AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

COUVERT FORESTIER ET QUALITÉ DES FORÊTS EN AFRIQUE CENTRALE

Avec des ressources d’une telle valeur potentielle et des niveaux de développement économique et social aussi bas dans les pays qui la composent, il n’est pas surprenant que l’Afrique centrale exploite ses ressources forestières et connaisse une déforestation à grande échelle. De 1990 à 2000, 9 millions d’hectares de forêts au total ont été déboisés, soit 4 pour cent de la superficie totale. Les taux de déforestation annuels les plus élevés ont été enregistrés au Cameroun (0,9 pour cent), au Tchad et en Guinée équatoriale (0,6 pour cent chacun), alors que le Gabon et São Tomé et Príncipe connaissaient des taux négligeables (FAO, 2001a). Les causes principales de la déforestation sont l’exploitation forestière à des fins commerciales (y compris l’exploitation illégale), le déboisement à des fins d’agriculture commerciale et de subsistance, et la collecte de bois de chauffage. L’amélioration de l’accès aux zones forestières, grâce aux routes tracées pour le passage des grumiers, non seulement provoque une fragmentation des forêts, mais facilite également l’exploitation par les communautés locales et la réinstallation de réfugiés qui finissent par provoquer des feux irréprimés, du fait de leurs diverses activités de subsistance. Des zones auparavant inaccessibles sont désormais ouvertes aux braconniers et aux chasseurs dont les activités menacent la flore et la faune sauvage.

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Figure 2d.7 Concessions d’exploitation forestière au Cameroun,
1971 et 1995

Source:WRI 2001

L’exploitation forestière à des fins commerciales et les taux d’exploitation non durables pratiqués par de nombreuses entreprises sont, de loin, le plus grand danger qui menace les forêts de la sous-région Au seul Cameroun, le nombre d’exploitations forestières immatriculées a plus que quadruplé, passant de 106 en 1980 à 479 en 1998 (Figure 2d.7) (WRI, 2001). En outre la faible réglementation protectrice et le manque d’application des lois ont entraîné un grand nombre d’infractions en termes d’abattage et les concessions forestières encerclent désormais des zones protégées comme la réserve forestière de Dja, qui figure sur la Liste du patrimoine mondial. Parmi les infractions aux réglementations forestières commises dans les concessions figurent l’abattage d’espèces incorrectes, d’espèces protégées et d’arbres trop petits. L’abattage non autorisé et l’abattage effectué dans des zones protégées ont également été constatés au Cameroun (WRI, 2001). Il est essentiel d’encourager les scieries au niveau local et le recrutement de travailleurs spécialisés de la région, dans le cadre de la promotion d’efforts de protection conjoints.

Le déboisement des forêts dû à la collecte de bois de chauffage et au passage à une utilisation agricole représentent d’autres causes de perte et de dégradation des forêts en Afrique centrale. Ces pressions risquent fort de s’accentuer au cours des 20 à 30 prochaines années, du fait de la forte croissance démographique, d’un piètre développement social, du peu d’opportunités d’emploi, des faibles revenus et de l’absence d’autres sources d’énergie abordables.

Les impacts de ces diverses pressions sur les forêts de la sous-région sont à la fois positifs et négatifs. Parmi les impacts positifs figurent la création d’emplois dans le secteur forestier, les impôts et autres sources de revenus. Ces activités ont entraîné un accroissement des échanges monétaires, le développement d’une infrastructure routière pour faciliter le transport et la commercialisation des produits locaux, et donc l’amélioration des conditions de vie des populations locales. En revanche, les méthodes d’exploitation

utilisées et l’échelle à laquelle cette exploitation est pratiquée dépassent la capacité de régénération naturelle des forêts. En outre, les impacts néfastes du tassement du sol et de la pollution chimique sur le rythme de régénération naturel pourraient être considérables. L’exploitation forestière à des fins commerciales provoque dans le couvert forestier des trouées qui modifient le microclimat et, en conséquence, la composition des espèces. Dans les forêts au couvert serré, les taux de régénération sont suffisamment élevés pour refermer ces trouées relativement vite. Cependant, dans les zones plus sèches d’Afrique centrale, où la savane est la forme de végétation ligneuse prédominante, les arbres mettent beaucoup plus longtemps à repousser et leur abattage a donc des conséquences plus importantes sur l’écosystème. La perte d’habitat forestier entraîne également une perte de la biodiversité, d’où une diminution des opportunités d’exploitation à des fins commerciales, agricoles ou pharmaceutiques. Parmi les autres impacts néfastes de la dégradation des forêts figurent la dégradation des sols et une diminution de la productivité dans le secteur agroforestier, la susceptibilité aux invasions par des organismes étrangers et le bouleversement des systèmes hydrologiques. Les communautés locales souffrent du fait d’avoir à aller de plus en plus loin pour collecter des ressources naturelles, comme le bois de chauffage.