’amplitude et à la durée des inondations, ce qui incite à des investigations et à la révision des stratégies d’intervention.

Encadré 2e.7 Importance des nappes phréatiques en Afrique australe

Les nappes phréatiques représentent la principale source d’eau pour 60 pour cent des résidents ruraux et urbains dans l’ensemble de l’Afrique australe. Une grande part de la sous-région est caractérisée par la présence de villes, de villages et d’habitats ruraux dispersés. Ainsi, l’accès à un réseau d’eau de surface est limité en raison des coûts élevés et de la longue distance nécessaire à l’établissement d’infrastructures destinées à de véritables services d’adduction d’eau. La gestion durable des nappes phréatiques est donc importante pour les moyens de subsistance dans la sous-région,même si la proportion d’eau en provenance des nappes phréatiques est relativement modeste.

Source: Chenje 2000

Le lac Malawi dispose du plus grand nombre d’espèces de poissons de tous les lacs du monde, estimé à plus de 500 espèces, dont 90 pour cent sont jugées uniques au lac. Les espèces les plus importantes sur le plan biologique, et en termes de moyens locaux de subsistance, sont les 400 espèces et plus de cichlidés, dont toutes sauf cinq sont des espèces endémiques au lac Malawi

Le plus grand lac d’eau douce de la sous-région, et le troisième lac d’Afrique, est le lac Malawi, avec une superficie de 31 000 km2. Ce lac est vital pour les activités de pêche et le tourisme qu’il favorise. Le lac Malawi dispose du plus grand nombre d’espèces de poissons de tous les lacs du monde, estimé à plus de 500 espèces, dont 90 pour cent sont jugées uniques au lac. Les espèces les plus importantes sur le plan biologique, et en termes de moyens locaux de subsistance, sont les 400 espèces et plus de cichlidés, dont toutes sauf cinq sont des espèces endémiques au lac Malawi (Ribbink, Marsh, Ribbink et Sharp 1983). En raison de cette extraordinaire biodiversité, la partie sud du lac est classée parc national et a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial en 1984. Le Zambèze fait partie des fleuves principaux et son bassin est partagé par huit pays d’Afrique australe et constitue l’habitat de 40 millions de personnes. Le bassin du Zambèze favorise la présence d’un grand nombre de communautés locales, ainsi que l’agriculture commerciale et la sylviculture, la production industrielle et minière, la conservation de l’environnement et le tourisme (Chenje, 2000).

Une étude sur les impacts potentiels des changements climatiques sur les ressources en eau douce de l’Afrique australe prévoit une réduction générale des précipitations, allant jusqu’à 10 pour cent dans l’ensemble de la sousrégion, et jusqu’à 20 pour cent dans certaines parties d’Afrique du Sud (WWF, 2000). Les taux d’évaporation vont progresser de 5 à 20 pour cent, suite à la hausse des températures, ce qui réduira les eaux de ruissellement et aboutira à une sécurité de l’eau et à un potentiel agricole moindres. Simultanément, on observera une augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations et des sécheresses (WWF, 2000). Outre la variabilité et le déclin à long terme des précipitations, le développement des ressources en eau est rendu complexe par la répartition inégale de la population—en particulier, par des densités de population élevées en zones arides. Les ressources annuelles moyennes en eau par habitant en Angola, par exemple, dépassent 14 000 m3/personne/an, tandis qu’en Afrique du Sud, chaque personne dispose d’à peine plus de 1 000 m3 par an (PNUD et al., 2000).

La dégradation de l’environnement concourt à la baisse de la disponibilité de l’eau, par la disparition de la végétation, et le bouleversement des microclimats et des cycles hydrologiques. Les peuplements denses de végétation d’origine étrangère en Afrique australe sont particulièrement perturbateurs à cet égard, car ils consomment des quantités d’eau beaucoup plus importantes que les espèces locales (Encadré 2e.8). Dans certaines zones de l’Afrique australe, jusqu’à 50 pour cent des zones humides ont fait l’objet d’une transformation et la zone humide de Caprivi (Namibie) a été réduite à presque 25 pour cent de sa superficie d’origine. Les raisons à cela sont multiples : drainage des zones humides pour le développement de l’agriculture ou d’infrastructures, réduction des débits, cours d’eau envahis par les herbes aquatiques, recours accru aux pesticides et surexploitation des roseaux, du bois et d’autres matériaux pour la construction, le tissage et l’artisanat (Chenje, 2000). Les zones humides jouent le rôle d’éponges, absorbant l’excédent d’eau en période de fortes précipitations et donc atténuant les effets des inondations. Afin de prévenir une dégradation supplémentaire de ces habitats essentiels, deux pays de la sous-région, l’Afrique du Sud et la Zambie, sont partie à la Convention de Ramsar de 1971 et ont défini chez eux certaines zones humides d'importance internationale. Accès à l’eau douce en Afrique australe Avec de telles pressions intenses et variées sur les écosystèmes, l’Afrique australe doit faire face à des difficultés sérieuses d’approvisionnement en eau, lesquelles sont exacerbées par la croissance démographique rapide, les taux élevés de croissance urbaine et les impératifs du développement économique et de l’équité sociale, induisant une hausse de la demande en eau à usage agricole, industriel et domestique.

Encadré 2e.8 Prolifération de la végétation d’origine étrangère et consommation d’eau en Afrique australe

La végétation d’origine étrangère représente un problème considérable dans de nombreuses régions de l’Afrique australe, notamment dans les zones riveraines. La jacinthe d’eau (Eichornia crassipes) envahit un grand nombre de plans d’eau en Afrique du Sud, au Swaziland, au Malawi et au Zimbabwe, et les espèces de bois exotiques, telles que le pin (Pinus sp.) l’acacia (Acacia sp.) et l’eucalyptus (Eucalyptus sp.) nécessitent davantage d’eau que les espèces indigènes, réduisant ainsi le ruissellement annuel moyen. Le Zimbabwe et l’Afrique du Sud ont lancé des programmes de contrôle biologique et chimique de la jacinthe d’eau, avec un certain succès jusqu’ici. Le programme Working for Water, inauguré en Afrique du Sud en 1995, est un programme de lutte contre les plantes d’origine étrangère à l’échelon national, qui se charge de la mise en place de capacités et crée des emplois et des revenus au sein des communautés les plus pauvres du pays. Le programme utilise des méthodes mécaniques, chimiques et biologiques de lutte et, au cours de l’année 2000, les équipes ont défriché 238 000ha et réhabilité 51 000 ha de terrain infesté par de la végétation d’origine étrangère. Cette année-là, les activités ont occupé 21 000 personnes.

Sources :MacDonald 1989 ; Chenje, 2000 ;MacDonald et Richardson, 1986 ; Global Water Partnership, 2000 ;Working for Water, 2000