AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

ILES DE L’OUEST DE L’OCEAN INDIEN

La disponibilité de l’eau douce dans les îles de l’ouest de l’océan Indien est une question prioritaire, pour les raisons suivantes : précipitations variables et ruissellement important, hausse de la consommation domestique, agricole et industrielle, et manque de capacité de stockage. La pollution d’origine multiple concourt à la disponibilité restreinte de l’eau pour l’usage humain et ajoute à la dégradation de l’environnement. Ainsi, la mise en œuvre des stratégies de GIRE est une priorité dans la sous-région.

DISPONIBILITE DE L’EAU DOUCE DANS LES ILES DE L’OUEST DE L’OCEAN INDIEN

L’accès à l’eau douce dans les îles de l’ouest de l’océan Indien est rendu difficile non seulement par la variabilité des précipitations, mais aussi par les disparités entre l’abondance de l’eau et la répartition démographique. Seule Madagascar dispose de ressources internes abondantes, avec un total de 337 km3/an (PNUD et al., 2000). Toutefois ces ressources sont inégalement réparties à travers le pays en raison de la configuration du terrain, et le développement médiocre des infrastructures signifie que de vastes segments de la population, notamment dans les zones rurales et côtières, n’ont pas accès à l’eau. L’île Maurice affiche seulement 2,21 km3/an, ou 1 970 m3/habitant/an, d’eau douce, ce qui est proche du seuil de stress hydrique de 1700 m3/habitant/an (PNUD, 1998). Cela pose un problème pour l’approvisionnement en eau dans les centres urbains.

Bien que le climat de l’ouest de l’océan Indien soit maritime et humide, la majeure partie des précipitations survient pendant quelques mois—de décembre à avril. Ainsi, un grand nombre d’îles connaissent des périodes de pénurie d’eau. La région sud de Madagascar est la partie la plus sèche des îles de l’ouest de l’océan Indien,
caractérisée par une sécheresse périodique (PNUE 1999b). En outre, les averses et les cyclones sont fréquents durant la mousson, et la majeure partie de l’eau se perd par ruissellement. Les Comores se définissent par une absence totale d’eaux de surface, en raison de la perméabilité élevée du sol (PNUE 1999b). Le déboisement et le défrichement sont intervenus dans toutes les îles, provoquant des taux élevés de ruissellement.

On trouve un grand nombre de fleuves (92 sur la seule île Maurice), des lacs naturels et d’origine humaine, et des ressources considérables en nappes phréatiques à Madagascar et à Maurice, malgré une évaluation ou une exploitation incomplète (PNUD et al. 2000, PNUE 1999b). Les zones humides constituent également des habitats importants sur l’ensemble des îles de la sous-région, offrant des aires de reproduction pour beaucoup d’oiseaux aquatiques. Cependant, celles-ci sont soumises à la pression de l’aménagement foncier, notamment sur les îles de petite taille, où le tourisme et la croissance démographique alimentent la demande en logements et en industries. Jusqu’ici, Madagascar a classé deux zones humides comme étant d’importance internationale dans le cadre de la Convention de Ramsar, et Maurice et la République des Comores ont toutes deux déclaré un site Ramsar.

Accès à l’eau douce dans les îles de l’ouest de l’océan Indien

Les données relatives aux ponctions totales annuelles ne sont pas disponibles pour les Comores ou les Seychelles, mais à Madagascar et à Maurice, les ponctions de l’ensemble des secteurs représentent une faible proportion des ressources annuelles renouvelables (6 et 16 pour cent respectivement) (PNUD et al. 2000, PNUE 1999b). Le secteur agricole est de loin le plus grand consommateur d’eau, soit 99 pour cent de toutes les ponctions à Madagascar et 77 pour cent à Maurice (PNUD et al. 2000, PNUE 1999b). Cela reflète l’importance de l’agriculture dans le développement économique et les moyens de subsistance et en particulier à Maurice, la production de canne à sucre dont les rendements figurent parmi les plus élevés au monde (FAOSTAT, 1995). La zone irriguée est passée de 12 000 ha en 1970 à 17 500 ha en 1995, dont la majeure partie est consacrée à la canne à sucre (FAOSTAT, 1995). Aux Seychelles, l’eau est utilisée pour irriguer les plantations d’orchidées, ainsi que les cultures alimentaires, en période de pénurie d’eau. La nappe phréatique est largement exploitée à cet effet, comme c’était le cas à Maurice jusqu’à ce que les coûts de pompage deviennent prohibitifs (FAOSTAT, 1995).Les détails de la consommation d’eau ne sont pas disponibles pour la sous-région. Toutefois, à Maurice, le second consommateur d’eau douce est le secteur domestique qui représente 16 pour cent de l’ensemble des ponctions (PNUE 1999b). Cela sert à soutenir principalement l’autre pilier de l’économie de Maurice à savoir le tourisme, soutenu par des investissements significatifs dans les infrastructures d’adduction d’eau. En conséquence, 100 pour cent de la population, à la fois en zone rurale et urbaine, a accès à l’eau courante et à un système d’assainissement de qualité (OMS/UNICEF, 2000). En comparaison, seulement 47 pour cent de la population de Madagascar jouit d’un accès à l’eau courante (bien que, en zones urbaines, les taux atteignent 85 pour cent), et 70 pour cent des populations urbaines et 30 pour cent des populations rurales disposent d’un système d’assainissement (OMS/UNICEF, 2000). Aux Comores, seulement 33 pour cent des individus bénéficient d’un système d’assainissement de qualité (PNUE/COI, 1997).

Avec la croissance démographique et l’expansion du tourisme et d’autres secteurs industriels, la demande en eau douce devrait progresser au cours des 25 prochaines années dans les Etats de l’ouest de l’océan Indien. Les rations par habitant sont en déclin à Maurice et devraient atteindre les niveaux de stress hydrique d’ici 2025 (Johns Hopkins, 1998). Aux Comores, on prévoit une chute des ressources annuelles en eau par personne à 760 m3, créant une situation de raréfaction de l’eau (PNUD, 1998). Aux Seychelles, les pénuries d’eau ont été si critiques en 1998 (dues en partie au phénomène El Niño–Oscillation australe) que les brasseries et les industries de conditionnement du poisson ont fait l’objet d’une fermeture temporaire (PNUE 1999b). L’impact sur l’économie locale a été tel que le gouvernement a depuismis en service une station de désalinisation de l’eau afin d’augmenter les ressources. Les fuites de canalisations trop vieilles ont en outre intensifié les problèmes d’approvisionnement actuel et à venir, représentant jusqu’à 50 pour cent des ponctions domestiques rien qu’à Maurice (Gouvernement de Maurice, 1994). La faible capacité de stockage des ménages et du système public aggrave la situation (Gouvernement de Maurice, 1994). Les périodes sèches et les sécheresses périodiques fréquentes à Maurice obligent au rationnement de l’eau au nord de l’île et accroissent le risque de contamination par infiltration des eaux de surface non traitées.

Les îles de l’ouest de l’océan Indien sont extrêmement vulnérables face aux changements climatiques, non seulement en termes de montée du niveau de la mer et du risque associé de recul des terres et de perte d’infrastructures, mais également en termes de réduction de la disponibilité de l’eau douce. L’inondation potentielle des aquifères souterrains pourrait exclure certaines options d’exploitation de ces ressources, tandis que les altérations des quantités et des régimes de répartition des précipitations, alliées aux variations de la température et de l’évaporation, sont également susceptibles de réduire la disponibilité des eaux de surface (GIEC, 2001).

Amélioration de la disponibilité et de l’accès à l’eau douce dans les îles de l’ouest de l’océan Indien

Ces conditions de pénurie et de difficulté d’approvisionnement en eau continuent à limiter le développement économique et social dans la sous-région par une restriction de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme et des moyens de subsistance, à moins d’un revirement radical de politique en vue de la GIRE. Les défis à relever sont les suivants : pénurie d’eau douce, amélioration de la gestion de l’eau douce, équilibrage des demandes contradictoires issues de la population, de l’agriculture et du tourisme. Actuellement, un cadre adéquat pour une politique intégrée fait défaut. La tarification de l’eau ne reflète pas le véritable coût de production et de distribution, et les frais financiers d’augmentation de l’offre. L’absence de préoccupation des industriels, des touristes et des résidents locaux quant à la préservation des ressources en eau exacerbe le problème (PNUE 1999b). Ainsi, la priorité est la gestion de la demande via la sensibilisation du public, l’éducation et des incitations économiques. Les réformes jusqu’ici à Maurice ont entraîné la diversification des cultures, au détriment de la canne à sucre fortement dépendante de l’irrigation, et la conversion à l’usage plus efficace de systèmes de goutte-à-goutte, de tourniquets, de lances d’arrosage et d’arroseurs. L’irrigation localisée à partir de petits bassins est encouragée, au lieu des grands barrages de retenue qui induisent des pertes plus élevées dues à l’évaporation (FAOSTAT, 1995).

Les Seychelles cherchent à accroître le produit de leurs cultures par une meilleure irrigation, mais également par le recours à l’hydroponique, une technique actuellement en cours de développement (FAOSTAT, 1995).