AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

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Les forêts tropicales humides d’Afrique font vivre environ 1,5 million d’espèces (CMSC, 2000), dont dépendent à leur tour les communautés locales en termes de nourriture, d’abri, d’ustensiles, de vêtements et de besoins médicinaux. L’utilisation la plus importante, et de loin, des ressources forestières est liée aux besoins d’énergie domestique, principalement bois et charbon de bois. Dans la seule Afrique subsaharienne, les combustibles traditionnels représentaient 63,5 pour cent de l’énergie totale utilisée en 1997 (Banque mondiale, 1999). Parmi les autres ressources récoltées dans les forêts et les zones boisées et utilisées par les ménages ou échangées officieusement entre villageois, figurent la viande, les fruits et légumes, les matériaux de construction et d’artisanat, les produits médicinaux et le miel. En Afrique centrale et occidentale, plus de 60 espèces sauvages sont couramment consommées et la viande de brousse (principalement petits animaux et invertébrés) provenant de la forêt représente un supplément protéinique traditionnel à la nourriture des communautés locales (FAO, 1995). La forêt ombrophile de l’Etat de Cross River au Nigeria renferme plus de 700 espèces végétales et animales, dont plus de 430 sont utilisées par les habitants de la région (CRSFP, 1994). La viande de brousse fournit 70 pour cent des protéines animales dans le sud de la Côte d’Ivoire, 80 à 90 pour cent au Liberia et 55 pour cent en Sierra Leone (FAO, 1990). Dans les savanes de l’Afrique occidentale, de la Gambie au Cameroun, les habitants font fermenter des graines sauvages (Parkia sp) pour obtenir un aliment nutritif traditionnel, source de protéines et de lipides. Le péricarpe (partie du fruit qui entoure et protège la graine) offre une source de vitamine C aux enfants, qui le mangent cru (FAO, 1995). On sait qu’en Afrique du Sud, les communautés vivant dans les régions boisées utilisent régulièrement de 18 à 27 produits sauvages, parmi 300 espèces végétales et animales (Shackleton, Netshiluvhi, Shackleton, Geach, Ballance & Fairbanks, 1999), et en Namibie les aliments sauvages représentent jusqu’à 50 pour cent des besoins alimentaires des ménages dans les villages des zones rurales (Ashley & LaFranchi, 1997). Les villageois bénéficient également de l’utilisation des forêts comme zones de pâturage et source d’alimentation animale, ainsi que par le biais de l’agroforesterie et des cultures associées. La figure 2d.2 donne un exemple d’évaluation comparative de ce type de ressources des régions boisées.

Outre ces bénéfices concrets, les forêts et les zones boisées sont importantes pour des raisons culturelles, spirituelles et religieuses. L’ethnie des Zigua en Tanzanie, par exemple, protège 748 forêts, qu’elle utilise comme lieux de sépulture, de cérémonies, de culte, d’initiation et de pratiques traditionnelles, comme Koluhombwa (endroits où les gens atteints de maladies incurables sont laissés pour y mourir), comme lieux de réunion, comme démarcations et pour la préservation de l’eau (Mwihomeke, Msangi, Mabula, Ylhaisi & Mndeme, 1998). Certaines forêts ont des usages multiples. La préservation des ressources et de la biodiversité n’est peutêtre pas l’objectif premier de la protection de ces forêts, mais tout semble indiquer que celles qui restent renferment quantité d’espèces rares ou jusqu’ici inconnues et que les communautés du voisinage leur accordent une grande importance (Mwihomeke et al., 1998). La figure 2d.3 indique les types d’utilisation des forêts traditionnellement protégées.

Au niveau national, l’exploitation commerciale des forêts et zones boisées africaines représente une source importante de revenus, de devises étrangères et d’emplois. Au Cameroun, par exemple, l’un des premiers producteurs et exportateurs d’Afrique d’espèces tropicales sous forme de billes et de bois de sciage, l’exportation de bois, principalement de bois de sciage, a rapporté 436 millions d’USD en 1998 (FAO, 2001a). L’Afrique du Sud est le plus grand producteur de bois rond industriel d’Afrique et un important producteur de pulpe et de papier (provenant quasi exclusivement de plantations). En 1998, les exportations de bois se montaient à 837 millions d’USD (FAO, 2001a). Outre les bois durs tropicaux, les forêts fournissent une vaste gamme de produits d’intérêt industriel : huiles, gomme, latex, résines, tanins, stéroïdes, cires, huiles comestibles, rotin, bambou, arômes alimentaires, épices, pesticides et teintures (Park, 1992). De nombreuses cultures commerciales, notamment café, bananes, oranges, sucre, ananas, riz, maïs et cacao, proviennent à l’origine de plantes de la forêt tropicale. Il est à craindre que la dégradation forestière n’entraîne également la disparition des ressources génétiques nécessaires au développement de nouvelles plantes alimentaires (Park, 1992). Par exemple, les forêts jouent un rôle considérable dans la fourniture d’arbres d’ombrage nécessaires à l’établissement de plantations de cacaoyers et de caféiers par les communautés locales.

L’immense valeur économique, sociale, culturelle et environnementale des forêts signifie que les taux élevés de déforestation en Afrique requièrent toute notre attention et exigent des mesures de redressement immédiates. Cependant, ce n’est pas l’abattage proprement dit, mais la disparition (naturelle ou due à l’homme) de certaines espèces et processus qui endommage les forêts.

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Figure 2d.2 Valorisation comparative des ressources des zones boisées dans les villages d’Iringa

Rodgers, et al, 2000

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Figure 2d.3 Types d’utilisation des forêts traditionnellement protégées par l’ethnie des Zigua (par forêt)

Mwihomeke, et al. 1998