La décennie de 1990 à 2000 a vu la disparition de 9 pour cent de la totalité des forêts et zones boisées d’Afrique orientale (FAO, 2001a). Les taux les plus importants de déforestation ont été constatés au Burundi (9 pour cent par an), au Rwanda (4 pour cent par an) et en Ouganda (2 pour cent par an) (FAO, 2001a). Le problème n’est cependant pas récent, la croissance démographique et l’augmentation des besoins en combustibles et en terres agricoles exerçant des pressions sur les forêts de la sous-région depuis des décennies. En Ouganda, par exemple, on estime qu’« à l’origine », soit vers 1890, les forêts couvraient 45 pour cent du territoire, alors que ce chiffre n’est plus que de 21 pour cent à l’heure actuelle (MUIENR, 2000 ; FAO, 2001a). De même, les zones boisées et le bush d’Ethiopie, qui couvraient 30 pour cent de la superficie du pays, n’en représentent plus que 4 pour cent, certaines des forêts restantes étant classées comme fortement perturbées et incapables de produire à pleine capacité (EPA/MEDC, 1997 ; FAO, 2001a). Une étude du couvert forestier et de la qualité des forêts en Ethiopie a montré que 70 pour cent du couvert forestier ont été détruits ou sévèrement dégradés sous l’impact de l’homme entre 1971 et 1997 (EIS News, 1999).
Le déboisement des forêts et zones boisées à des fins agricoles, pour nourrir la population croissante est peut-être la cause principale de la déforestation en Afrique orientale, bien que de vastes zones de la sous-région soient considérées comme impropres à l’agriculture, puisque seuls 29 pour cent de la superficie de l’Ethiopie sont considérés comme appropriés (EPA/MEDC, 1997). Le pourcentage est beaucoup plus faible à Djibouti. A ces pressions s’ajoute le problème du déclin de la fertilité des sols dans les zones cultivées, plus particulièrement lorsque les pressions de la production ne permettent pas de périodes de jachère suffisantes. Ceci entraîne une plus grande déforestation et un empiétement par les communautés locales et par les réfugiés, dont l’impact est aggravé par des politiques faibles (Encadré 2d.4).
| Encadré 2d.4 Empiétement sur les réserves forestières en Ouganda | |
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| Source: NEMA 1999 |
Les populations d’Afrique orientale dépendent largement du bois pour leurs besoins en énergie, avec une consommation quotidienne par tête de 1 à 2 kg environ (NEIC, 1994 ; EPA/MEDC, 1997). Selon la FAO, la demande en bois de chauffage (charbon de bois compris) en Afrique orientale augmentera de plus de 40 pour cent au cours des 30 prochaines années, la demande totale dépassant 271 millions de m3/an en 2030 (FAO, 2001b). Les pressions supplémentaires s’exerçant sur la forêt comprennent l’extraction de bois d’œuvre comme matériau de construction, les dégâts occasionnés par les incendies et les parasites, et des politiques forestières inadéquates ou non appliquées. Les départements des forêts de la sous-région ont souvent été associés aux ministères responsables de l’agriculture, de l’eau ou de l’environnement et ont été institutionnellement éclipsés. Ils ont aussi souvent manqué des financements nécessaires à la mise en œuvre des règlements, des activités de protection ou au développement du commerce des produits forestiers. Plusieurs pays s’efforcent actuellement de corriger ces faiblesses institutionnelles. L’Ouganda, par exemple, transforme son Département des Forêts en entité para-étatique qui aura pour nom National Forest Authority (administration nationale des forêts) (UFSCS, 2000). Les politiques forestières sont également en cours de révision, de modification ou de rédaction au Kenya, en Ouganda et en Ethiopie.
Parmi les divers impacts de la déforestation et de la dégradation des zones boisées, figurent la possibilité d’une érosion accrue des sols et d’une perte de leur fertilité, la modification des conditions climatiques et hydrologiques locales, et des changements dans la biodiversité. L’Afrique orientale est le territoire des derniers gorilles de montagne au monde (Gorilla beringei beringei), lesquels vivent dans la région des volcans Virunga. Avec une population de 320 individus seulement, les gorilles de montagne sont l’une des deux sous-espèces de gorilles à être menacées d’extinction (l’autre se trouvant en Afrique occidentale). Les gorilles du parc national de la forêt impénétrable de Bwindi, considérés auparavant comme des gorilles de montagne, appartiennent en fait probablement à une sous-espèce distincte (Butynski, 2001). Le gorille est menacé d’extinction du fait de la disparition de son habitat et des maladies résultant de la proximité croissante d’êtres humains, ceci étant dû à l’ouverture de routes dans la forêt, à la chasse et au tourisme. Suite au conflit rwandais, l’accroissement énorme du flux de population via les volcans Virunga et la forte présence militaire qui en résulte sont probablement responsables de la présence de parasite intestinaux, auparavant non identifiés, chez les gorilles de montagne (Butynski, 2001). La perte de leur habitat, associée à un accroissement des maladies, est potentiellement désastreuse pour une si petite population.
La récolte excessive de bois de chauffage enlève aux forêts certains nutriments essentiels, ainsi que des matériaux utilisés par de nombreuses espèces pour la nidification ou pour s’abriter du soleil. Les pressions exercées par les hommes sur les ressources forestières ont entraîné un manque de bois, d’où une dépendance accrue envers des importations coûteuses. Les carences en bois de chauffage obligent également les gens à parcourir de plus longues distances et à passer plus de temps à la recherche de quantités de bois suffisantes pour leurs besoins quotidiens, et ils se tournent alors vers d’autres solutions. Cependant certaines de ces solutions provoquent de plus en plus d’inquiétudes. Par exemple, les résidus provenant de l’agriculture et les excréments animaux répondent à hauteur de 8 pour cent aux besoins de l’Ethiopie en matière d’énergie (EPA/MEDC, 1997), cependant la combustion de ces ressources peut produire des gaz nocifs comme l’oxyde d’azote ou de soufre, lesquels peuvent occasionner des problèmes respiratoires. En outre, ces matériaux représentent des sources majeures de nutriments organiques et sont utilisés comme tels en tant qu’engrais. Leur disparition de l’écosystème agroforestier a des conséquences néfastes directes sur la productivité agricole.