Les pressions à l’origine de ce déclin sont complexes et opèrent à différents niveaux : anthropique (d’origine humaine) ou naturels, d’une part, et directs ou indirects, d’autre part. Parmi les causes directes, on compte la production de bois à des fins commerciales, le déboisement pour faire place à l’expansion agricole et urbaine, et la collecte de bois de chauffage ou destiné à la production de charbon de bois. Ces activités font des trouées dans les forêts, du fait de la construction de routes d’accès aux chantiers d’abattage, ce qui les fragmente et favorise d’autant plus le déboisement, l’exploitation des ressources et l’utilisation à des fins de pâturage par des organisations locales et commerciales. La fragmentation des forêts peut entraîner des pertes de la biodiversité, en coupant les trajets migratoires de certaines espèces animales et en permettant l’invasion par des espèces étrangères ou des modifications du microclimat (PNUD et al.). Parmi les causes indirectes de la déforestation, on compte la croissance démographique, les lignes d’action politique, les accords, la législation, le manque de participation des parties prenantes et les facteurs du marché qui encouragent l’utilisation de produits forestiers entraînant la disparition, la fragmentation ou la dégradation des forêts (Rodgers, Salehe & Olson, 2000). Conflits, guerres civiles et mauvaise gouvernance figurent parmi les autres causes de la disparition des forêts (Verolme & Moussa, 1999).
L’exploitation forestière à des fins commerciales est responsable du plus fort taux de déforestation en Afrique sur les 30 dernières années ou plus, les gouvernements cherchant désespérément à générer des devises étrangères et à stimuler leur économie. On prévoit une augmentation de la demande mondiale en bois rond de 1,7 pour cent par an au cours de la prochaine décennie, et la mise en œuvre de méthodes d’exploitation plus durables est donc une priorité si l’on veut empêcher une plus grande déforestation (FAO, 1999). La transformation au niveau local et l’exportation de produits à valeur ajoutée pourraient accroître les revenus à l’exportation et le nombre d’emplois dans les pays producteurs de bois d’œuvre.
La consommation de bois comme combustible est le deuxième facteur de réduction du couvert forestier et de la qualité des forêts, après l’exploitation forestière à des fins commerciales. L’Afrique est le plus gros consommateur mondial de biocombustible (comme pourcentage de la consommation d’énergie totale), principalement sous la forme de bois et de charbon de bois (Figure 2d.6). La consommation de biocombustible représente 5 pour cent de la consommation d’énergie totale en Afrique du Nord, 15 pour cent en Afrique du Sud et 86 pour cent en Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud (EIA, 1999). On estime que la demande en bois et charbon de bois augmentera d’environ 45 pour cent en Afrique au cours des 30 années à venir, du fait de la croissance démographique et de l’augmentation des besoins en énergie (FAO, 2001b). La surexploitation du bois pour produire du bois de chauffage et du charbon de bois entraîne des modifications de la composition des espèces dans les forêts et les savanes. Les habitants sont touchés, car la récolte des quantités quotidiennes de combustible nécessaires leur prend plus de temps et les entraîne de plus en plus loin. La découverte de nouvelles sources d’énergie est donc une priorité pour la région africaine et devrait être favorisée—par exemple, dans le cadre des systèmes de financement du Protocole de Kyoto.
La culture sur brûlis figure également au nombre des activités humaines qui contribuent à la diminution du couvert forestier et de la qualité des forêts en Afrique. Cette pratique draine les sols forestiers riches et fertiles de leurs nutriments, c’est pourquoi les communautés agricoles ayant recours à cette méthode avaient l’habitude de se déplacer d’un endroit à l’autre. Cependant, l’importance et la croissance démographique des populations rurales d’Afrique font que de tels déplacements sont désormais impossibles et cette disparition des techniques de gestion traditionnelles menace les forêts restantes du fait de l’augmentation du taux de déboisement et d’un temps de récupération insuffisant. L’agriculture commerciale, en particulier l’agriculture de plantation, joue également un rôle considérable dans le cycle de disparition des forêts et d’épuisement des sols.
Parmi les causes naturelles de dégradation ou de fragmentation des forêts et zones boisées, figurent les glissements de terrain, les volcans, les incendies, le vent, les parasites et les modifications de la nappe phréatique qui entraînent des changements dans la salinité des sols (GIEC, 2000 ; Medley & Hughes, 1996). On compte également au nombre de ces causes naturelles, les méandres des rivières qui séparent les forêts fluviales des rivières, après quoi elles se dégradent, et les grands herbivores, comme les éléphants et les rhinocéros, qui peuvent modifier la végétation du sous-bois et la composition de la communauté des forêts et des zones boisées (Medley & Hughes, 1996 ; Western, 1997). Les mangroves peuvent connaître des modifications dues aux parasites, à la sédimentation, aux dunes de sable nouvellement formées, aux taux élevés de pollution marine et à l’élévation du niveau de la mer (Wass, 1995).
Ces événements naturels peuvent également être accélérés, aggravés, et parfois atténués, par l’homme. Les glissements de terrain, par exemple, peuvent être la conséquence d’une perte de couverture du sol suite à un déboisement dû à l’agriculture, à l’abattage de bois à des fins commerciales, à des activités minières ou à la construction de routes. Des incendies, dus à une activité humaine, peuvent démarrer dans d’autres endroits puis s’étendre aux forêts. En revanche, le brûlis peut favoriser la régénération de certaines espèces d’arbres (Medley & Hughes, 1996). Les modifications de la nappe phréatique ou de la salinité peuvent venir d’un déboisement, d’une irrigation ou d’une ingérence dans l’hydrologie d’une région donnée, y compris les flux des rivières. Les grands herbivores (notamment éléphants et rhinocéros) peuvent dégrader leur habitat si la taille de l’habitat continu est réduite. D’un autre côté, si ces animaux sont exclus, la dispersion des graines et la propagation de certaines espèces peut être interrompue (Ganzhorn, Fietz, Rakotovao, Schwab & Zinner, 1999). Les parasites peuvent s’avérer problématiques lorsque des espèces étrangères sont introduites par suite des activités humaines, ou si l’équilibre prédateur-proie est modifié par les produits chimiques à usage agricole ou d’autres facteurs. Il est intéressant de noter que certaines activités traditionnelles, comme le pâturage du bétail, empêchent la prolifération d’un insecte extrêmement nuisible (bruche) sur les Acacias tortilis (Medley & Hughes, 1996).
Du fait de la fragmentation des forêts, les espèces adaptées aux intérieurs forestiers sombres, humides et abrités, se retrouvent exposées à une plus grande intensité lumineuse, des vents plus forts, des niveaux de prédation intensifiés, ce qui entraîne une diminution des espèces disponibles pour les communautés, actuellement et à l’avenir. Il est difficile de mesurer le rythme et la durée du déclin de la richesse des espèces dans les fragments forestiers, mais il est nécessaire de donner priorité à la protection des fragments de forêts ombrophiles tropicales, car elles pourraient servir de base de régénération à des surfaces forestières plus étendues (Turner & Corlett, 1996).