AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

VERS UNE GESTION ET UNE PROTECTION DURABLES DES FORETS ET ZONES BOISEES

Depuis le « Sommet de la Terre de Rio » en 1992 (CNUED), les problèmes qui se posent aux forêts de la planète font l’objet d’une reconnaissance internationale accrue et d’un plus grand nombre d’actions au niveau local, comme l’illustre l’encadré 2d.2. Les politiques destinées à améliorer la gestion des forêts et la durabilité de leur exploitation comprennent l’arrêt des subventions accordées à l’exploitation forestière à des fins commerciales et la privatisation des forêts publiques. On constate également une plus grande participation des parties prenantes à la gestion forestière et, dans certains pays, des partenariats sont créés entre l’Etat ou des sociétés privées et des communautés locales, y compris des groupes d’utilisateurs jusqu’ici dépossédés. Les cadres juridiques contrôlant la propriété et l’utilisation des forêts sont en cours de révision dans de nombreux pays d’Afrique (Alden Wily, 2000 ; Alden Wily & Mbaya, 2001).

Encadré 2d.2 Atelier international sur les causes sous-jacentes de la déforestation et de la dégradation forestière (Costa Rica, janvier 1999)

L’atelier international a été organisé pour soutenir les efforts continus du Forum intergouvernemental sur les forêts et les propositions d’action sur les causes sousjacentes de la déforestation et de la dégradation forestière.

Au cours de l’atelier africain, il a été convenu que les causes directes de la déforestation étaient l’exploitation forestière et la production de bois d’œuvre, la consommation de bois de chauffage, les incendies de forêt, les établissements humains et la transformation en terres agricoles. Les obstacles à une gestion forestière durable ont été identifiés comme suit :

  • mauvaise gouvernance et politiques inappropriées et contradictoires ;
  • politiques inadaptées, tant au niveau macroéconomiques que concernant l’accès à des opportunités commerciales ;
  • capacité institutionnelle inadaptée et technologie inopportune ;
  • régime foncier insatisfaisant (terres et arbres) ;
  • mauvaise évaluation des ressources forestières ;
  • pauvreté ;
  • croissance démographique élevée ;
  • faible degré de sensibilisation et participation insuffisante des parties prenantes.

Parmi les recommandations générales de l’atelier, figurait la formulation de politiques sur :

  1. les modes de commercialisation et de consommation ;
  2. l’accroissement de la participation des communautés locales indigènes et autres parties prenantes (y compris sur les questions de jouissance foncière) ;
  3. la résolution des problèmes de politiques d’investissement et d’assistance, de trésorerie, de service de la dette, d’incitations et de subventions, de rôle du secteur privé et de gouvernance ;
  4. l’évaluation des produits et services forestiers, y compris les valeurs culturelles et les services de l’écosystème.
  • Parmi les actions spécifiques identifiées pour lutter contre la déforestation en Afrique figurent: la definition d’une politique générale d’habilitation ;
  • la sensibilisation du public ;
  • la garantie de la participation des parties prenantes à la gestion forestière ;
  • la fourniture de ressources adéquates ;
  • l’assurance d’une distribution équitable des bénéfices ;
  • l’information du public sur les valeurs forestières ;
  • la révision des Programmes d’ajustement structurel ;
  • l’évaluation des ressources forestières ;
  • la réforme des politiques économiques ;
  • l’encouragement de bonnes pratiques culturelles.
Source: Verolme & Moussa 1999, IISD 1999.


La valeur des produits, bois d’œuvre et autres, des forêts et zones boisées, et celle des services écosystémiques assurés par ces mêmes forêts et zones boisées, font ellesaussi l’objet d’une plus grande attention, et une réforme de la gestion forestière est en cours afin de tenir compte de ces aspects. L’information sur les forêts est de plus en plus précise et disponible, grâce à des technologies telles que la détection à distance et les systèmes d’information géographique, qui servent à documenter et à présenter les données. L’Organisation africaine du bois (OAB) a été créée en 1976 par l’Angola, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo (alors Zaïre), la Guinée équatoriale, le Gabon, le Ghana, le Liberia, le Nigeria, São Tomé et Príncipe, et la Tanzanie. Pris dans leur ensemble, ces pays représentent plus de 80 pour cent du couvert forestier total de l’Afrique. Lors de sa première réunion régionale (Libreville, Gabon en 1993), l’OAB a conclu un accord sur l’établissement d’un processus de gestion forestière durable pour la région, dont elle assure la coordination et le contrôle de la transparence et de la crédibilité. L’OAB a élaboré des principes, des critères et des indicateurs de gestion forestière durable, avec l’aide du Forest Stewardship Council (FSC) et de l’Organisation Internationale des Bois Tropicaux (OIBT). En mai 1996, une version préliminaire des critères et indicateurs pour une gestion forestière durable était approuvée et, en 2000, tous les pays d’Afrique, sauf neuf, avaient entamé un programme de développement et d’application des critères et indicateurs, par le biais soit de l’OAB, soit d’organisations actives dans d’autres sous-régions. En Afrique australe, la Namibie, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe ont mis en place des programmes de critères et d’indicateurs via le Processus pour les zones arides d’Afrique, et certaines de leurs zones forestières sont certifiées par le FSC. La plupart des pays ont des forêts dans des zones protégées, avec des variations selon les pays (FAO, 2001a). Soixante-dix-sept pour cent des forêts du Niger sont protégées et 76 pour cent au Rwanda. En revanche, aucune forêt n’est protégée à Djibouti, en Egypte ou en Erythrée (FAO, 2001a).

A ce jour, le développement forestier durable en Afrique a été entravé par une volonté politique insuffisante, des institutions ou des politiques faibles ou inappropriées, des départements et ministères des forêts sans pouvoir réel et sans moyens financiers appropriés, une adoption et une coordination insuffisante des mécanismes de financement, l’échec de la communauté internationale à transformer les questions de protection des forêts en soutien financier, et des contraintes budgétaires au niveau national (souvent aggravées par les Programmes d’ajustement structurel). Il faut encourager les efforts locaux de mobilisation des ressources destinées à la gestion forestière, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des donateurs et d’offrir une aide au financement post-projets, ce qui permettra de consolider les acquis enregistrés pendant la durée des projets. La Banque africaine de développement propose une approche de type consortium pour briser ces barrières et améliorer le financement d’un développement forestier durable.Le consortium proposé offrirait un véhicule mieux approprié à l’obtention et à l’allocation des fonds d’élaboration de politiques et d’initiatives de développement durable (Kufakwandi, 2001).

L’analyse par sous-région ci-dessous souligne les questions prioritaires dans chaque région et présente des informations plus détaillées sur les actions de politique et de gestion mises en place pour améliorer la durabilité de l’exploitation des ressources des forêts et zones boisées d’Afrique.