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| Autruche et flamants, lac Nakuru, Kenya M&C Denis-Huot/Still Pictures |
Une autre question écologique concernant les ressources en eau douce de l’Afrique orientale est la pollution d’origine domestique, agricole et industrielle. L’insuffisance d’infrastructures d’adduction d’eau et d’assainissement, et la surcharge des services municipaux, créent des situations où les eaux usées non traitées sont déversées directement dans les cours d’eau, notamment à proximité des habitats précaires. Par exemple, à Mombasa, le réseau domestique d’égouts a été conçu pour desservir environ 17 pour cent de la population actuelle. Les collecteurs pour les eaux usées domestiques comme pour les eaux de pluie sont situés à Kilindini et à Tudor Creeks, et les vidanges des fosses septiques et des latrines sont généralement évacuées à la décharge de Kibarani sur les côtes de Makupa Creek (PNUE, 1998).
Les mauvaises pratiques agricoles ajoutent à la pollution des sources d’eau douce de deux manières. D’abord, le recours croissant à des produits agrochimiques entraîne la pollution des eaux de surface et des nappes phréatiques, via le ruissellement. Ces produits chimiques provoquent l’eutrophication (par la hausse de la concentration en azote et en phosphore dans la masse d’eau), ou sont toxiques pour la flore et la faune. Les pratiques d’élevage non durables et le surpâturage augmentent le risque d’érosion du sol. Les concentrations accrues de sédiments dans les fleuves, à leur tour, contribuent à l’alluvionnement dans les bassins de retenue et les lacs, et à l’étouffement des habitats, de la flore et de la faune. Le lac Victoria, par exemple, est devenu sujet à des concentrations accrues d’azote et de phosphore provenant des plantations environnantes de thé et de café. Cela s’est traduit par la prolifération et la domination rapide de la jacinthe d’eau (Eichornia crassipes), formant des treillis denses, bloquant les voies de navigation et les moteurs des bateaux. Parmi les autres effets néfastes de ces herbes, citons la modification des environnements aquatiques et des zones humides par l’altération des concentrations de nutriments et d’oxygène dissous, ainsi que la réduction de la lumière pénétrant sous la surface du lac et le dégagement de toxines. Elles nuisent également à la qualité de l’eau potable et à usage domestique, et offre un habitat idéal pour les vecteurs de maladies, tels que les moustiques. Le programme de gestion de l’environnement du lac Victoria met en œuvre des moyens biologiques, chimiques et mécaniques de lutte contre la prolifération de cette herbe, et le centre d’innovation de Kisumu (KICK, Kisumu Innovation Centre- Kenya) a commencé à commercialiser un certain nombre d’objets artisanaux réalisés à partir de cette herbe (Olal, Muchilwa et Woomer, 2001).
| En 2001, le lac Nakuru et le lac Bogoria au Kenya ont connu un nombre élevé de décès chez les flamants roses qui font la renommée de ces lacs. La pollution par les métaux lourds est suspectée d’en être la cause principale, en raison de la contamination des lacs par les eaux usées, les effluents industriels et les organochlorés, présents dans les eaux de ruissellement agricole |
En 2001, le lac Nakuru et le lac Bogoria au Kenya ont connu un nombre élevé de décès chez les flamants roses qui font la renommée de ces lacs. La pollution par les métaux lourds est suspectée d’en être la cause principale, en raison de la contamination des lacs par les eaux usées, les effluents industriels et les organochlorés, présents dans les eaux de ruissellement agricole (Environment News Service, 2001). Les sites industriels, notamment dans les centres urbains et le long de la côte, disposent d’installations de traitement des eaux usées inadaptées ou onéreuses de sorte que, le déversement direct des effluents dans les fleuves et les estuaires est courant. Le niveau croissant d’industrialisation dans l’agglomération de Mombasa, par exemple, est extrêmement préoccupant à cause de l’évacuation des effluents. Des composés organiques complexes et des métaux lourds peuvent être présents dans les effluents et les liquides répandus par les entreprises commerciales et les usines textiles, situées le long de la côte et des rives des criques de Mombasa, Kilindini, et Port Reitz (Mwangi et Munga, 1997). Une baisse de la qualité de l’eau douce impose des contraintes encore plus grandes aux programmes d’approvisionnement en eau. Elle limite également l’usage industriel, domestique et agricole de l’eau et favorise la fréquence de maladies d’origine hydrique.
Parmi les interventions visant à améliorer la qualité de l’eau et à atténuer les effets sur l’environnement de la mauvaise qualité de l’eau, on note la promulgation par plusieurs pays d’Afrique orientale de normes sur la qualité de l’eau et la mise en place de contrôles des effluents. Un plan d’action sur l’eau établissant un cadre pour la protection et le développement des ressources en eau en Ouganda, a été élaboré en 1994, sur la base des principes directeurs de la GIRE institués lors de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED) en 1992. La loi sur l’eau (Water Statute) de l’Ouganda, comportant
un grand nombre de recommandations issues du plan d’action sur l’eau (Water Action Plan), a été adoptée en 1995, et des réglementations relatives au contrôle des ressources en eau, aux réseaux d’adduction d’eau et du système d’assainissement et au déversement des eaux usées ont été édictées en 1998. Un projet de Politique Nationale sur l’eau est actuellement en cours de révision avant soumission au gouvernement ougandais en vue d’obtenir son accord (NEMA, 1999). La réhabilitation des zones humides est également en cours, afin d’améliorer la qualité de l’eau et les fonctions écologiques (Encadré 2e.6).| Encadré 2e.6 Réhabilitation des zones humides en Ouganda | |
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| Source: NEMA 1999 |
Le secteur de l’adduction d’eau et de l’assainissement en Ethiopie révèle une participation encourageante des communautés, par exemple, via la contribution des bénéficiaires au développement et à l’élaboration de programmes d’approvisionnement en eau et de systèmes d’assainissement (OMS/UNICEF, 2000). Dans le cadre de l’initiative Afrique 2000, lancée en 1996, une étude sur les options des systèmes de latrines à faible coût a été menée en 1997 et une étude sur l’impact des maladies d’origine hydrique et sanitaire est quasiment achevée. Plusieurs formateurs en éducation sanitaire ont terminé leur apprentissage et prennent leurs fonctions.
Le gouvernement du Kenya a formulé une politique globale sur l’approvisionnement, la demande et la gestion de l’eau, approuvée en 2001. Cette politique ébauche des méthodes visant à optimiser l’adduction d’eau, des méthodes de réglementation et de tarification et des moyens de favoriser la participation d’autres parties prenantes.