AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE DU NORD

La sous-région d’Afrique du Nord est dominée par des conditions arides et des déserts étendus, à l’exception de parties du sud du Soudan et d’une bande étroite et intermittente le long de la côte méditerranéenne, où le climat est plus humide. Le principal sujet de préoccupation est donc la disponibilité de l’eau douce pour la consommation domestique, agricole et industrielle. Bien que la plupart des gens aient accès aux ressources en eau, en raison du niveau élevé du développement des infrastructures, la gestion de la demande et la GIRE représentent les priorités pour un approvisionnement plus adapté et plus équitable. La qualité de l’eau est un problème émergent, notamment à cause de la salinisation due aux mauvaises méthodes d’irrigation et la pollution provenant de l’évacuation des eaux usées industrielles et domestiques.

DISPONIBILITE DE L’EAU DOUCE EN AFRIQUE DU NORD

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Figure 2e.5 Carte de l’aquifère gréseux dans le bassin nubien

Source: CEDARE

Le total des précipitations annuelles moyennes en Afrique du Nord est estimé à 1 503 km3/an, équivalant à 7 pour cent des précipitations totales en Afrique (FAO, 1995). La répartition de ces précipitations varie considérablement, avec presque 75 pour cent au Soudan (la moyenne est de 436 mm/an, mais cela évolue entre 20 mm/an au nord à plus de 1 600 mm/an au sud) et juste 3 pour cent en Egypte (environ 18 mm/an) (FAO, 1995). Seulement 5,6 pour cent des précipitations servent au renouvellement de l’écoulement et à la reconstitution des aquifères souterrains peu profonds. Le reste se perd surtout par évaporation, transpiration et infiltration. La disponibilité en eau par habitant varie entre 26 m3/an en Egypte à 1 058 m3/an au Maroc (PNUD et al., 2000).

D’autres disparités sont évidentes lorsqu’on compare les pays d’Afrique du Nord à ceux de l’Afrique subsaharienne. Le total des ressources en eau internes et renouvelables en Afrique du Nord représente 2,5 pour cent du total africain, mais les ponctions de l’Afrique du Nord se montent à 46 pour cent du total des ponctions en Afrique. Cette disparité reflète partiellement les conditions climatiques rudes et indique en partie un degré élevé de développement des ressources en eau. C’est l’efficacité de tels programmes de gestion, et la forte dépendance vis-à-vis des ressources transfrontières, qui a facilité la croissance démographique et économique de la sous-région.

Les nappes phréatiques renouvelables se présentent sous la forme d’aquifères alluviaux peu profonds, régénérés par les principaux fleuves (par exemple, l’aquifère alluvial situé sous le delta du Nil en Egypte) ou par les précipitations (le long de la côte méditerranéenne africaine). Dans le désert du Sahara, les ressources majeures en eau consistent en l’aquifère des grès de Nubie et l’aquifère non renouvelable de l’Intercalaire Continental, qui s’étend de l’Egypte à la Mauritanie. Les taux annuels de prélèvements dans les nappes phréatiques dans la sous-région sont de 407 pour cent du taux de renouvellement en Egypte, et de 560 pour cent en Libye (PNUD et al., 2000). L’exploitation des ressources des nappes phréatiques au cours des dix dernières années a conduit à une réduction des taux de pression de l’eau à l’oasis du désert occidental. L’extraction excessive de l’aquifère peu profond du delta s’est traduite par une salinisation accrue de l’eau et par une avancée intérieure rapide de la zone intermédiaire d’eau saline.

L’aquifère des grès de Nubie représente une ressource fossile colossale en eau, située dans le désert du Sahara oriental au nord-est de l’Afrique (Figure 2e.5). Il est réparti entre quatre pays (Tchad, Egypte, Libye et Soudan) et contient un volume estimé de 150 000 km3 de nappes phréatiques (CEDRAE, 2000). L’extraction actuelle totale à partir de l’aquifère des grès de Nubie est évaluée à 1 500 millions de m3/an. Le Centre pour l’environnement et le développement pour la région arabe et l’Europe (CEDRAE) met au point une stratégie régionale visant à l’utilisation durable de l’aquifère qui devrait être adoptée par les quatre pays en question. Cette stratégie envisagera la viabilité des ressources, ainsi que la dimension du développement dans chaque pays, en se fondant sur les besoins actuels et à venir.

Le réchauffement de la planète et les changements climatiques régionaux representent une menace supplémentaire possible pour les ressources en eau douce, déjà rares en Afrique du Nord. Le bassin du Nil affiche un indice faible d’efficacité du ruissellement et un indice de sécheresse élevé, ce qui le rend extrêmement vulnérable face aux changements climatiques (GIEC, 1998). Le ruissellement est susceptible de diminuer avec le réchauffement de la planète, même si les précipitations augmentent, car les taux d’évaporation sont très élevés. Les scénarios pour l’avenir varient entre une hausse de 30 pour cent et une baisse de 78 pour cent de l’écoulement fluvial (GIEC, 1998), présentant des défis encore plus importants à la coopération internationale en matière de gestion des ressources en eau. L’Afrique du Nord est déjà fréquemment touchée par des cycles de sécheresses et d’inondations, et avec les changements climatiques, ces cycles sont appelés à s’intensifier. Dans les zones sèches, qui dominent la majeure partie de la sous-région, la croissance démographique repoussera les populations vers les terres à faible rendement, très vulnérables à la désertification, aggravant ainsi l’impact des changements climatiques.