AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

L’ACCES AUX RESSOURCES EN EAU DOUCE

Le faible investissement dans le système d’approvisionnement et la maintenance des infrastructures, la demande croissante venue de l’ensemble des secteurs et les politiques inéquitables relatives à l’accès ont aggravé la situation, ce qui aboutit à un accès très imparfait aux ressources en eau.

On observe déjà des difficultés d’approvisionnement en eau (moins de 1 700 m3/habitant/an) ou une pénurie d’eau (moins de 1 000 m3/habitant/an) dans 14 des 53 pays africains (WRI, 2000). La demande élevée en eau entraîne des pratiques non durables, et une concurrence pour s’approprier les ressources en eau entre les secteurs, les communautés et les nations. A l’occasion, elle a été la cause de relations tendues et d’hostilité. Par exemple, en Libye, les ponctions annuelles dans les nappes phréatiques équivalent à plus de 500 fois le taux de renouvellement (PNUD et al., 2000). En Egypte, 90 pour cent de l’ensemble des ressources en eau douce proviennent du Nil et, puisqu’il s’agit d’un cours d’eau partagé par neuf autres nations, assurer l’accès et les droits d’usage s’est avéré une source de contentieux.

Avec de telles ressources en eau limitées, variables ou inégalement réparties en Afrique, il n’est pas surprenant que l’accès à l’eau soit un facteur majeur du développement social et économique. Au cours des 30 dernières années, la réaction a consisté à construire des bassins de retenue ou à modifier le tracé de grands fleuves afin de fournir de l’eau pour l’usage agricole, domestique et industriel, ainsi que pour l’hydroélectricité (Encadré 2e.2). Le faible investissement dans le système d’approvisionnement et la maintenance des infrastructures, la demande croissante venue de l’ensemble des secteurs et les politiques inéquitables relatives à l’accès ont aggravé la situation, ce qui aboutit à un accès très imparfait aux ressources en eau.

Encadré 2e.2 Les grands bassins de retenue en Afrique

Il existe plus de 1 200 bassins de retenue en Afrique, dont plus de 60 pour cent en Afrique du Sud (539) et au Zimbabwe (213). La plupart d’entre eux ont été construits au cours des 30 dernières années, ce qui coïncide avec la hausse de la demande en eau de la part de populations qui ne cessent d’augmenter. La majorité écrasante des bassins de retenue en Afrique a été érigée afin de faciliter l’irrigation (52 pour cent) et de fournir de l’eau aux communautés (20 pour cent), bien que presque 20 pour cent des bassins soient multifonctions. Même si 6 pour cent seulement des bassins de retenue ont été d’abord construits pour la production d’électricité, l’énergie hydroélectrique représente plus de 80 pour cent de la production électrique totale de 18 pays africains, et plus de 50 pour cent dans 25 pays. Seulement 1 pour cent des bassins de retenue africains ont été bâtis afin de limiter les inondations. Outre les avantages et les services procurés, les bassins de retenue ont eu toutefois plusieurs effets négatifs : déplacement de populations à grande échelle, modification des schémas d’érosion et d’inondation, perte de terres, par inondation, perte de revenu des pêcheries en aval et changements des taux de sédimentation. Ces questions écologiques et sociales—alliées aux pressions supplémentaires exercées sur les ressources en eau, qui sont prévisibles dans une grande partie de l’Afrique suite à la croissance démographique et aux changements climatiques mondiaux—modifient les attitudes vis-à-vis des grands bassins de retenue. La construction de bassins plus modestes et le développement de micro-centrales hydroélectriques sont envisagés comme moyens plus durables d’approvisionnement en eau et en électricité.

Source:World Commission on Dams 2001

Comme l’indique la figure 2e.3, l’utilisateur principal des ressources en eau douce est le secteur agricole, qui représentait 63 pour cent de l’ensemble des prélèvements en Afrique en 1995 (Shiklomanov, 1999) et qui irrigue plus de 12 millions d’hectares (ha) de terres arables (FAOSTAT, 2001). Les pays les plus arides d’Afrique du Nord et d’Afrique australe étant toutefois davantage dépendants de l’irrigation que ceux de l’Afrique occidentale et centrale, l’eau destinée à l’irrigation est une priorité absolue pour le développement économique et la stabilité. Cependant, peu de pays peuvent se permettre l’investissement financier dans des systèmes efficaces d’irrigation et les pertes hydriques dues aux fuites de canalisations et à l’évaporation atteignent 50 pour cent dans la seule Afrique du Sud (Partenariat mondial pour l’eau, 2000). Les exceptions notables sont Maurice et les pays d’Afrique du Nord, où des systèmes d’irrigation au goutte-à-goutte sont en place et où les canalisations défectueuses font l’objet d’un remplacement. Au vu de la croissance démographique et des modes de consommation, la demande en produits alimentaires est à la hausse en Afrique, et les prélèvements d’eau douce pour l’agriculture vont augmenter de plus de 30 pour cent au cours des 20 prochaines années (Shiklomanov, 1999).

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Figure 2e.3 Consommation d’eau par secteur en Afrique, 1990–2025

Source : Shiklomanov, 1999

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Figure 2e.4 Couverture de l’approvisionnement en eau
en Afrique, 2000

Source:WHO/UNICEF 2000

Comparés au secteur agricole, les ménages africains consomment peu d’eau. Toutefois, l’usage domestique a également progressé au cours des 30 dernières années, tendance qui devrait se pour suivre (Figure 2e.3). En 1950, le secteur domestique représentait moins de 3 pour cent de l’ensemble des ponctions en eau, mais ce chiffre est passé à 4,4 pour cent en 1995, et on table sur 6 pour cent de toutes les ponctions d’ici 2025 (Shiklomanov, 1999). Il est important de noter, cependant, que seulement 62 pour cent de la population africaine bénéficie en 2000 de l’eau courante de sources municipales (OMS/UNICEF, 2000). Ainsi, les prélèvements réels destinés à la consommation domestique sont plus élevés que le taux estimé des prélèvements municipaux. Comparé à la consommation domestique dans d’autres régions du monde, le secteur domestique en Afrique est un utilisateur d’eau modéré. Par exemple, en Europe, le secteur domestique représente 13 pour cent de l’ensemble de prélèvements, plus du double de celui de l’Afrique (Hinrichsen, Robey et Upadhyay, 1997). L’usage par habitant en Afrique (en moyenne 47 litres/ personne/jour) est aussi largement inférieur à celui des autres pays (85 litres/ personne/jour en Asie, 334 litres/ personne/jour au Royaume-Uni et 578 litres/ personne/jour aux Etats-Unis) (Hinrichsen et al., 1997).

Il existe de grandes différences en matière d’accès à l’eau entre les pays, entre les zones urbaines et rurales, et entre les groupes de population. L’insuffisance de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, notamment les conditions de vie déplorables des habitats précaires urbains, accroît le risque de maladies et d’infections d’origine hydrique. Les infections diarrhéiques sont particulièrement répandues chez les enfants et constituent une cause majeure de décès qui pourrait être évitée.

La consommation varie également, ainsi que l’accès à l’eau. Généralement, plus l’accès est facile, plus la consommation est importante. En revanche, les individus qui passent une grande partie de la journée à aller chercher et à transporter de l’eau sont plus modérés dans leur usage. Une étude effectuée en Afrique orientale, par exemple, a révélé que les habitants des villes utilisent davantage d’eau que les ménages ruraux et que les foyers bénéficiant de l’eau courante consomment trois fois plus que ceux qui en sont dépourvus (IIED, 2000). En Afrique du Sud, des disparités extrêmes existent dans la consommation d’eau entre les divers groupes de population, les résidents d’habitats urbains précaires utilisant moins de 50 litres/personne/jour, contre 750 litres/personne/jour pour ceux des banlieues de classe moyenne ou élevée—soit treize fois plus (Napier, 2000). Les pertes issues des systèmes domestiques de distribution d’eau sont également responsables d’un gaspillage significatif, atteignant par exemple 50 pour cent de la consommation domestique dans le cas de Maurice (Gouvernement de Maurice, 1994).