AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

AFRIQUE ORIENTALE

Le climat d’Afrique orientale fait vivre toute une variété de couverts forestiers et de zones boisées, allant des forêts tropicales denses des régions humides et montagneuses de l’Ouganda, du Burundi et du Rwanda, aux savanes sèches de la Corne de l’Afrique. Les forêts et zones boisées recouvrent environ 13 pour cent de la superficie totale de l’Afrique orientale, soit environ 5 pour cent du couvert forestier total de l’Afrique. Cependant, le pourcentage de forêts et de zones boisées va de 30 pour cent au Kenya (bien que seulement 2 pour cent de couvert forestier fermé) à moins d’un pour cent à Djibouti (FAO, 2001a ; Wass, 1995). Les mangroves et les forêts littorales abondent également en Afrique orientale. Le principal problème dans cette sous-région vient du changement d’utilisation des terres de la forêt naturelle, principalement pour l’agriculture et le pâturage, bien que l’extension des villes y contribue également.

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Vue de la forêt de Gatamayu, Kenya

Christian Lambrechts

VALEUR ECOLOGIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE DES FORETS ET ZONES BOISEES EN AFRIQUE ORIENTALE

Les forêts de la chaîne de montagnes de l’Arc Oriental, qui traverse le Kenya et la Tanzanie, et les forêts montagneuses du Rift Albertin, sur la frontière ouest de l’Ouganda, sont d’une importance biologique exceptionnelle (Rodgers, 1998 ; Mittermeier, Myers, Gil & Mittermeier, 2000 ; MUIENR, 2000). Les montagnes de l’Arc Oriental sont les plus anciennes de la sous-région et leur climat, influencé par l’océan Indien, a entraîné la formation de zones de forêts dont l’évolution s’est effectuée en grande partie séparément, du fait de leur altitude et de leur isolement les unes des autres. Etant donné cet isolement, de nombreuses espèces animales et végétales sont endémiques à ces forêts qui figurent sur la liste des 25 points névralgiques de biodiversité internationalement reconnus. Elles renferment de 30 à 40 pour cent des espèces présentes en Tanzanie (Iddi, 1998 ; Mittermeier et al., 2000). Les montagnes de l’Arc Oriental servent également de réserves d’eau pour les rivières qui fournissent l’énergie hydraulique, laquelle représente 61,5 pour cent de la capacité totale de production d’électricité de Tanzanie. (Iddi, 1998).

Selon les rares évaluations existantes de la valeur indirecte des forêts dans la sous-région, la valeur de la forêt du mont Kenya pour la protection des réserves d’eau serait d’environ 55 millions d’USD, en termes d’effets sur les coûts de production et de remplacement (Emerton, 1997). Les forêts montagneuses du Rift Albertin occupent l’une des plus importantes régions d’Afrique en termes géologiques et biogéographiques, et supportent une riche biodiversité largement endémique. Les forêts de ces montagnes jouent un rôle essentiel dans l’interception des précipitations et le contrôle de leur écoulement dans les deux plus importants réseaux hydrologiques d’Afrique (les bassins du Nil et du Congo). Les forêts sont également importantes en termes d’échanges atmosphériques et de régulation du climat au niveau régional et planétaire, ainsi que de protection et d’amélioration de la stabilité et de la fertilité des sols. (SCORA, 2000).

Bien que l’exploitation de bois à des fins commerciales soit limitée dans les pays d’Afrique orientale, toutes les forêts et les zones boisées sont importantes en termes des ressources naturelles qu’elles fournissent aux communautés locales. Au Kenya, on estime que 2,9 millions d’individus environ (soit plus d’un dixième de la population du pays) vivent à 5 km de distance d’une forêt naturelle (Emerton, 1992). La valeur des ressources forestières pour ces communautés est estimée à 94 millions d’USD par an, en bois de chauffage, pâturage, pieux et bois d’œuvre (Emerton, 1993). Le bois de chauffage et le charbon de bois fournissent la plus grande partie de l’énergie de la sousrégion, soit 96 pour cent des besoins d’énergie de l’Ouganda et 75 pour cent de ceux du Kenya (FAO, 2001a).

Les Massaïs disposent d’une pharmacopée spécifique pour traiter les maladies du bétail. Il existe des études sur l’utilisation de plus de 60 espèces ou sous-espèces végétales à des fins ethnovétérinaires chez les Massaïs Olkonerei.

Les produits forestiers non ligneux sont également très utilisés dans la sous-région. En Ouganda, par exemple, la valeur combinée des produits médicinaux, pousses de bambou, aliments sauvages, beurre de karité, huile, miel, gomme arabique, matériaux servant à l’artisanat et au tissage, est estimée se monter à environ 40 millions d’USD par an (Emerton et Muramira, 1999). Le potentiel offert par les plantes médicinales en Afrique orientale est largement reconnu et celles-ci sont utilisées par les Massaïs, les Kipsigis les Turkanas, ainsi que par d’autres tribus. Les Massaïs disposent d’une pharmacopée spécifique pour traiter les maladies du bétail. Il existe des études sur l’utilisation de plus de 60 espèces ou sous-espèces végétales à des fins ethnovétérinaires chez les Massaïs Olkonerei. Il a été démontré que ces plantes agissaient sur un vaste éventail de pathogènes, ainsi que sur la fécondité, les inflammations, et les problèmes digestifs du bétail (Ole Lengisugi & Mziray, 1996). Un inventaire de plusieurs de ces espèces est en cours, ainsi qu’une étude des applications commerciales potentielles, y compris d’une espèce d’arbres introduite, l’Azadirachta indica, laquelle est étudiée pour ses propriétés antipaludiques par le centre de recherches sur les médicaments et la médecine traditionnels de l’Institut de recherches médicales du Kenya (Kenya Medical Research Institute’s Traditional Medicine and Drugs Research Centre), à Nairobi. En Ouganda, le laboratoire national de recherches chimiothérapeutiques (National Chemotherapeutics Research Laboratory) de Kampala, effectue une recherche sur de nombreuses espèces végétales indigènes (Cunningham, 1997).

Le tissage faisant appel aux produits ligneux et la sculpture sur bois sont des artisanats traditionnels importants qui contribuent substantiellement au revenu des ménages et à l’économie locale en Afrique orientale. On estime qu’il existe 60 000 sculpteurs sur bois au Kenya, chacun d’entre eux procurant cinq emplois supplémentaires pour la récolte du bois, le ponçage et le polissage des sculptures terminées. La valeur annuelle des sculptures exportées a connu une croissance rapide, passant d’environ 60 000 USD dans les années 1950, à 20 millions d’USD aujourd’hui (Cunningham, 2001).