AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

COUVERT FORESTIER ET QUALITE DE LA FORET EN AFRIQUE DU NORD

On estime que l’Afrique du Nord bénéficiait à l’origine d’un couvert forestier beaucoup plus important et que celui-ci a diminué au cours des siècles par suite de changements climatiques et de l’intervention humaine. (CAMRE/PNUE/ACSAD, 1996 ; Gilani, 1997 ; Thirgood, 1981 & OADA, 1998). Cependant, seul le Soudan a connu une déforestation au cours des 10 dernières années, avec une disparition de 10 millions d’hectares de forêt depuis 1990 (soit 1,4 pour cent de ses forêts en moyenne par an) (FAO, 2001a). Contrairement à cela, d’autres pays ont augmenté
l’étendue de leurs forêts et zones boisées, principalement par le biais de plantations. L’Egypte a connu la plus grande augmentation avec 3,3 pour cent par an (FAO, 2001a).

Parmi les pressions occasionnant la disparition des forêts et de la végétation ligneuse, figurent le déboisement intensif pour les établissements humains et les activités agricoles, le surpâturage par le bétail, la collecte excessive de bois de chauffage et la production de charbon de bois. Les fréquents incendies, naturels et dus à l’homme, dans les zones méditerranéennes et tropicales de la sous-région ont également contribué à la diminution des forêts naturelles et à la dégradation des sols qui les font vivre, accélérant par là-même le processus de désertification.

La croissance démographique en Afrique du Nord a également entraîné un accroissement de la demande de la sous-région en produits forestiers destinés à la production d’énergie et à divers usages domestiques, en particulier la fabrication de charbon de bois. Bien que la majorité des besoins en énergie de la sous-région soient satisfaits par une production électrique générée par combustion de combustibles fossiles, le bois de chauffage et le charbon de bois demeurent des sources vitales d’énergie, surtout pour les populations les plus défavorisées. Cinq pour cent de toute l’énergie consommée en Afrique du Nord vient des biocombustibles. (contre 86 pour cent en Afrique subsaharienne) et l’utilisation totale de bois de chauffage est actuellement de 58 millions de m3 par an, chiffre qui devrait augmenter de 20 pour cent au cours des 30 prochaines années (EIA, 1999 ; FAO, 2001b).

Dans les pays du Maghreb, les forêts et la végétation ligneuse des hautes terres et des versants jouent un rôle important dans la stabilisation du terrain, le contrôle de l’érosion et la régulation du flux hydrologique. Cependant, la déforestation de ces régions a entraîné un accroissement des crues, de l’érosion, de la désertification et de l’alluvionnement des barrages (FAO, 1997). Récemment, la construction de routes, l’exploitation de carrières et de mines, et la construction de barrages et de canaux ont fragmenté le couvert forestier restant, entraînant des pertes de la biodiversité. En outre, le tourisme de masse s’est accentué dans les régions forestières au cours des 10 dernières années, contribuant à l’ouverture du couvert forestier et troublant les processus naturels, ainsi que la faune et la flore sauvages.

De vastes étendues de la sous-région ont été infectées ou remplacées par des espèces exotiques introduites intentionnellement ou par accident. Parmi les autres facteurs qui contribuent à la diminution de la superficie et de la qualité des forêts en Afrique du Nord, figurent : l’ambiguïté quant au droit de propriété ; le manque de personnel technique pour effectuer la recherche, le suivi et faire respecter la réglementation de protection ; le manque de ressources financières et de techniques de développement.

Vers une gestion et une protection durables des forêts et zones boisées d’Afrique du Nord

Les inquiétudes soulevées par la détérioration des forêts se reflètent dans les diverses mesures locales et les nombreux programmes de reboisement et de reconstitution des forêts introduits récemment pour protéger et augmenter les zones forestières (Encadré 2d.3). La principale méthode à laquelle les pays font appel pour étendre leurs forêts et zones boisées est la plantation de forêts destinées à stabiliser les dunes de sable, remettre en état des zones de prairie et de steppe, de gérer les réservoirs d’eau, et de protéger les zones agricoles (FAO, 1993). Le Maroc possède de vastes plantations d’eucalyptus (219 000 hectares), de conifères (59 400 hectares) et de végétation destinée à fixer les dunes
(247 500 hectares). En 1990, les plantations de ceintures vertes multifonctions en Algérie avaient mobilisé une vaste gamme de ressources forestières sur plus de 150 000 hectares. La Tunisie a reboisé plus de 312 000 hectares et a modernisé ses pépinières d’arbres forestiers (Lamhamedi, Ammari, Fecteau, Fortin & Margolis, 2000) et l’Egypte a planté environ 34 000 hectares d’arbres. Les efforts de plantation de forêts dans ces pays n’ont cependant pu compenser la perte des forêts naturelles (FAO, 1996 & 1997).

Encadré 2d.3 Conservation des forêts au niveau des communautés en Afrique du Nord

L’exploitation commerciale des plantes médicinales forestières dans des pépinières est en cours de réalisation dans plusieurs pays. En Egypte, trois pépinières de grande taille et 20 plus petites ont été établies en coopération avec des Bédouins locaux et ont joué un rôle considérable dans la collecte de plantes médicinales sauvages. L’association des amoureux des arbres du Caire (TLA, Tree Lovers Association) a joué un rôle déterminant dans la prise en considération et la protection de la zone de Wadi Degla, une vallée désertique d’une beauté et d’une diversité biologique exceptionnelles. En collaboration avec des agences gouvernementales, un groupe de femmes de la région a créé un comité directeur pour la gestion du parc et mis en place des mesures pour empêcher une plus grande disparition de la végétation ligneuse. Les pays du littoral méditerranéen devraient également mettre en place une politique de reboisement, d’amélioration des conditions de gestion forestière, d’intégration des arbres dans les développements urbains et touristiques, et d’établissement de zones protégées.

 

Des réserves forestières ont été établies dans certains pays, variant de 19 pour cent en Libye à 4 pour cent en Tunisie (l’Egypte ne possède pas de forêts naturelles, uniquement des plantations) (FAO, 2001a). Une gestion durable de la forêt a été adoptée et est en cours de mise en œuvre dans tous les pays de la sous-région, via le Processus du Proche- Orient et le Processus pour les zones arides d’Afrique dans le cas du Soudan (FAO, 2001a). Malgré l’existence d’une législation dans la plupart des pays d’Afrique du Nord depuis le XIXème siècle, des lacunes juridiques et la nonapplication des lois en ont limité l’efficacité en termes de protection des forêts et des ressources naturelles (FAO, 1999). La situation se complique du fait de l’ambiguïté concernant le droit de propriété, du manque de personnel technique, de services d’expansion agricole, de ressources financières et de techniques de développement, d’une piètre gestion forestière, de l’échec des politiques et des marchés sous-jacents dans l’établissement des prix des ressources forestières, et des politiques commerciales.

Les programmes de reboisement et de reconstitution des forêts forment une partie essentielle de la gestion de l’environnement dans un milieu d’une telle aridité, et devraient être la priorité au cours de la prochaine décennie, car ils empêcheront ou ralentiront le rythme de l’érosion des sols et produiront des bénéfices considérables en termes de régulation de la qualité de l’eau et des sols.