AFRICA ENVIRONMENT OUTLOOK
Past, present and future perspectives

VALEUR ECOLOGIQUE, ECONOMIQUE ET SOCIALE DES FORETS ET ZONES BOISEES

Les forêts et les zones boisées représentent de remarquables écosystèmes. Elles montrent des taux de productivité élevés, plus de 800 gC/m2/an, dans les forêts tropicales humides (CMSC, 2000), et font vivre des communautés animales et végétales d’une grande richesse et diversité qui, ensemble, fournissent des ressources et des opportunités dont dépendent divers moyens de subsistance et activités commerciales.

Les forêts et les zones boisées offrent des ressources et des services environnementaux au niveau local, régional et mondial. Au niveau mondial, l’évapotranspiration et la couverture nuageuse au-dessus des forêts ombrophiles tropicales jouent un rôle dans le maintien de l’équilibre thermique de l’atmosphère terrestre. Les forêts filtrent également la pollution et servent de réservoir au dioxyde de carbone de l’atmosphère, ce qui permet d’atténuer les changements climatiques planétaires. La disparition des forêts et des zones boisées peut contribuer à une variabilité du climat locale et même régionale (BSP, 1992 ; Laurance, 1998 ; GIEC, 1998) car le déboisement d’une forêt entraîne un accroissement de l’albédo (proportion de lumière solaire réfléchie par la surface de la terre) et des températures au niveau local.

On estimequ’environ 50 pour cent des précipitations du bassin amazonien proviennent de l’évapotranspiration tandis que la proportion de précipitations recyclées en Afrique centrale peut atteindre de 75 à 95 pour cent. Le déboisement des forêts tropicales est responsable de la plus faible pluviosité au niveau local dans de nombreuses régions, notamment en Côte d’Ivoire et en Gambie

Le déboisement des forêts peut perturber les cycles hydrologiques et d’évapotranspiration, car les arbres (particulièrement ceux des forêts ombrophiles tropicales) recyclent une grande partie des précipitations reçues. On estime qu’environ 50 pour cent des précipitations du bassin amazonien proviennent de l’évapotranspiration, tandis que la proportion de précipitations recyclées en Afrique centrale peut atteindre de 75 à 95 pour cent (BSP, 1992 ; Laurance, 1998). Le déboisement des forêts tropicales est responsable de la plus faible pluviosité au niveau local dans de nombreuses régions, notamment en Côte d’Ivoire et en Gambie (Park, 1992 ; CMSC, 1992). La déforestation peut également déclencher une chaîne d’événements dont les conséquences peuvent être une
intensification de la sécheresse touchant d’autres régions ou sous-régions potentiellement plus susceptibles de connaître une augmentation des périodes de sécheresse. Par exemple, il a été dit que les périodes de sécheresse prolongées qui touchent les zones du Sahel en Afrique du Nord sont causées, en partie, par la destruction des forêts en Afrique occidentale (Park, 1992).

Encadré 2d.1 Valeur des forêts de Madagascar

Une étude du parc national de Masoala a montré que la valeur des produits forestiers récoltés sur une base durable par les habitants des villages locaux pourrait s’élever à 200 000 USD sur 10 ans. En comparaison, le revenu provenant de la culture sur brûlis sur une même période est estimé à seulement 12 000 USD. Cependant, la vente à l’étranger du bois d’œuvre provenant de la forêt pourrait rapporter 90 millions d’USD à Madagascar. En tenant compte de la valeur de la forêt en termes de régulation du climat mondial, les chercheurs ont découvert que la préservation de la forêt pourrait permettre d’économiser le double de cette somme.

Source: Kremen Niles,Dalton, Daily, Ehrlich, Fay, Grewal

Les forêts et les zones boisées régulent également la qualité des sols et de l’eau, en protégeant les sols de l’érosion et en contribuant à leur fertilité, en interceptant les pluies, dont elles canalisent l’écoulement, et en maintenant l’équilibre des éléments et nutriments de l’air, des sols, de l’eau et des organismes vivants. Elles évitent l’alluvionnement en aval et contrôlent les cycles d’assèchement et de crues des rivières. Une perturbation de ces phénomènes peut affecter les projets hydroélectriques de grande envergure, à cause d’une baisse de capacité de production d’énergie dont souffrent alors les industries et les emplois qui en dépendent.

La destruction des forêts en amont des mangroves peut endommager celles-ci en provoquant un accroissement du dépôt de sédiments dans les rivières et en contribuant au réchauffement planétaire (Wass, 1995). Dans les régions côtières, les mangroves protègent le littoral et les berges des rivières en stabilisant les sédiments et en contrôlant l’érosion. Elles absorbent également l’impact des vagues et des crues d’orage, régulent l’invasion d’eau salée à l’intérieur des terres et emprisonnent le sable, l’empêchant ainsi de s’étendre dans les terres, au-delà des plages. En outre, les mangroves protègent les récifs coralliens et les plages, absorbent la pollution de l’océan et fournissent un habitat à de nombreuses espèces de poissons pêchés à des fins commerciales. La valeur de toutes ces « fonctions d’écosystèmes » est difficile à estimer sur le plan financier.

De plus, les avantages ne profitent pas uniquement aux communautés locales ou aux utilisateurs des ressources forestières, mais aussi à la communauté internationale. Une importance de plus en plus grande est accordée aux forêts et à ses fonctions ainsi qu’à la nécessité d’exploiter les produits forestiers sur une base durable afin de les préserver (FAO, 1999). Une récente étude effectuée sur les forêts de Madagascar a permis de souligner la valeur, à la fois à court et à long terme, des différentes utilisations des forêts, comme le précise l’encadré 2d.1.

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