Les sources de pollution marines et terrestres exercent une pression croissante sur la qualité des environnements côtiers et marins d’Afrique orientale. Les déchets municipaux et agrochimiques terrestres, ainsi que les déchets pétroliers marins constituent les principales causes de pollution de cette sous-région (Martens, 1992 ; Okemwa & Wakwabi, 1993). Les résidus des engrais et pesticides utilisés dans l’arrière-pays par les activités agricoles s’introduisent dans les systèmes principaux d’évacuation des eaux et sont rejetés en mer, où ils exercent un effet cumulatif sur l’environnement marin et côtier (Onyari, 1981). Simultanément, une augmentation de l’alluvionnement entraîné par la déforestation de l’arrière-pays a également un impact sur les habitats côtiers car il augmente la turbidité de l’eau et étouffe les habitats, la flore et la faune. L’eutrophisation ne constitue pas un problème préoccupant dans cette sous-région pour l’instant, mais des poches isolées dans les baies abritées (particulièrement le long de la côte kenyane) sont menacées par la prolifération d’algues toxiques (Wawiye, Ogongo & Tunje, 2000) et de bactéries phytoplanctoniques (Mwangi, Kirugara, Osore, Njoya, Yobe & Dzeha, 2000).
Les eaux côtières de la mer Rouge et de l’ouest de l’océan Indien sont parcourues par les principales routes maritimes des grands pétroliers qui approvisionnent le monde en produits du Moyen-Orient. Ces routes passent à proximité des récifs coralliens situés près du port de Djibouti et de Port Soudan, et les navires qui les empruntent se débarrassent souvent en mer de leurs eaux usées et déchets pétroliers. Ces navires endommagent parfois également les récifs lorsque des conditions difficiles de navigation les font entrer en collision avec eux (Pilcher & Alsuhaibany, 2000). Les courants et vents côtiers de l’ouest de l’océan Indien jouent un rôle déterminant dans la distribution horizontale et la propagation des polluants, notamment parce qu’ils ramènent vers les eaux côtières les nappes de pétrole formées en haute mer (au-delà de la limite des zones économiques exclusives). Outre le risque élevé de graves marées noires, le transport maritime intensif contribue également à la pollution aux hydrocarbures, car les pétroliers procèdent souvent en haute mer à des opérations de dégazage et de nettoyage des moteurs dont les résidus de pétrole dégradé s’agglomèrent et sont rejetés sur les rivages par les vents de mer, les courants et les vagues. Les plages se trouvent alors couvertes de boules de goudron qui exercent un effet délétère sur la faune et les humains qui se rendent sur ces plages (Munga, 1981). Les PCB solubles de ces produits empoisonnent la vie marine et s’accumulent dans le réseau trophique, ce qui entraîne des troubles physiologiques chez les prédateurs de fin de chaîne alimentaire.
| La plupart des municipalités côtières d’Afrique orientale ne disposent pas des moyens nécessaires pour gérer les vastes quantités d’eaux usées et de déchets solides qu’elles génèrent chaque jour. D’énormes volumes de déchets solides et liquides sont donc déversés en mer ou supprimés d’une manière non satisfaisante, de telle sorte qu’ils finissent par être emportés par le vent ou par ruissellement vers la mer, où ils constituent une menace pour la faune et la santé publique. |
Les effluents, traités ou non, provenant de sources municipales, industrielles et domestiques contribuent également à la pollution côtière et marine. Les sites de traitement des déchets sont souvent mal conçus et mal situés, anciens et mal entretenus ou surchargés. L’emplacement des décharges et des points de rejet des égouts municipaux est donc essentiel au maintien de la qualité de l’environnement (notamment la qualité de l’eau, près de la côte et en pleine mer) lorsque l’urbanisation et d’autres formes d’aménagement du littoral augmentent (Mwaguni & Munga, 1997).
La plupart des municipalités côtières d’Afrique orientale ne disposent pas des moyens nécessaires pour gérer les vastes quantités d’eaux usées et de déchets solides qu’elles génèrent chaque jour. Par exemple, la municipalité de Mombasa (Kenya) peut gérer seulement 30 pour cent des déchets produits (Anon, 1996). A Djibouti et en Somalie, les stations d’épuration sont en nombre insuffisant et généralement mal entretenues (Pilcher & Alsuhaibany, 2000). D’énormes volumes de déchets solides et liquides sont donc déversés en mer ou supprimés d’une manière non satisfaisante, de telle sorte qu’ils finissent par être emportés par le vent ou par ruissellement vers la mer, où ils constituent une menace pour la faune et la santé publique. Il est manifeste qu’une refonte complète des politiques et programmes de gestion des déchets est nécessaire pour faire face à l’augmentation, au cours des années à venir, des déchets solides et eaux usées.
Les gouvernements d’Afrique orientale ont promulgué des lois sur la santé publique afin de réglementer l’utilisation des produits chimiques, d’une manière responsable envers l’environnement. Ils ont également mis en place des plans de gestion intégrée des ressources visant à améliorer les pratiques d’utilisation des terres dans l’arrière-pays, afin de réduire l’incidence et les effets de l’eutrophisation et de l’alluvionnement. Des accords et traités internationaux et régionaux ont également été mis en place pour améliorer la coopération dans le cadre de la gestion de l’environnement dans la région. En outre, la convention de Nairobi appelle à une meilleure gestion des sources de pollution terrestres et marines, ainsi qu’à une atténuation de leurs effets.
Une meilleure coordination et une volonté politique réelle ainsi que l’apport régulier de ressources sont nécessaires à l’efficacité de la mise en œuvre, du contrôle et de la régulation des activités. Par exemple, le comité national de défense contre les marées noires du Kenya (National Oil Spill Response Committee) devrait obtenir un statut légal et des plans d’urgence complets devraient être développés. L’institut des recherches marines et halieutiques du Kenya (Kenya Marine Fisheries and Research Institute) a également besoin de plus de moyens financiers et humains pour assurer son travail de recherche et de surveillance des environnements côtiers et marins (FAO/EAF, 1999).
Djibouti et la Somalie sont parties à la convention de Djedda et sont membres de la PERSGA, son organisme d’application. Parmi les progrès enregistrés dans ces pays en matière d’amélioration de l’environnement figurent la publication de rapports sur l’évaluation, le contrôle et l’état de l’environnement, ainsi que le développement de moyens de lutte anti-marées noires et de gestion intégrée de la zone côtière.
La GIZC, ainsi que la législation et la réglementation appropriées en matière de gestion de l’environnement, sont d’importantes étapes sur la voie d’une utilisation durable de la zone côtière et des ressources de l’arrièrepays de l’Afrique orientale. Il existe déjà des initiatives nationales qui devraient être encouragées par une meilleure coopération régionale (Linden, 1993 ; Ngoile, 1997 ; PERSGA, 2000). Par exemple, des programmes de GIZC pour le Kenya et l’Erythrée font appel à une approche site par site de l’intégration des aménagements sur front de mer et au bord des plages, ainsi que de la gestion des déchets dans les centres urbains côtiers. Dans le cadre de ces programmes, l’emplacement des décharges et des points de rejet des eaux usées sera correctement planifié et leurs effets seront étroitement contrôlés.
Pour maintenir la réussite de telles initiatives, il est nécessaire de renforcer leur structure institutionnelle, d’améliorer leur coordination, ainsi que d’accroître leur capacité et leur financement. La priorité est à une amélioration de la gestion des déchets et du contrôle de l’érosion dans la zone côtière et, dans l’arrière-pays, à une amélioration des pratiques agricoles et à l’introduction de mesures telles que des plans de reforestation et de préservation des sols afin d’éviter l’érosion (Encadré 2c.3).
| Encadré 2c.3 Priorités pour l’amélioration de la qualité de l’environnement en Afrique orientale | |
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| Source: FAO/EAF 1999 |