Les ressources halieutiques côtières et marines sont extrêmement
importantes en Afrique, que ce soit pour l’économie nationale ou
pour la subsistance des collectivités locales. A la fin des années
1990, la pêche assurait plus de 5 pour cent du PIB du Ghana, de Madagascar,
du Mali, de la Mauritanie, du Mozambique, de la Namibie, du Sénégal
et des Seychelles, et la pêche à la crevette sur les rivages de
la baie de Sofala au Mozambique assurait à elle seule 40 pour cent des
entrées de devises du pays (FAO, 1997). De 1973 à 1990, la pêche
assurait en moyenne 20 pour cent de l’alimentation en protéines
animales de la population d’Afrique subsaharienne (FAO, 1996). L’amélioration
des
technologies de réfrigération et de transport a amélioré
la disponibilité du poisson et des fruits de mer dans les concentrations
de population de l’intérieur des terres et sur les marchés
internationaux. En outre, elle a entraîné une hausse des prix,
notamment pour les espèces telles que le homard et la crevette rose.
La croissance démographique dans l’intérieur des terres
et sur les côtes a également contribué à une augmentation
de la demande en poissons et fruits de mer. En outre, le développement
technologique des navires commerciaux et des filets, ainsi que l’amélioration
des techniques de pêche au cours des 30 à 40 dernières années,
ont augmenté le volume potentiel des prises et
contribué à la réduction des réserves de poissons
(Chenje & Johnson, 1996). Selon les dernières données de la
FAO, l’exploitation des réserves de poissons a tellement augmenté
entre 1974 et 1999 qu’au moins 70 pour cent des réserves mondiales
de poissons étaient considérées en 1999 entièrement
exploitées ou surexploitées (FAO, 2000). La figure
2c.3 présente l’évolution des prises de poissons dans
les eaux d’Afrique entre 1972 et 2002.
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| Figure 2c.3 Total de volume de pêche de poissons marins des pays côtiers d’Afrique (1972–97) FAOSTAT |
Certaines méthodes d’exploitation peuvent
également s’avérer destructives et entraîner un appauvrissement
des ressources marines et côtières. Par exemple, la pêche
à la dynamite, toujours pratiquée dans la zone côtière
d’Afrique orientale, endommage les récifs coralliens et entraîne
un déclin des réserves de poissons dans cette zone. Grâce
à la mise en œuvre des mesures de préservation et d’information
adéquates, cette pratique a cependant disparu dans certaines zones marines
protégées (WWF, 2001a). La pêche au chalut de fond est également
une méthode destructive qui nuit à la faune benthique (des fonds
marins) et drague des
éléments accumulés, tels que du sable et de la roche, ainsi
que des plantes et des espèces animales non ciblées, qui sont
tous considérés comme des déchets et déversés
ailleurs.
La surpêche par des flottes étrangères constitue un autre
facteur significatif du déclin des réserves de poissons en Afrique,
particulièrement le long de la côte ouest. Ainsi,
l’Union européenne (UE) subventionne les navires européens
à hauteur d’environ 234 millions d’USD pour qu’ils
puissent accéder aux eaux mauritaniennes (WWF, 2001b). Les gouvernements
africains ont d’abord considéré la pêche par des flottes
étrangères comme un moyen simple de drainer des devises, mais
la surpêche a transformé cette activité en une sérieuse
menace qui amenuise les réserves de poissons et force les petits pêcheurs
locaux à mettre leur vie en danger en s’aventurant toujours plus
loin en mer ou à pêcher dans des zones protégées,
telles que les parcs nationaux maritimes. Parmi les conséquences de la
surexploitation des ressources de pêche figurent la suppression des moyens
d’existence locaux, la réduction de la capacité à
faire face aux besoins en nourriture et la baisse des possibilités de
revenus d’exportation. Au cours des 30 dernières années,
la proportion de poissons disponibles par rapport au nombre
d’habitants a décliné d’une manière générale
en Afrique et, dans certains pays comme le Ghana et le Liberia, le régime
moyen de la population contenait moins de protéines provenant du poisson
dans les années 1990 que dans les années 1970 (FAO, 2000).
Une étude prospective sur les dix prochaines années indique que l’appauvrissement des réserves locales de poisson risque de se poursuivre en Afrique (FAO, 2000). Parmi les raisons de cet appauvrissement figure le manque de moyens pour mettre en œuvre le contrôle de la pêche dans les zones de pêche surexploitées où la surpêche concerne plusieurs espèces, particulièrement les zones exploitées par de nombreuses sociétés provenant du monde entier. En outre, tous les projets d’aquaculture risquent de se concentrer sur des produits à forte valeur ajoutée, et donc sur l’exportation.
Avec le déclin du volume de pêche et la baisse de la taille moyenne des prises, des appels à la protection des réserves de poissons ont été lancés dans certains pays d’Afrique. Des mesures de gestion ont été entreprises, parmi lesquelles des limites minimum de taille, des limites de prises, la réglementation du matériel de pêche et des dates de fermeture de la pêche.
Les accords internationaux (entre les différents pays africains, ainsi qu’entre les industries de la pêche d’Afrique, d’Europe et d’autres parties du monde) ont également un important rôle à jouer dans la recherche d’une exploitation durable des ressources côtières et marines. Par exemple, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982 (entrée en vigueur en 1994), définit les limites côtières du monde entier, les droits de développement, l’étendue des ZEE et couvre des problèmes liés à la recherche et à la définition de stratégies. Trente-six pays d’Afrique ont signé cette convention et sont donc tenus de protéger et préserver l’environnement marin par le biais d’une coopération régionale et internationale, ainsi que d’adopter des politiques et réglementations visant à faire face aux sources terrestres de pollution marine. De nombreuses dispositions de cette convention engagent les signataires et un tribunal international a été créé pour résoudre les conflits liés aux ressources dans les eaux internationales. Malgré l’existence de tels accords, les pays d’Afrique subissent encore l’exploitation de leurs ressources par des flottes de pêche étrangères. Par exemple, les abondantes réserves de petites espèces pélagiques (de haute mer) au large des côtes du nord-ouest et du sud-ouest pourraient être exploitées à faible coût. Elles pourraient ainsi remplacer les produits exportés à forte valeur ajoutée de façon adéquate dans le régime alimentaire des populations africaines locales. Les pays situés le long du golfe de Guinée devraient mettre en place des stratégies communes avec les pays du nord-ouest et du sud-ouest de l’Afrique pour exploiter ces réserves qui constitueraient une source de poissons nourrissants et bon marché pour les consommateurs locaux. Les organisations régionales de gestion de la pêche existantes constitueraient un mécanisme institutionnel de coordination des politiques nationales dans ce domaine.