AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE ORIENTALE

L’Afrique orientale connaît une variabilité élevée des précipitations dans le temps et l’espace, avec de fréquents épisodes d’inondation et de sécheresse. Il existe également une rivalité pour l’accès aux ressources en eau entre les groupes d’utilisateurs et entre les pays. Certains pays sont non seulement dépendants de l’eau douce pour la consommation domestique, agricole et industrielle, mais également pour l’hydroélectricité. L’access à l’eau douce et sa présence sont donc des questions prioritaires pour la sous-région. Des inquiétudes ont été exprimées ces dernières années quant au déclin de la qualité de l’eau et, en particulier, à l’envahissement du lac Victoria par les jacinthes d’eau (Eichornia crassipes).

DISPONIBILITE DE L’EAU DOUCE EN AFRIQUE ORIENTALE

Dans l’ensemble, l’Afrique orientale est plutôt bien dotée en eau douce, avec un total de ressources moyennes renouvelables en eau s’élevant à 187 km3/an (PNUD et al., 2000). L’Ouganda en possède la plus grande part, avec 39 km3/an (1 791 m3/habitant/an), tandis que l’Erythrée dispose de la plus modeste, avec 2,8 km3/an (données sur les ressources par habitant non disponibles) (PNUD et al., 2000). La quantité et la répartition des précipitations varient au sein de l’Afrique orientale, avec des moyennes annuelles comprises entre 147 mm pour Djibouti et plus de 1 000 mm pour l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi (FAOSTAT, 2000). Les variations au cours de l’année sont également élevées : 50 à 300 mm pour Djibouti, 250 à 700 mm pour la Somalie, 750 à 2000 mm pour l’Ouganda et 100 à 2 400 mm pour l’Ethiopie (FAOSTAT, 2000). Ces variations au cours de
l’année déterminent, dans une certaine mesure, la disponibilité de l’eau. Par exemple, plus de 75 pour cent des précipitations en Ethiopie interviennent lors d’averses intenses sur une période de 3 à 4 mois, alors que les conditions météorologiques sont relativement sèches le reste de l’année (Ministère des Ressources en Eau, 1998). L’intensité de ces pluies et le manque de couverture végétale font que la majeure partie des précipitations se perd sous forme de ruissellement ou d’évaporation, avec seulement un faible pourcentage disponible pour régénérer les aquifères souterrains. Les eaux de surface dominent donc les ressources en eau douce en Afrique orientale (les ressources des nappes phréatiques de l’Ethiopie et de l’Erythrée, par exemple,
ne représentent que 2,6 km3 des ressources totales de ces pays) (FAOSTAT, 1996). Les ressources des eaux de surface sont aussi importantes pour la production électrique (Encadré 2e.4).

Encadré 2e.4 Développement de l’hydroélectricité en Afrique orientale
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T. de Salis/Still Pictures
Le barrage d’accumulation le plus grand au monde est celui des chutes d’Owen, sur le Nil en Ouganda. La centrale hydroélectrique d’une capacité de 162 mégawatts (MW) située sur le barrage répond à la majeure partie des besoins en électricité de l’Ouganda et exporte 30 MW chaque année vers le Kenya. En 1999, toutefois, la demande domestique croissante en Ouganda s’est traduite par une chute de l’approvisionnement du Kenya. Les propres centrales hydrauliques du Kenya fournissent 78 pour cent de l’électricité du pays (670 MW en 1999). Le potentiel hydroélectrique de l’Ethiopie est estimé compris entre 15 000 et 30 000 MW, bien que moins de 2 pour cent ait été exploité en 1993, et que 90 pour cent de toute l’énergie consommée provient de la biomasse. Avec une telle dépendance vis-à-vis de l’hydroélectricité, les pays d’Afrique orientale sont vulnérables face aux pénuries de courant en période de faibles précipitations, comme en 1999 et en 2000 au Kenya et en Ethiopie. Cela, à son tour, induit un effet négatif sur l’économie, conséquence des pertes observées dans la productivité industrielle, les activités commerciales et les réseaux de transport et de communication. Le gouvernement du Kenya cherche à promouvoir le développement de centrales électriques diesel et géothermiques.

Source: Bermudez 1999, Hailu 1998

 

Les ponctions annuelles en eau douce ne représentent qu’une faible part du total disponible, allant de moins de 3 pour cent des ressources totales existantes au Burundi à 12 pour cent au Rwanda

Les pays les plus secs de la Corne de l’Afrique (Ethiopie, Erythrée et Somalie) connaissent fréquemment la sécheresse et ont été dévastés par la famine induite par la sécheresse à plusieurs reprises au cours des 30 dernières années. La source d’eau douce la plus importante en Afrique orientale est le lac Victoria, le deuxième lac du monde. Le lac Victoria fournit directement de l’eau douce aux populations d’Ouganda, du Kenya et de Tanzanie et, via le Nil, au Soudan et à l’Egypte. C’est également le moyen de subsistance de millions de personnes vivant autour du lac, leur apportant poissons, eau d’irrigation, tourisme et loisirs, moyens de communication et de transport. Les autres principaux lacs de l’Afrique orientale sont les suivants : lac Tanganyika en Tanzanie, lac Edward, lac George, lac Kyoga et lac Albert en Ouganda, lac Turkana au Kenya et onze lacs d’eau douce en Ethiopie.

Les ponctions annuelles en eau douce ne représentent qu’une faible part du total disponible, allant de moins de 3 pour cent des ressources totales existantes au Burundi à 12 pour cent au Rwanda (PNUD, 2000). Toutefois, la variabilité des précipitations aboutit à des cas fréquents de pénurie d’eau et, dans ces moments, la demande excède l’offre. Le répartition des établissements humains influence également, et est influencé par la disponibilité de l’eau douce. Par exemple, au Kenya, seulement 33 pour cent de la zone cultivée disposent de ressources en eau suffisantes et fiables, mais cette région constitue l’habitat de 70 pour cent de la population.

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Figure 2e.7 Consommation d’eau par secteur en Afrique orientale, 1900–2025

Source: Shiklomanov 1999

Etant donné la croissance démographique rapide en Afrique orientale, la demande en eau douce est déjà source de problèmes. La Figure 2e.7 montre la consommation par secteur actuelle et à venir en Afrique orientale. La demande en eau douce dans le secteur domestique progresse en raison de l’utilisation croissante de l’eau par personne. En 1980, la consommation d’eau urbaine par habitant en Ouganda était de 90 litres/jour ; ce chiffre était censé quasiment doubler d’ici l’an 2000 (NEMA, 1999). L’Afrique orientale possède une population non négligeable de bergers. Un des principaux problèmes pour l’environnement associés au pastoralisme est la surcharge de bétail, conduisant à l’épuisement des sources d’eau potable et à la dégradation de la végétation. Actuellement, la demande en eau douce pour le bétail en Ouganda est estimée à 81 millions de m3/an, et devrait passer à 233 millions de m3/an d’ici 2010 (NEMA, 1999). Aggravée par la demande en hausse du secteur domestique, cette tendance posera des difficultés énormes aux services d’approvisionnement en eau et de gestion des ressources en eau. En outre, davantage de terres sont mises en culture dans un grand nombre de pays, dans le cadre de stratégies visant à accroître la production et la sécurité alimentaires. Les terres potentiellement irrigables en Ethiopie représentent 3,7 millions d’ha, dont seulement 160 000 ha mis en œuvre à cet effet (Ministère des Ressources en Eau, 1998). L’Ethiopie envisage d’étendre les activités d’irrigation aux vallées des fleuves Shebelle et Genale, certains des programmes d’irrigation incitant à la diversion des cours d’eau. Cela pourrait avoir des effets négatifs sur les consommateurs d’eau en aval, perturber les systèmes hydrologiques et nuire à la santé de l’écosystème aquatique.

Le GIEC prévoit une diminution des précipitations dans les zones déjà arides de la Corne de l’Afrique et une expansion de la sécheresse et de la désertification (GIEC, 2001). En raison de la raréfaction de l’eau douce de surface, les aquifères souterrains sont exploités. Les zones humides sont également mises à contribution pour procurer de l’eau aux humains et au bétail, et comme zones supplémentaires de culture et de pâturage. Cette pratique modifie les cycles hydrologiques, et rend les environs plus inondables.

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Vue de l’extrémité sud du lac Turkana au Kenya

Frants Hartmann/FLPA