L’Afrique australe connaît le plus haut taux de croissance démographique au monde et se retrouve confrontée au défi de devoir augmenter ses ressources alimentaires de 3 pour cent par an. A ce jour, ce défi a été relevé par des améliorations de la production agricole et par la transformation de vastes superficies de zones boisées en terres agricoles. En conséquence, le taux de déforestation de la sous-région est de plus en plus élevé, principalement du fait des activités humaines. Au cours des 10 dernières années, les taux de déforestation allaient de 2,4 pour cent par an au Malawi à 0,1 pour cent en Afrique du Sud, alors qu’au Swaziland on a pu constater un taux d’accroissement net des forêts de 1,2 pour cent par an (FAO, 2001a). La collecte de bois de chauffage et l’abattage d’arbres pour en faire du charbon de bois représentent une autre des principales raisons de la déforestation dans la sous-région (Chenje, 2000). Les études réalisées font apparaître une augmentation des besoins en énergie produite par le bois, que ce soit dans les zones rurales ou les zones urbaines. On estime que ces besoins doubleront pratiquement au cours des 30 années à venir, du fait de la croissance démographique et des conditions économiques (FAO, 2001b). Dans certaines zones urbaines, par exemple, la pauvreté croissante force une grande partie de la population à se tourner vers le bois de chauffage et le charbon de bois pour satisfaire à ses besoins en énergie domestique, étant donné leur faible coût et le fait que le bois de chauffage peut être ramassé et non acheté (Banque mondiale, 1996). Dans certains pays, en particulier ceux où l’utilisation du charbon de bois est répandue (Angola, Mozambique, Tanzanie et Zambie), le commerce de celui-ci représente une importante source de revenus pour certains ménages, ce qui contribue au taux de collecte de bois et à la déforestation. En Zambie, par exemple, plus de la moitié du bois de chauffage du pays est transformé en charbon de bois, ce qui entraîne l’abattage de 430 km2 de zones boisées chaque année pour produire plus de 100 000 tonnes de charbon de bois (Chenje, 2000). L’exploitation forestière à des fins commerciales est une autre cause de la déforestation et, dans certains cas, les réfugiés fuyant les conflits de l’Angola et du Mozambique se sont réinstallés dans des zones boisées, d’où un déboisement accru.
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| Forêt de baobabs, Madagascar PNUE |
L’exploitation sélective d’espèces forestières augmente les pressions subies par les ressources des forêts et zones boisées, et risque de dégrader les habitats, de réduire la biodiversité et de détériorer les fonctions de l’écosystème, comme la régulation de la qualité de l’eau et des sols, malgré l’absence de déboisement total. L’exploitation commerciale de plantes médicinales en provenance des forêts et zones boisées représente un élément important de la déforestation sélective et entraîne la disparition localisée de certaines espèces végétales. La commercialisation de certaines formes d’artisanat, comme la vannerie, provoque également la disparition de certaines espèces végétales. Un autre problème inquiétant réside dans le fait que des espèces introduites dans le cadre de plantations forestières envahissent rapidement les écosystèmes de prairie, où elles utilisent de grandes quantités d’eau, troublent le fonctionnement des écosystèmes et réduisent la biodiversité. La récolte sélective entraîne des modifications de la biodiversité et une abondance relative d’espèces différentes, tout en modifiant le microclimat, le climat planétaire, les cycles des substances nutritives et les régimes hydrologiques.
La réduction du couvert forestier et de la qualité des forêts entraîne une accélération de l’érosion des sols, de la sédimentation et de l’alluvionnement, ainsi que des crues dues à l’alluvionnement dans des zones éloignées des zones soumises à la déforestation. L’érosion des sols est probablement le facteur le plus important du déclin de la productivité agricole. Les communautés rurales, dont la survie dépend d’une agriculture à petite échelle et des ressources naturelles, sont celles qui en souffrent le plus.
Parmi les autres conséquences de la perte ou de la dégradation des forêts et zones boisées figure la perte de ressources d’exploitation future, locale ou commerciale, en termes d’agriculture, de produits pharmaceutiques ou d’artisanat.On estime qu’en Tanzanie, entre 300 000 et 400 000 hectares de forêts de prairie naturelles et d’espèces végétales possédant une valeur médicinale seront détruits chaque année. La Tanzanie possède la plus grande population de bétail ruminant d’Afrique, appartenant en grande majorité à des pasteurs, et il est évident que cette perte de ressources pour la santé et le bien-être du bétail (et donc des propriétaires) aura des conséquences de plus en plus graves dans un proche avenir (Ole Lengisugi et Mziray, 1996).
La plupart des forêts d’Afrique australe sont soit étatisées
soit privatisées, les droits de propriété des communautés
locales n’étant que faiblement soutenus par la législation
(Alden Wily, 2000). Le manque d’implication des communautés locales
et de partage des bénéfices tangibles a entraîné
une dissociation vis-à-vis des forêts, et les a même transformées
en co-exploiteurs et co-destructeurs de leurs propres forêts. Une gouvernance
plus démocratique et un accroissement rapide de la sensibilisation environnementale
ont permis de promouvoir une participation des communautés à la
gestion forestière, ainsi qu’à une réforme foncière,
et cette approche est de mieux en mieux accueillie comme solution durable de
gestion des ressources naturelles et de génération de revenus.
En Tanzanie, par exemple, une loi foncière (Land Act) établit
clairement que les réserves forestières peuvent appartenir à
l’Etat, à des sociétés privées ou à
des communautés et la législation sud-africaine prévoit
également que les forêts protégées peuvent être
propriété des communautés. Le Malawi encourage les actions
entreprises par les communautés locales (Encadré
2d.6) et une législation récemment adoptée dans le
pays reconnaît les droits de propriété traditionnels sous
la forme de zones forestières villageoises (Village Forest Areas). Des
comités mixtes de gestion en Zambie, des conseils de gestion des ressources
locales au Mozambique et des autorités de gestion en Namibie ont également
étés mis en place pour coordonner l’allocation des droits
d’accès et/ou répartir les bénéfices au
sein de la population locale (Alden Wiley, 2000).
| Encadré 2d.6 Actions au niveau des communautés locales au Malawi | |
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| Source: COMPASS 2000. |
L’Angola et la Tanzanie, tous deux membres de l’OAB, ont participé
à l’élaboration de critères et indicateurs d’une
gestion durable des forêts (FAO, 2001a). Certaines zones forestières
de Namibie, d’Afrique du Sud et du Zimbabwe sont certifiées par
le FSC et, dans chaque pays de la sousrégion, certaines forêts
se trouvent dans des zones protégées. Les efforts entrepris pour
promouvoir une autosuffisance régionale durable dans le domaine des produits
forestiers et du bois, et pour améliorer les performances économiques
et environnementales du secteur forestier se poursuivent via le secteur forestier
de la CDAA. Il coordonne les programmes d’éducation et de formation
forestières, d’amélioration de la gestion des ressources
forestières, d’évaluation et de suivi des ressources forestières,
de recherche forestière, d’utilisation des produits de la forêt,
de marketing et de protection de
l’environnement. Le secteur forestier de la CDAA a également élaboré
une politique et stratégie de développement, approuvée
en septembre 1997. Celle-ci identifie les priorités de coopération
pour le renforcement des capacités de gestion, de protection et de conservation
durables des ressources forestières, de facilitation du commerce des
produits forestiers, de la promotion d’une autosuffisance régionale
durable en termes de produits forestiers et de bois, d’amélioration
de la sensibilisation du public aux questions forestières et à
l’amélioration de la recherche forestière.