La densité de population dans les centres urbains côtiers des pays d’Afrique centrale augmente sous la double pression de l’accroissement de la population et des migrations. Les principales villes côtières sont Douala au Cameroun (1,6 million d’habitants en 2000) (CNUEH, 2001) et Libreville au Gabon (environ 400 000 habitants en 1993, soit environ 50 pour cent de la population totale du pays) (Banque mondiale, 1997). Les migrations vers la côte résultent des opportunités fournies par l’agriculture (sols fertiles et climat favorable) et l’emploi (nombreuses industries situées sur la côte). La transformation de l’habitat naturel en zones urbaines et plantations agricoles qui en résulte, ainsi que de mauvaises pratiques de gestion des ressources dans les terres, ont accéléré l’érosion du littoral, ce qui constitue désormais un important problème en Afrique centrale. Ainsi, le rythme de l’érosion du littoral au Gabon atteint environ 10 m par an à cause du déboisement des mangroves (ASE-ESRIN, 1996). L’érosion est encore accélérée par la construction de bassins de retenue en amont de la zone côtière. Ces bassins réduisent le débit solide dans les cours d’eau débouchant sur les zones côtières et contrôlent leur écoulement, augmentant ainsi leur potentiel érosif.
Le développement d’infrastructures côtières, ainsi que la mauvaise conception des villes côtières et leur mauvaise gestion ont entraîné le défrichement de la végétation naturelle et stabilisante, et augmenté l’exposition à l’érosion due au vent et à l’eau, contribuant ainsi à la déstabilisation des bancs de sable et des sols de la zone côtière. L’exploitation des dunes a également déstabilisé la zone côtière et augmenté le potentiel d’érosion selon des schémas changeants d’érosion et de dépôts d’alluvions. Les matières érodées sont déversées dans la mer où elles stagnent le long des routes de navigation, qui doivent alors être draguées pour empêcher l’échouage des navires, notamment pétroliers (ASE-ESRIN, 1996).
Dans les pays producteurs de pétrole, la construction de canaux pour le transport du pétrole représente une modification supplémentaire apportée au littoral, qui a contribué à altérer les schémas d’érosion et d’accumulation de matières.
L’érosion du littoral rend également les installations côtières et les activités économiques de l’Afrique centrale plus vulnérables face à l’élévation du niveau de la mer liée aux changements climatiques mondiaux. Les conséquences de cette élévation du niveau de la mer incluent l’intrusion d’eau de mer dans les sources d’eau douce et leur contamination, les inondations, les dommages causés aux infrastructures et les déplacements de populations. Le Cameroun et le Gabon possèdent des côtes lagunaires à faible altitude qui accueillent une population importante et en expansion, ainsi que des habitats uniques pour les poissons et les oiseaux aquatiques. L’élévation du niveau de la mer risque d’aggraver les problèmes existants d’érosion du littoral, ainsi que d’augmenter le risque d’intrusion d’eau salée dans les ressources en eau de surface et souterraine (GIEC, 1998).
Le Cameroun a signé la déclaration pour le développement durable non polluant du grand écosystème marin du golfe de Guinée, ou déclaration d’Accra, s’engageant ainsi politiquement en faveur du développement durable et non polluant du golfe de Guinée. L’un des moyens d’améliorer l’état de l’environnement dans le golfe est d’élaborer des plans de GIZC et des institutions pour appliquer les mesures au niveau national. Un autre moyen consiste à renforcer les efforts entrepris pour prévenir et limiter les effets de l’érosion du littoral et de l’élévation du niveau de la mer, financés par des organismes internationaux et devant être mis en œuvre dans le cadre du Projet du grand écosystème marin du golfe de Guinée (voir « Amélioration de la qualité des environnements côtiers et marins en Afrique occidentale », ainsi que l’encadré 2c.5). La déclaration d’Accra appelle à un meilleur partage des informations et à une plus grande coordination des activités entre les pays membres (le Cameroun et des pays d’Afrique occidentale tels que le Bénin, la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Togo). La déclaration a été signée en 1998, mais elle n’est pas légalement contraignante et les progrès sont lents. Trois zones marines protégées ont été créées le long de la côte d’Afrique centrale afin de protéger les habitats naturels contre toute modification, surexploitation et pollution (CMSC, 1999). Comme partout en Afrique, le manque de ressources et la faiblesse des structures institutionnelles contribuent aux fréquentes infractions relevées dans les zones marines protégées dans le cadre d’activités commerciales et artisanales.